chat en poche de Georges Feydeau

Chat en poche de Georges Feydeau, mise en scène d’Anne-Marie Lazarini.

 Chat-en-poche-la-folie-Feydeau-a-l-Artistic-Athevains_article_mainLa pièce fut créée en 1888, sans grand succès, au Théâtre Dejazet, oui, l’actuel Dejazet… Feydeau n’a alors que vingt-six ans, mais, comme dans ses pièces les plus connues, le moteur de Chat en poche, c’est  déjà un formidable quiproquo…
M. Pacarel est un riche  industriel parisien qui a fait fortune dans le sucre; il veut absolument monter, (mais on ne saura jamais vraiment pourquoi sinon que cela arrange bien Feydeau!) un opéra qu’a composé sa fille à partir du Faust de Gounod. Laquelle fille est fiancée à un certain Lanoix de Vaux..Feydeau adore déjà les jeux de mots!

  Et M. Pacarel, qui ne doute de rien, surtout pas de lui-même, a donc décidé de faire venir un célèbre ténor de l’opéra de Bordeaux. Pourquoi Bordeaux? Cet éloignement de la capitale, permet à Feydeau d’imaginer une situation plausible à l’époque,  encore qu’un peu tordue… En effet, Pacarel ne connaît pas du tout le soi-disant ténor qui  arrive alors chez lui, qui est, en réalité, le fils de son ami Dufausset,  fils qu’il ne connaît pas non plus,   et que son père  lui a  envoyé  pour qu’il  vienne  faire ses études de droit …
M. Pacarel, obstiné et,  tout à son idée de son futur opéra, ne douterait un seul instant que ce soit le fameux ténor tant attendu. Il lui fait donc aussitôt signer, sans même l’avoir entendu chanter, un contrat mensuel, avec une somme plus que rondelette comme salaire,  puisqu’il s’agit de l’équivalent en francs de quelque 12.000 euros!
 Ce que le jeune homme- pas très scrupuleux-  se gardera bien de refuser, même s’il se doute bien que la situation est des plus absurdes et ne va pas manquer de dégénérer: la première audition va en effet se révéler catastrophique… Et Dufausset semble aussi être tombé amoureux de  Marthe Pacarel, ce qui va compliquer inutilement les choses.
Mais M. Pacarel persiste; tout est désormais en place  pour que la mécanique implacable fondée sur un quiproquo de base, qui débouche sur une série de malentendus, de rencontres aussi imprévues que catastrophiques, et de situations absurdes, imaginés avec  brio  par Feydeau, se mette alors à fonctionner. Et le jeune écrivain sait très bien rendre les choses normales, alors qu’elles sont frappées au coin de la plus profonde folie poétique. Il n’y a pas encore chez Feydeau ces cocufiages en série qui seront plus tard  sa marque de fabrique…

 « Voyez-vous, mes amis… reconnaîtra Pacarel, que vous achetiez des navets ou que vous traitiez avec un ténor…demandez toujours à voir la marchandise…On ne sait jamais ce que l’on risque à acheter chat en poche. » L’expression signifiait: acheter quelque chose sans vérifier l’objet de la vente. En fait,  Pacarel, comme tous les autres personnages ici, semblent autistes et enfermés dans leur logique personnelle, même si elle est absurde, et  pris dans une sorte d’engrenage implacable et sans issue.
« Dans Chat en poche, dit Anne-Marie Lazarini, l’art de l’absurde est tel qu’il atteint une dimension poétique. Il n’y a pas de place pour la réflexion. On se borne à agir. Tout est vitesse et précision. Les personnages se retrouvent engagés dans une fuite en avant dont ils ne peuvent s’extraire et qui les conduit à leur propre perte. Mais il y a surtout dans cette pièce une virtuosité du langage : les « créatures » de Feydeau se constituent avant tout à travers ce qu’elles disent verbalement. Et là encore, on frôle la déraison : l’enchaînement des mots, des répliques, la langue, l’absence totale d’écoute mutuelle, tout laisse à croire que cette engeance est frappée de démence. »

  La pièce, qui, sans doute, n’est pas aussi forte que les suivantes de Feydeau, est déjà assez habilement construite, si l’on veut bien admettre le quiproquo de départ, inimaginable aujourd’hui, vu la rapidité des communications. En fait, mieux vaut la prendre comme une sorte de conte scénique avec des personnages qui tiennent davantage de marionnettes que d’êtres humains.
Le décor imaginé par François Cabanat est une grande pièce bourgeoise mais toute en déséquilibre comme les personnages, avec de drôles de fenêtres, des marches d’escaliers ne menant nulle part et des fauteuils aux couleurs démentes: c’est drôle et assez bien vu, d’autant que les costumes
de notre époque, dessinés par Dominique Bourde sont en complet décalage, ce qui renforce encore le caractère foutraque de l’ensemble .
Anne-Marie Lazarini a conçu une mise en scène solide, où elle prend en compte le surréalisme avant la lettre de l’univers imaginé par Feydeau. On aurait aimé qu’elle aille encore plus loin dans la direction de ses acteurs qui font un travail honnête mais un peu trop sage, et où Cédric Colas, ce soir de première,
n’avait  pas tout à fait la dimension pour jouer Dufausset. Dommage.
A voir? Oui, ce
Chat en poche, pièce encore imparfaite d’un déjà brillant mais encore débutant Georges Feydeau, a de belles couleurs poétiques. On n’y rit pas tout le temps mais assez souvent: par les temps qui courent, c’est toujours bon à prendre

Philippe du Vignal

Théâtre Artistic Athévains 45 Rue Richard Lenoir, 75011 Paris.  T: 01 43 56 38 32

 

 

 


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