L’Ami des Belges

L’Ami des Belges de Jean-Marie Piemme, mise en scène de Jean Lambert.

20130704_0177_DSC46431Jouer une pièce d’un auteur belge qui parle des Belges au centre Wallonie-Bruxelles, c’est s’assurer déjà la moitié d’un succès! Mêlant intelligentsia et autorités belges parisiennes à un public de jeunes et de comédiens, le public, ce soir-là,  était vivant et joyeux, comme souvent dans ce lieu  qui propose la fine fleur, en théâtre comme en cinéma, de ce pays francophone.
 C’est l’histoire d’un grand patron français venu conquérir une  Belgique qui l’a attiré dans ses filets … fiscaux ! Malheureusement,  le millionnaire tombe en panne dans la  campagne, au milieu de nulle part. Notre patron du CAC 40 se laisse donc aller, s’en prenant à son chauffeur et à  la terre entière dans ce temps d’ennui forcé : « Où va le monde, si il n’y a pas de différence entre un homme qui vaut cinquante milliards et un paresseux du RMI ».
Cynique, ordurier, ce patron va si loin qu’il en devient ridicule et méprisable, et, surtout il  fait inventer à son biographe un amour pour la Belgique depuis qu’il est tout petit, en tentant de faire  croire que son installation dans le plat pays est un acte d’amour plus qu’autre chose …! Et il se met  à entonner la fameuse chanson de Jacques Brel;  au début,  on rit de son peu d’aise et puis finalement, même mal chantés, les mots de Brel surnagent dans cette médiocrité.  Fabrice Schillaci incarne ce personnage avec un certain talent, jouant de mimiques, de petits sons et de gestes  pour témoigner de ce mépris affiché qu’ont les puissants pour tous les autres,  avec un  côté Valérie Lemercier au masculin …
 Oui,  c’est drôle mais cela agace ! Il  a en effet un jeu sans nuances, qui, certes, fonctionne mais qui manque de variations. La mise en scène?  Un travail propre qui ne révèle pas assez le caractère un  brin surréaliste  du texte, bien écrit et qui porte à s’interroger. Trop peu d’intentions  dans cette mise en scène qui se contente de donner le texte, avec des lumières un peu grossières et des lancements de son approximatifs, et sans ajouter une dimension que l’on est en droit d’attendre.
On sort de là, déçu, malgré un texte riche et un potentiel d’acteur qui est ici peu mis en valeur …

Julien Barsan


Centre Wallonie-Bruxelles Paris (France) du 19 au 22 mars 2014
Théâtre du Moulin de Saint Denis (Belgique) les 20 et 21 juin 2014
Festival de Spa (Belgique) les 12 et 13 août 2014.


Archive pour 23 mars, 2014

Love letters

Love letters de A.R. Gurney,  mise en scène de Benoît Lavigne.

5946-photo-love-lettersA.R. Gurney (84 ans) a écrit des pièces comme  Scènes de la vie américaine, Les Enfants et La salle à manger qui mettent en scène la vie de la société du Nord-Est américain; il est aussi  l’auteur de plusieurs romans.
Mais il est surtout connu pour cette pièce, créée à New York en 1989 et traduite en une trentaine de langues; elle a été  souvent jouée en France, notamment par Anouk Aimée avec  Jean-louis Trintignant, puis Jacques Weber, Alain Delon et  le mois dernier  avec  Gérard Depardieu.
Ce mois-ci, c’est au tour de Jean-Pierre Marielle de s’y coller avec son épouse Agathe Natanson.
Ce n’est pas vraiment une pièce mais plutôt un échange de lettres en direct,   entre  Melissa et Andy qui se sont connus enfants puis jeunes adolescents au collège. Ils se sont aimés, puis se sont mariés chacun de leur côté sans jamais se perdre de vue, puis, les années passant, n’ont jamais cessé de s’écrire, même quand la vie semblait les rapprocher ou les éloigner l’un de l’autre.
Divorce pour elle, illusions perdues pour lui, tout se dit et s’exprime dans cette relation épistolaire, alors qu’ils auraient eu du mal, à se le dire en face. Merveilles de la correspondance écrite, les amants d’aujourd’hui garderont-ils la trace de leurs mails? 
Michel Cournot, le critique du Monde,  avait dit en 90 que  ces Love letters tenait de « l’ encéphalogramme plat : du tout-venant, gentil, facile, attendu ». C’était quand même assez méchant mais pas  totalement faux.
La pièce dégouline en effet de  gentillesse, mais on le sait depuis longtemps, le vrai théâtre n’a rien à voir avec les bons sentiments, et ce n’est pas pour rien que les pièces de Marivaux ou de Feydeau sont si cruelles et si fascinantes. L’écriture de Gurney, elle, est un peu fade et propre sur elle, sans aucune prétention, (c’est déjà cela!) mais conventionnelle: cette relation épistolaire nous révèle un Andew qui n’est pas d’un milieu aisé mais qui est sérieux et ambitieux, alors que Mélissa  est riche et, bien entendu, comme toutes les dames riches,  assez mélancolique. Tous aux abris!

 La mise en scène est correcte mais les deux comédiens sont assis loin de l’autre à une table d’au moins cinq mètres, sans qu’on en voit la nécessité, et leur voix est légèrement amplifiée. Et immobiles, ils lisent, lisent pendant une heure vingt,  jetant, une à une la feuille lue pour prendre la suivante. Bon!  C’est on l’aura compris, un exercice pour acteurs qui ont envie de se faire plaisir et c’est souvent agréable à écouter.  La pièce est  d’évidence vite écrite, les personnages sont assez falots mais, comme toujours, on retrouve avec plaisir  le grand Jean-Pierre Marielle que l’on a si souvent vu, que ce soit dans Guitry, Claudel, Tchekhov, Pinter ou Feydeau. Comme le mois dernier, le public allait sans doute, pour les mêmes raisons, retrouver Anouk Aimée et Gérard Depardieu sur ce même plateau.
   Oui, il est bien là, le grand Marielle, comme dans ses nombreux films, et c’est visiblement lui que les gens sont venus voir; à 81 ans, il a toujours cette même voix magique, reconnaissable entre toutes, et il emmène le public là où il veut.  Il y a même un petit moment  d’émotion, quand Andew apprend la mort de Melissa.   Agathe Nathanson, elle,  semble rester un peu en retrait, comme si elle voulait ne pas lui voler la vedette.
  Voilà! Que vous dire de plus? Que le public a fait une longue ovation debout aux comédiens. Que les places coûtent 66 euros au parterre! Cela fait quand même un peu cher pour un exercice d’acteurs, même brillant. A vous de voir… Le spectacle se jouera ensuite en avril avec Francis Huster et Cristiana Reali. C’est comme pour Les Monologues du vagin, on  ne prend pas les mêmes mais on recommence…

  Philippe du Vignal

Théâtre Antoine à Paris jusqu’au 30 mars.  
  

Festival d’Avignon 2014

2014: 78 ème Festival d’Avignon.

olivierpy.jpgPlus de 600 personnes au Théâtre de la Ville pour la présentation de ce 78 ème festival d’Avignon par Olivier Py,  son nouveau directeur,  dont on se souvient  qu’il avait été débarqué de l’Odéon il y a deux ans par les soins de Frédéric Mitterrand, ci-devant ministre de la Culture, sous l’influence de l’Elysée, ce qui avait provoqué pas mal de remous dans le petit monde de la Culture….
Olivier Py a commencé par donner la parole à Samuel Churin, acteur, dont on connaît l’action au sein de la coordination des artistes et techniciens intermittents du spectacle. En 2003, un protocole d’accord  signé pour réformer le régime spécifique d’assurance chômage des intermittents, avait provoqué leur colère et l’annulation du festival d’Avignon.
Preuves à l’appui, Churin et ses camarades ont  démontré pendant dix ans que ce déficit n’existait pas, que cela ressemblait à une prise de position idéologique de la part du Medef. Et ils ont posté sur le net deux films, Ripostes numéro 1 et Ripostes numéro 2, pour encore, et toujours le prouver; l’an passé enfin, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, et Michel Sapin, ministre du Travail, auditionnés devant la mission d’information parlementaire, sur les conditions d’emploi dans les métiers artistiques, ont aussi réfuté l’argument du prétendu déficit. Notamment, en affirmant qu’il y avait  confusion entre comptabilité analytique et déficit et qu’il n’y a pas lieu d’identifier une catégorie de bénéficiaires. Le MEDEF, qui avait recommencé à attaquer ce mois-ci, semble enfin faire preuve de plus de lucidité.. Mais restons vigilants.
..
 Olivier Py a ensuite commencé par remercier les deux bonnes dizaines de mécènes institutionnels et privés, sans lesquels cette nouvelle édition n’aurait pu avoir lieu et a reconnu que l’un des deux grands défis à relever étaient le vieillissement du public, et le prix souvent trop élevé des places. La solution étant pour lui une diminution, même symbolique, des tarifs en général, et une politique d’abonnements à tarif réduit (10 euros quand même!) pour les jeunes de moins de 26 ans, et les spectateurs qui restent longtemps au festival, une programmation jeune public et l’établissement de meilleurs liens avec l’Education nationale. Toutes mesures très concrètes.
Mais force est de constater que, si les salles du Festival sont pleines, le public- et les faits sont têtus comme disait le camarade Lénine- n’a cessé de s’embourgeoiser ces dernières années. Et il va falloir ramer pour faire revenir les jeunes au Festival in, alors qu’ils sont souvent nombreux dans le off… « Le rapport au public n’existe que s’il est pensé et acté par un geste social d’envergure. comment allons-nous désormais nous agrandir, pas tant en nombre qu’en différence? « , dit justement Olivier Py.
En effet, à l’heure des restrictions budgétaires et quand il lui faut encore quelques millions pour assumer les frais de la FabricA, on comprend mal comment il va pouvoir faire moins cher, en augmentant le nombre de jours du Festival (cette année du 4 au 27 juillet) aux mêmes dates que le off, désormais aussi connu et plus populaire, et en créant deux autres lieux d’accueil: l’Hôtel des Monnaies, le Gymnase Paul-Giéra… Mais qui vivra verra.
avignon-s-agrandit-naissance-de-la-fabrica,M115413En tout cas, le programme préparé par Olivier Py et son équipe ne manque ni de panache ni d’ambition, avec 25 artistes jamais venus au Festival et dont la moitié ont moins de trente cinq ans, et avec quatorze auteurs vivants.
D’abord, joli clin d’œil à Jean Vilar et au passé, la création du Prince de Hombourg de Kleist dans la Cour d’Honneur, dans la mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti avec Xavier Gallais et Eléonore Joncquez; soixante-trois ans après, ils vont succéder à Jeanne Moreau et à Gérard Philipe…
Le théâtre français comme étranger du passé comme du présent (Gustave Akakpo), avec des valeurs sûres… et d’autres moins sûres, des metteurs en scène reconnus  ou moins connus, se taille la part belle avec, entre autres: Intérieur de Maurice Maeterlinck par Claude Régy, Huis de Michel de Ghelderode par le Belge Josse de Pauw,  Othello Variation d’après Shakespeare, par Nathalie Garraud et Olivier Saccamano, La famille Schroffenstein de Kleist par Corsetti avec les jeunes acteurs de l’Ecole de Cannes,  Notre peur de n’être par Fabrice Murgia, jeune créateur belge  et Henry VI de Shakespeare  (en 18 heures!) par Thomas Jolly, dont une partie a été récemment donnée au Théâtre des Gémeaux  (voir Le Théâtre du Blog) mais aussi Vitrioli de Yannis Marvitsakis, mise en scène par Olivier Py.
Et Mai, Juin,Juillet de Denis Guénoun, mise en scène de Christian Schiarreti, une sorte de saga sur le festival d’Avignon, Hypérion d’après Hölderlin par Marie-José Malis,la nouvelle directrice d’Aubervilliers, Orlando ou L’Impatience de et par Oliver Py, Falstafe de Valère Novarina, mis en scène par Lazare Herso-Macarel….
Et trente ans après celui, fameux de Peter Brook qui avait inauguré la Carrière Boulbon, un Mahabarahta dans ce même lieu devenu mythique, par Staoshi Miyagi, etc… Et la Société des auteurs et compositeurs dramatiques avec Sujets à vif.  Mais impossible de citer toutes les créations…
Au chapitre danse: Coup fatal avec Julie Nioche, Serge Kakudji, Fabrizio Cassol,  mais aussi Alain Platel, Thomas Lebrun, Arkadi Zaides, Robyn Orlin, et l’Américain Lemi Ponifasio dans la cour d’Honneur. Et en musique:  Don Giovanni, letzte party, variation de l’Allemand Antu Romero Nunes, venu de Hambourg  et, avec la collaboration de l’Abbaye de Royaumont, Cinq chants aux accents d’orient et de Méditerranée et, venus du Caire, Hassan El Geretly et El Warsha.
Et enfin pour finir,  le 27 juillet, un beau coup populaire:  Les Têtes Raides avec Corps de mots dans le Cour d’Honneur! Un Festival qui a au moins déjà le mérite de la diversité. Et Olivier Py de citer Jean Vilar: « Le ciel, la nuit, le texte , le peuple, la fête ». On ne peut que souhaiter le meilleur à cette 68 ème édition de ce festival qui reste de toute façon exceptionnel..

Philippe du Vignal

 Cloître Saint-Louis, 20 Rue du Portail Boquier, 84000 Avignon. T: 04 90 27 66 50.

 

 

Pulvérisés

Pulvérisés d’Alexandra Badea, mise en scène d’Aurélia Guillet et Jacques Nichet.

pulverises-bruno-blegerUne ouvrière à la chaîne dite «opérateur de fabrication» à Shanghaï, une ingénieure d’études et développement à Bucarest, un superviseur de plateau de téléopérateurs à Dakar, un responsable assurance-qualité en sous-traitance dans une entreprise de Lyon.
Les dés sont jetés quand commence
Pulvérisés, qui évoque sans surprise ce que chacun soupçonne de la réalité de la mondialisation, thème à traiter avec des pincettes quand on veut le dénoncer avec subtilité. Auparavant, en guise de lancement de l’avion en partance théâtrale, ce titre: Pulvérisés fait forcément penser à la disparition de l’avion Vol MH 370 Malaisy Airlines -, il y aura eu le monologue intérieur du responsable lyonnais qui se raccroche in extremis à lui-même, à travers le tutoiement : « Tu es hors du temps, paumé entre des latitudes et des longitudes qui s’embrouillent dans ta tête, Delhi,Tokyo, Dakar, Sao Paulo, Kiev, Hong-Kong, Santiago/ Tu ouvres les yeux… »

Les noms de ville défilent mentalement, comme pour le spectateur de cinéma qui voit défiler une pub qui promouvant le réseau des chaînes U.G.C. et inventant le jet compulsif de noms de capitales qui scintillent dans l’espace sombre de la galaxie. Et l’on ne sait plus bientôt où l’on se trouve, mais cette vision, paradoxalement sonorisée, donne l’impression de voyager chichement  dans son fauteuil standard.  Une sensation similaire pour le public de Pulvérisés, auquel on offre un carnet de voyages touristiques tendance bobo, et qui admire, selon le lieu d’où l’on parle :Shanghaï, Bucarest, Dakar… avec l’image d’une jeune chinoise ou latino-américaine, d’un jeune sénégalais, tous photographiés et vêtus dans leur milieu d’origine. Portraits à la beauté ethnique, inscrits dans la nature environnante pour des photos glacées de catalogues Voyageurs du Monde qui vantent l’authenticité brute de pays lointains.

Évidemment pas de tourisme ici, on entend des voix off venant des pays concernés,  et sur le plateau, de personnages dénoncent l’exploitation, la main-d’œuvre bon marché, tandis que les cadres et responsables-en mal d’excellence professionnelle, ce à quoi ils ont été formés-sont happés par leur fonction, au détriment de la qualité intérieure de leur existence : «-Pluggée ? … Maile ton diagnostic…Si tu me le mailes,je te forwarde les statistiques évolutives… Pompe. J’ai adeisé…Vas-y crache » Et par Skype, on surveille avec mauvaise conscience, son enfant laissé aux soins d’une autochtone méprisée dont on abuse en lui donnant des ordres à distance.

Quant au responsable installé à Dakar et qui emploie des Sénégalais, de jour comme de nuit, il précise : « Ici, il est interdit de parler en langue. Ici on pense français, on mange français, on a des noms français » L’inventaire des obligations est infini, dès qu’il s’agit de la libéralisation des échanges-de biens, de main-d’œuvre et de connaissances-de l’expansion de ces échanges et des interactions humaines, de la concurrence, des retombées technologiques de la communication à l’échelle planétaire.
La scénographie soignée de Philipe Marioge, au service de la mise en scène d’Aurélia Guillet et Jacques Nichet, offre un espace de deux écrans, un livre ouvert de style architectural et esthétique qui rappelle la bibliothèque François Mitterrand quand on la regarde  observée depuis le quai de la Seine.

À l’intérieur de ces pages «écrans lumineux» ouvertes, Agathe Molière et Stéphane Facco portent les rôles alternatifs de l’homme et de la femme. Ils déversent une parole sans éclat, accumulant tous les clichés répertoriés sur la déshumanisation du travail et de la vie. Ainsi, on se donne entièrement à son poste professionnel, en reniant sa part intime: femme, enfants et résidence d’origine, et en s’adonnant, pour passer le temps, à des jeux érotiques inavouables, tandis que reste, sauvegardée à l’extérieur, la fonction académique parentale.
Mais l’invention artistique n’a pas rendez-vous avec cette performance lancinante et sans espoir, où l’individu est seul, absolument livré à lui-même, à sa vérité et à ses mensonges, dans la position même du spectateur qui en demandait plus…

Véronique Hotte

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. T : 01 48 33 16 16, du 19 mars au 5 avril 2014, mardi et jeudi 19h30, mercredi et vendredi 20h30, samedi 18h, dimanche 16 h.

Le texte de la pièce est publié chez L’Arche éidteur.

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