Une Femme de Philippe Minyana

Une Femme de Philippe Minyana, mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo.

03-15Fe060Si «inspiré» signifie avoir de l’intensité dans la réflexion, elle-même doublée d’une rare sensibilité, l’écrivain de théâtre Philippe Minyana a certes été inspiré, quand il a brossé ce portrait existentiel en pied, racé et bien frappé.
Ce qui ajoute au plaisir: la pièce prend vie, à la façon d’un conte atemporel et universel, grâce à un baladin imaginé par Marcial di Fonzo Bo.
Une Femme donne en effet à voir  un  modèle de la gent féminine et le public y reconnaît un exemple d’humanité relevant d’un théâtre de l’existence : «Le projet, dit l’auteur, est bien de raconter ce que nous sommes, nous, les êtres humains».
Catherine Hiegel joue, avec conviction, l’attachante Élisabeth, la
Femme, et elle œuvre avec panache, accompagnée de comédiens à la personnalité marquée: Marc Bertin, Raoul Fernandez, Helena Noguerra et Laurent Poitrenaux qui jouent le père d’Elisabeth, son second compagnon, son fils, sa fille, son amie, sa mère, des rôdeurs encore…
À la lisière de l’ombre nocturne des sapins dans un bois profond, se croisent les vivants et les morts,  dans le reflet de la pensée intime d’Elisabeth. La forêt, au théâtre, est, on le sait, le lieu privilégié des renversements de situations, des scènes de travestissement et de changement de sexe.
La dramaturgie de Minyana participe d’une série élaborée de scènes symboliques,  avec des gisants sur leur lit de douleurs: l’héroïne, comme une mater dolorosa, se souvient, en remontant le temps, de son père malade à l’agonie, et des souffrances de son compagnon moribond. Renaissent aussi des colères familiales avec des enfants qui voient
un intrus dans ce compagnon de leur mère…
Les vieux parents apparaissent, plutôt inquiétants, et une amie de toujours surgit à l’improviste ; les événements s’apparentent ainsi à des souvenirs, des rêves salutaires de mémoire, et se mêlent aux rencontres réelles. Les visions se propagent alternativement, ou simultanément sur le plateau.
Dans la nuit, le public devine un horizon découpé par la dentelle sombre des cimes élevées de sapins verts, lieu d’errance et d’obscurité, où Elisabeth cherche à retrouver une innocence et une vérité dont elle s’est éloignée avec le temps. Parfois, un tronc d’arbre s’abat sur les sentiers forestiers, rappel lointain de l
a cerisaie tchekhovienne à abattre…
Ces incidents aléatoires simulent des événements comme des maladies, des ruptures, des morts, situations qui dépassent l’être, et contre lesquelles on ne peut rien. Elisabeth tente enfin de s’emparer du présent qui lui a toujours échappé; sa vie n’a été que passion dévolue à autrui, et elle a supporté la souffrance des proches, la vue de leur corps malade, l’affection et le trouble de leur âme, tout comme sa solitude à elle.
La gamme des émotions, sentiments, peines et joies, l’a égarée hors du champ de sa volonté. Pour conquérir sa liberté, cette femme, devenue sage doit se démettre de l’emprise de la passion, et ne céder ni aux désirs ni aux craintes. Mais l’altruisme ne sauvegarde en rien l’intégrité de celui qui l’éprouve mais il le creuse et Elisabeth, est, au milieu de ses fantômes, en quête d’un présent saisissable.
Le visage et la voix de Catherine Hiegel expriment la belle usure ouvragée de l’aventure existentielle, sur  un chemin illuminé par la forte présence de ses comparses.

Véronique Hotte

Théâtre de la Colline, du 20 mars au 5 avril et du 9 avril au 17 avril, du mercredi au samedi 21h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h. T : 01 44 62 52 52.

Le texte est publié chez L’Arche Éditeur.

 


Autres articles

Pas encore de commentaires to “Une Femme de Philippe Minyana”

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...