Lucrèce Borgia

Lucrèce Borgia de Victor Hugo, mise en scène de Jean-Louis Benoit.

 

«Dans votre monstre mettez une mère ; et le monstre intéressera, et le monstre fera pleurer, et cette créature qui faisait peur fera pitié, et cette âme difforme deviendra presque belle à vos yeux», écrit Victor Hugo en 1833 dans son Avertissement , en préface à Lucrèce Borgia. Et la pièce fit un tabac au Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris. Une victoire sur le pouvoir et la censure après l’interdiction du Roi s ‘amuse.
Dans cette œuvre, la plus puissante de Victor Hugo, selon George Sand il déforme sans complexe la réalité historique, pour mieux servir son propos, et pousse la monstruosité de son héroïne jusqu’à lui attribuer l’assassinat de son frère à la place de César Borgia.
Mais Jean-Louis Benoit ne s’attache pas à la reconstitution de l’Italie mouvementée du XVl ème siècle, même si les somptueux costumes de David Debrinay rappellent ceux de l’époque. C’est surtout la lisibilité et l’efficacité de cette sombre histoire qui lui importe.
La pièce est donnée, telle qu’elle a été écrite (en quatorze jours) : trois actes rapides encadrés par deux fêtes, (carnaval du début, festin mortel de la fin), et ne s’attarde jamais sur le seul personnage de Lucrèce.
On oublie vite la première scène à Venise, peu rythmée du fait de sa fonction d’exposition, pour se laisser entraîner dans les péripéties du spectacle. Le drame se dessine dès que Lucrèce apparaît, sur les traces de son Genarro, qu’on croit d’abord son amant et qu’on devine très vite être son fils.
Nathalie Richard (Lucrèce) évite le pathos que le rôle pourrait offrir. Toute en retenue, elle reste jusqu’au bout un personnage combattant, et s’acharne à sauver ce fils adoré que ses intrigues ont, sans le savoir, condamné à mort. Fabien Orcier est un Don Alphonse d’Este non dépourvu d’humour, et Thierry Bosc campe Gubetta, sautillante et inquiétante âme damnée de Lucrèce dont le double jeu apporte un contre-point comique au drame.
La scénographie de Jean Haas, simple et élégante, propose la clôture et l’ouverture de l’espace ; elle ménage de sombres coulisses et joue sur une alternance subtile de couleurs, où dominent le rouge et le noir.
Sobre et rondement menée, sans effusion de sang, de larmes ni de sentimentalisme, le spectacle, malgré quelques scènes moins réussies, sait ménager le supense et laisse entendre ce mélange de grotesque et de sublime, de comique et de tragique, où Hugo excelle encore ici.

 

Mireille Davidovici

 

 

Théâtre de la Commune d’Auberviliers T : 01 48 33 16 16 du 5 au 9 mars theatredelacommune.com

Et le11 mars, Théâtre de Chelles ; les 26 et 27 mars au Théâtre de la Ville de Luxembourg ; le 29 mars, Théâtre de Esch-sur-Alzette, Luxembourg ; du 3 au 6 avril, à la Comédie de Picardie à Amiens ; les10 et 11 avril, Théâtre de Narbonne ; le le 15 avril, Théâtre du Centre Culturel Marcel Pagnol, Fos-sur-Mer ; les 17 et18 avril, Le Cratère d’ Alès ; le 13 mai, Théâtre de Chartres et du 16 au 25 mai Les Célestins, Lyon).

 

 


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