Je marche dans la nuit par un chemin mauvais

Je marche dans la nuit par un chemin mauvais, texte et mise en scène d’Ahmed Madani

   Visuel 6 © François Louis AthenasAuteur et metteur en scène, dévoué à l’écriture dramatique comme à l’écriture scénique, Ahmed Madani engage depuis 2011 un projet qui interroge l’histoire des cinquante dernières années et se décline sur plusieurs créations. Illuminations – premier volet du tri typtique Face à leur destin – a réuni en 2012 une dizaine de jeunes du Val Fourré.
Sa nouvelle pièce Je marche dans la nuit par un chemin mauvais traite encore de la jeunesse et de la transmission, texte initié lors d’une résidence d’écriture à Argentan.
C’est une confrontation entre Gus, de père algérien et Pierre, son grand-père maternel, deux êtres unis par des liens familiaux mais  qui ne se connaissent guère et qui apprendront à se découvrir. Le garçon de vingt ans, un rien violent et  marginal, déscolarisé et en rupture de communication parentale, fait l’épreuve d’une retraite rustique en Normandie chez son grand-père veuf.
Cette modeste mise au vert a été décidée afin que le jeune prenne du recul en vue d’un retour salutaire sur lui-même. La sauvegarde symbolique s’accomplit sous l’égide de la nature et de « l’ancien », fragilisé par des troubles de mémoire, si ce n’est la hantise des horreurs de la guerre d’Algérie qui ne le quitte pas.
La transmission – poids ou plume – est ce qui permet à l’individu de se reconnaître au cours du temps. Entre les deux générations, s’insinue une troisième intermédiaire, celle de l’auteur Ahmed Madani, observateur lucide et concepteur de la mise en présence simultanée de l’appelé du contingent des années 60 et du lycéen de 2010.
Si, de son côté, l’octogénaire – émouvant Yves Graffey – se situe du côté de la permanence et de la continuité avec l’entretien du jardin, la soupe du soir, les madeleines et le café-goutte, ce sont des gestes rituels qui se réduisent dans le regard du jeune homme, à de l’usure, du vieillissement et du décalage temporel.
De son côté, le garçon privilégie le renouvellement, la rupture et la transgression – mobile, coca-cola, nuggets et pop-corn au miel, à volonté -, ce qui fait sauter les verrous de la tradition dans les yeux ébahis du grand-père bousculé. Et Gus ne veut pas débroussailler le jardin de Pierre : trop dur, inutile et vain. Ce n’est que le début de l’initiation à la vie et à la reconnaissance de l’autre en soi, un autre soi-même.
Vincent Dedienne est simplement excellent dans cette mise à nu d’une jeunesse un peu déboussolée et perdue, il dessine sur la scène un corps épanoui qui danse : mouvements et déplacements violents et rapides, attitudes dégingandées et nonchalantes, corps avachi et déplié largement ou bien tendu à l’extrême et recroquevillé sur lui-même.
Sous la direction d’Ahmed Madani, il passe d’un instant à l’autre, d’un comportement et de propos brutaux, agressifs et rebelles à une conversation paisible et raisonnée avec le spectateur qu’il sollicite en lui expliquant le déroulement de l’intrique en cours. La jeunesse n’a qu’un temps, sitôt éprouvée, on la regrette, et l’acteur semble brûler toutes ses cartouches , alors qu’il en révèle encore des provisions inouïes. Être jeune, c’est aussi être inquiet, vulnérable, parfois arrogant, dissipé, révolté et violent, et la jeunesse pour le grand-père a été synonyme de malheur, de malaise et de souffrance malgré la présence de son aimée, une jeunesse volée ou sacrifiée.
Grâce aussi à la scénographie de Raymond Sarti, la magie théâtrale fait son œuvre, c’est un espace surélevé avec une toiture à peine esquissée, un chemin de pelouse verte autour de la maison, un intérieur nu avec des meubles blancs de cuisine et un feuillage de lumières réverbéré sur le sol, l’ombre de la nature présente alentour. C’est au prix d’une très bonne représentation de théâtre qu’on peut sentir la fragilité et la brièveté de la vie, des menaces inscrites dans la condition humaine, d’autant plus fortes qu’on est confronté à la cruauté absurde de la guerre.

 

Véronique Hotte

 

 Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie. Tél : 01 43 28 36 36 du 14 mars au 13 avril, du mardi au samedi à 20h30, dimanche 16h30.

Le texte est publié aux éditions Actes-Sud Papiers.

 


Archive pour 16 mars, 2014

Borrowed Light

Borrowed Light avec la Boston Camerata et la compagnie Tero Saarinen.

 

phontoVoilà un travail chorégraphique original qui associe deux continents, avec la troupe finlandaise de Tero Saarinen et la Boston Camerata, groupe vocal dont la directrice artistique, une chanteuse française soprano Anne Azéma, fait revivre la tradition musicale des Shakers.
Mouvement religieux radical du 18 et 19ème siècles, aux valeurs communautaires fortes, et semblable par l’esprit, à un autre mouvement plus connu aux États Unis, les Amish. Sa musique chorale d’une grande beauté est un peu l’équivalent en Europe du chant grégorien: elle accompagne et induit ici les mouvements chorégraphiques.
Tout concourt ici à créer un climat spirituel d’une très sobre beauté. Les costumes d’Erika Turunen, en feutrage épais et voiles noirs transparents, couvrent tout le corps mais laissent deviner des fragments de peaux nue des danseuses à la grande sensualité. La scénographie de Mikki Kunttu: un sol blanc, avec un espace surélevé à jardin, et en fond de scène, où se placent parfois les chanteurs, est associé à un remarquable travail de lumières et d’ombres, créent une sorte de camera obscura en noir et blanc où se déplacent les danseurs.
Les pieds des danseurs frappent, sonorisés ce qui donne une sensation tellurique à cette danse, très au sol, et toujours en déséquilibre, associe des solos, des duos et des groupes parfois circulaires. Chaque mouvement semble improvisé mais obéit en fait à un enchainement très précis. C’est une sorte d’envoûtement que nous propose le chorégraphe: «Les propos de cette création n’est pas le
shakerisme. Mais plutôt la communauté et la dévotion. Pour moi la nature d’un engagement, qu’il soit religieux, politique ou artistique, est fondamentalement le même».

Le spectateur cartésien a le droit de rester extérieur à ce type d’images, mais comme le spectacle ne dure qu’une heure dix, il se laisse vite surprendre!

 

Jean Couturier

 

 

Théâtre National de Chaillot jusqu’au 15 mars.

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