Liliom

Liliom, de Ferenc Molnar, mise en scène Galin Stoev

 

liiomAvec son nom de pureté, Liliom n’est rien qu’un  bonimenteur de foire, voyou rouleur de mécaniques, pas même délinquant : quand il s’y essaie, il échoue tragiquement. Mais il plaît aux femmes, et rameute les petites bonnes au manège de la veuve Muskat. De trop près, au goût de celle-ci, jalouse.
Et voilà le mauvais garçon qui, dans un coup de révolte contre sa patronne, se fait chasser du manège et se met en ménage avec la petite Julie, mise à la rue pour avoir fait la fête un peu trop tard. Misère, coups, elle l’aime, depuis l’instant où il a bravé la veuve pour elle.

L’aime-t-il ? Peut-être, mais ça ne se dit pas, ces choses-là, quand on est un mec, un vrai. Donc, prendre des sous à la tante photographe qui les héberge « en attendant » – en attendant quoi ? Liliom est incapable de travailler, et passe son temps boire des bières avec le copain un peu plus malin,  et à défier la veuve… La copine de la pauvre Julie assiste à tout cela, navrée, en faisant elle-même le chemin raisonnable d’épouser un concierge qui, forcément, va monter en grade.
Jusqu’au jour où : Julie annonce à Liliom qu’elle est enceinte. Alors, là ! Liliom va gagner de l’argent, ils iront en Amérique, c’est sûr. Et justement le copain propose un coup facile : le caissier de l’usine d’à côté passe le long de la voie de chemin de fer, il n’y a qu’à…
Naturellement, il refile à Liliom le couteau et la responsabilité du crime. Police, suicide, on retrouve notre lamentable héros en un paradis qui ressemble bien à l’enfer terrestre : un commissariat de police supérieur. Liliom aura-t-il droit à sa journée de rédemption sur la terre ? Sera-t-il capable de faire « quelque chose de bien » pour sa fille qui ne le connaît pas ?

Galin Stoev traite la fête foraine avec une sorte de lyrisme baroque, en un tourbillon de monstres et de masques, de semi animaux et de paillettes. Sur ce fond coloré, les êtres sont d’une terrible pauvreté : qu’est-ce qui fait le charme de Liliom, sinon le fait qu’on parle de son charme ? Qu’est-ce qui fait sa virilité, à ses propres yeux, sinon qu’il joue les virils, les forts, la provocation à la bouche, sans rien dans les mains ni dans les bras.
C’est là que la pièce touche étonnamment. Ce monde vieux d’un siècle (la pièce est de 1909) supporte parfaitement la transposition aujourd’hui, même s’il n’existe plus de petites bonnes et si les manèges sont devenus technologiques.
Et d’abord grâce à la traduction. Dans ce carnaval presque onirique, on voit un garçon d’aujourd’hui, de ceux qui sont « sortis du système éducatif sans diplôme », sans qualification, bien obligé de jouer les faux durs, faute de mieux. Et une femme battue, amoureuse quand même, – c’est de sa faute ? – comme il y en a tant, courageuse avec ça, et capable d’élever seule sa fille. De ceux qu’on ne voit pas, au-delà du périphérique ou dans les villes qui s’éteignent. Il y a dans cette histoire de l’amour, sans les mots pour le dire, et de la dignité si on veut bien la voir.
Voilà un spectacle emballé sur un rythme juste, beau de sa double théâtralité : la riche mise en scène de la fête et la vérité grise et noire –mais le noir est une couleur- de ses personnages de pauvres.

 

Christine Friedel

 

Théâtre National de la Colline, 01 44 62 52 52 jusqu’au 4 avril

Le texte est publié aux éditions Théâtrales

 


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