Love letters

Love letters de A.R. Gurney,  mise en scène de Benoît Lavigne.

5946-photo-love-lettersA.R. Gurney (84 ans) a écrit des pièces comme  Scènes de la vie américaine, Les Enfants et La salle à manger qui mettent en scène la vie de la société du Nord-Est américain; il est aussi  l’auteur de plusieurs romans.
Mais il est surtout connu pour cette pièce, créée à New York en 1989 et traduite en une trentaine de langues; elle a été  souvent jouée en France, notamment par Anouk Aimée avec  Jean-louis Trintignant, puis Jacques Weber, Alain Delon et  le mois dernier  avec  Gérard Depardieu.
Ce mois-ci, c’est au tour de Jean-Pierre Marielle de s’y coller avec son épouse Agathe Natanson.
Ce n’est pas vraiment une pièce mais plutôt un échange de lettres en direct,   entre  Melissa et Andy qui se sont connus enfants puis jeunes adolescents au collège. Ils se sont aimés, puis se sont mariés chacun de leur côté sans jamais se perdre de vue, puis, les années passant, n’ont jamais cessé de s’écrire, même quand la vie semblait les rapprocher ou les éloigner l’un de l’autre.
Divorce pour elle, illusions perdues pour lui, tout se dit et s’exprime dans cette relation épistolaire, alors qu’ils auraient eu du mal, à se le dire en face. Merveilles de la correspondance écrite, les amants d’aujourd’hui garderont-ils la trace de leurs mails? 
Michel Cournot, le critique du Monde,  avait dit en 90 que  ces Love letters tenait de « l’ encéphalogramme plat : du tout-venant, gentil, facile, attendu ». C’était quand même assez méchant mais pas  totalement faux.
La pièce dégouline en effet de  gentillesse, mais on le sait depuis longtemps, le vrai théâtre n’a rien à voir avec les bons sentiments, et ce n’est pas pour rien que les pièces de Marivaux ou de Feydeau sont si cruelles et si fascinantes. L’écriture de Gurney, elle, est un peu fade et propre sur elle, sans aucune prétention, (c’est déjà cela!) mais conventionnelle: cette relation épistolaire nous révèle un Andew qui n’est pas d’un milieu aisé mais qui est sérieux et ambitieux, alors que Mélissa  est riche et, bien entendu, comme toutes les dames riches,  assez mélancolique. Tous aux abris!

 La mise en scène est correcte mais les deux comédiens sont assis loin de l’autre à une table d’au moins cinq mètres, sans qu’on en voit la nécessité, et leur voix est légèrement amplifiée. Et immobiles, ils lisent, lisent pendant une heure vingt,  jetant, une à une la feuille lue pour prendre la suivante. Bon!  C’est on l’aura compris, un exercice pour acteurs qui ont envie de se faire plaisir et c’est souvent agréable à écouter.  La pièce est  d’évidence vite écrite, les personnages sont assez falots mais, comme toujours, on retrouve avec plaisir  le grand Jean-Pierre Marielle que l’on a si souvent vu, que ce soit dans Guitry, Claudel, Tchekhov, Pinter ou Feydeau. Comme le mois dernier, le public allait sans doute, pour les mêmes raisons, retrouver Anouk Aimée et Gérard Depardieu sur ce même plateau.
   Oui, il est bien là, le grand Marielle, comme dans ses nombreux films, et c’est visiblement lui que les gens sont venus voir; à 81 ans, il a toujours cette même voix magique, reconnaissable entre toutes, et il emmène le public là où il veut.  Il y a même un petit moment  d’émotion, quand Andew apprend la mort de Melissa.   Agathe Nathanson, elle,  semble rester un peu en retrait, comme si elle voulait ne pas lui voler la vedette.
  Voilà! Que vous dire de plus? Que le public a fait une longue ovation debout aux comédiens. Que les places coûtent 66 euros au parterre! Cela fait quand même un peu cher pour un exercice d’acteurs, même brillant. A vous de voir… Le spectacle se jouera ensuite en avril avec Francis Huster et Cristiana Reali. C’est comme pour Les Monologues du vagin, on  ne prend pas les mêmes mais on recommence…

  Philippe du Vignal

Théâtre Antoine à Paris jusqu’au 30 mars.  
  

 


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