Un, de Mani Soleymanlou.

Un, texte, mise en scène de Mani Soleymanlou.

 

 Pour ce monologue autobiographique,  aucun décor sinon  des rangées de chaises vides, alignées sur  la scène. Le comédien, assis tout seul, s’adresse au public et l’invite à rompre un tabou  sacré  de la représentation actuelle: «Gardez votre mobile allumé! Et parlez quand vous voulez. » Dès le départ, il se met en scène dans le rire et un chaos des plus joyeux, et pourtant le contenu du spectacle reste toujours  sérieux, même empreint d’auto-dérision.
L’acteur/auteur/personnage explique qu’il veut nous montrer sa trajectoire de vie depuis son départ de Téhéran, quand il était  encore enfant. Toutefois, l’essentiel de son propos tourne à la fin, vers un  délire verbal en trois anglais, français et parsi… Les paroles  se fondent les unes dans les autres pour devenir une bouillie incompréhensible.
 Mais on comprend vite la signification globale de ce bruitage  qui  efface toutes les frontières linguistiques, géographiques et culturelles. Ainsi, sans explications complexes, ce Torontois-« Arabe » -Québécois–Iranien, qui est  passé aussi par Ottawa et Paris pour arriver à Montréal, où il a mis du temps à s’adapter, termine la soirée  en nous  faisant cadeau  de la véritable nature de son identité québécoise, dont il  a été question tout au long du spectacle.
Incapable  de nous expliquer qui est ce « moi » qui ne connaît même plus son pays d’origine,  puisque  les sources de son identité  sont de plus en plus floues, sans avoir disparu complètement, il nous fait comprendre que cette masse  de traces auditives constitue  une métaphore  scénique la plus juste et la plus vraie de l’identité individuelle, puisque la « pureté » n’existe plus. Un est le rassemblement  complexe de la  diversité qui nous définit tous.
L’acteur  passe les premières  minutes à régler l’éclairage, à jouer le metteur en scène, à prendre possession de la salle et du public, avant d’ouvrir cette mise en abyme qui fouille la mémoire et  nous plonge dans le passé, à l’aide d’éclairages magiques, de musique nostalgique et de bruits d’avion. Il révèle  son don de conteur, et  possède un  sens de dérision qui vise tous les régimes, tous les individus, y compris lui-même.
On suit les  péripéties de sa famille, les retours au pays pendant les vacances, l’histoire des origines de la culture perse racontées par un acteur qui se transforme en marionnette de théâtre d’ombres, un beau moment de théâtre visuel. Il nous livre aussi ses impressions  sur l’histoire contemporaine  des régimes islamistes depuis le départ du Shah, assortis des commentaires sur la vie quotidienne des jeunes et la politique des régimes iraniens  actuels. Le récit coule librement, presque avec l’aisance d’une bande dessinée, et on pense par moments  à Persepolis,  le roman autobiographique de Marjane Satrapi.
L’humour est  thérapeutique, incisif, démocratique et  sa vision du monde est d’une grande ouverture. Il refuse d’être emprisonné par des définitions toutes faites et c’est rafraîchissant. Dans le monde de Un , tout évolue, tout s’adapte, tout est constamment en état de flux  et commence par  un jeune  barbu, pétillant d’énergie, qui rejette les stéréotypes et finit par nous offrir, grâce au théâtre,  la meilleure définition de notre identité humaine qu’on puisse imaginer.


Alvina Ruprecht
 Centre national des Arts, Ottawa, du 5 mars au 8 mars. Au Tarmac à Paris,  du 18 au 28 mars.
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