Hamlet de William Shakespeare mise en scène de David Bobée

Hamlet de William Shakespeare, traduction de Pascal Collin, mise en scène de David Bobée

David Bobée s’était attaqué sans beaucoup de bonheur il y a deux ans à Roméo et Juliette à Chaillot (voir Le Théâtre du Blog), et avait déjà monté Hamlet en 2010 il y a quelques années avec un certain succès. Cette fois, il dirige un groupe de jeunes acteurs russes qui ont constitué le Studio 7 du Théâtre d’Art, dirigé par Kirill Serebrennikov qui sera  à Chaillot avec  Metamorphosis et  Le Songe d’une nuit d’été.
Il
a adapté sa mise en scène  pour la recréer au Gogol Center de Moscou et en a aussi conçu la scénographie:  une salle au sol et aux murs carrelés noirs. Sur le mur, côté cour, huit carrés en inox qui se révèleront être les portes de tiroirs d’une morgue qui, plus tard, sera inondée et tout le monde pataugera dans l’eau. Une citation maintes fois utilisée de Massacre à Paris d’Edward Marlowe  mise en scène par Patrice Chéreau.
Des images belles et fortes: aucun doute là-dessus, David Bobée sait inventer un monde pictural, sous l’influence évidente du cinéma  et surtout de la B.D. Et peut-être est-cela et
le personnage d’Hamlet qui le fascinent, plus que la pièce elle-même. « J’ai, dit-il,  des interrogations à la fois intimes et politiques qui résonnent avec ce que j’explore dans mes spectacles depuis toujours : la présence de la mort, du deuil, la catastrophe comme révélateur ou élément perturbateur… Le père d’Hamlet est roi, le père d’Hamlet meurt et Hamlet ne devient pas roi. » Dès l’ouverture du spectacle, l’ordre du monde -naturel, sociétal, familial, intime- est brisé, bouleversé. (…) Et en matière de langage contemporain, d’écriture de plateau, j’ai l’impression d’avoir abouti quelque chose en faisant toujours un pas de côté. Un pas de côté vers la danse, un pas de côté vers la vidéo, un pas de côté vers les arts plastiques, vers le cirque. (…) Tous mes spectacles sont traversés par une imagerie publicitaire, cinématographique, musicale et par des éléments référencés. Hamlet a ce caractère référencé. Il ne s’agit donc pas seulement de raconter une histoire (puisque le plus grand nombre a la maîtrise de la dite histoire) mais aussi de se livrer à l’exercice de la lecture. »
Les mots sont lâchés: ce spectacle a en effet plus à voir avec des images très mode, véhiculées un peu partout,  qu’à une véritable prise en compte de la pièce. Ainsi, les personnages deviennent des sortes de marionnettes que David Bobée utilise à son gré. Les acteurs russes, au jeu très physique,
en particulier celui qui joue Hamlet, ont sans doute été bien formés pour jouer Shakespeare mais ne sont pas vraiment crédibles: tout le monde criaille et les voix sonorisées (une fois de plus!) sont soutenues pratiquement tout le temps par un fond de musique rock ou synthétique, un vieux truc usé qu’on peut utiliser en atelier mais bien facile et vulgaire, surtout usant pour le public.
Comme si Bobée ne se sentait pas très sûr de sa mise en scène et avait besoin d’une béquille pour faire passer le texte. Et bien entendu, comme c’est aussi plus facile, il a recours à la vidéo quand il veut évoquer le fantôme du père -avec,
sur grand écran, l’image de synthèse d’une tête… Pas laide d’ailleurs mais elle serait plus à l’aise dans un musée d’art contemporain. Peu convaincante, elle n’a rien à faire ici…
En fait ici tout se passe le plus souvent du côté de l’anecdotique, du clin d’œil et de l’effet: cela commence dès le début quand on enlève quelques grains de poussière sur le corps du père d’Hamlet… et continue ensuite, avec, entre autres, des glissades interminables et des combats dans l’eau noire. « J’aime çà, c’est marrant, comme le disait une ancienne directrice de théâtre parisien. »  « Marrant »: le mot est juste mais cette fausse modernité prétentieuse a quelque chose de vain.
Et le metteur en scène ne joue pas les modestes:  »
Hamlet n’a pas la connaissance, il a l’intuition de la vérité. De mon côté, j’ai l’intuition de ce texte-là, l’intuition qu’il a de grandes résonances par rapport à mon travail, par rapport à moi, et par rapport à notre époque ». Rien à voir avec une question de génération: la jeune personne de dix-huit ans qui nous accompagnait et  qui prépare le bac option: théâtre, avec Hamlet au programme, avouait son admiration pour l’Hamlet de Patrice Chéreau qu’elle n’a pourtant vue qu’en DVD mais restait un peu accablée par ces trois heures sans pause qui n’ont rien en effet de passionnant et où elle ne se retrouvait pas.
David Bobée nous fait payer cher quelques très belles images, comme à la fin, ces corps allongés dans les tiroirs de la morgue. Alors, à voir? Tout dépend de ce que l’on vient chercher. Si c’est un travail intelligent sur cette pièce-culte, capable de vous apporter un plus, autant y renoncer tout de suite: on n’en a pas une bonne vision fondée ici sur une lecture réductrice et une réécriture scénique.
Si c’est une adaptation d‘Hamlet façon B.D., à condition de n’être vraiment pas trop exigeant, cela peut se voir à la rigueur. Même dans ce cas, c’est beaucoup trop long et on ne vous poussera pas à y aller. David Bobée fait joujou avec la pièce mais n’a pas su en fait adopter un véritable parti pris. Et cela se sent. On repense à cette phrase d’Antoine Vitez demandant cet exercice intelligent à ses élèves: « Faites-moi un Hamlet d’après vos seuls souvenirs. Vous avez dix minutes pour préparer. » Sans aller jusque là, le metteur en scène aurait pu se livrer à une déconstruction/reconstruction du mythe d‘Hamlet mais il ne semble pas en avoir les moyens. Il est trop dans l’exercice de style, parfois brillant mais des plus superficiels… Dommage et tant pis!

Philippe du Vignal

Théâtre Les Gémeaux à Sceaux jusqu’au 8 mars à 20 h 45 et le dimanche 9 mars à 17 h.

 

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