Le Mardi où Morty est mort

 Le Mardi où Morty est mort, de Rasmus Lindberg, mise en scène de François Rancillac, traduction de Marianne Ségol-Samoy et Karin Serres.

 

Morty2©JeanLouisFernandez086-1La pièce de l’écrivain suédois est écrite pour deux hommes, deux femmes et un chien, une distribution qui se veut désinvolte et qui suscite la curiosité du spectateur amusé. Le Mardi où Morty est mort est un titre inédit : le dit Morty appartient à l’espèce canine mais l’événement fatal qui le concerne, ce fameux deuxième temps d’une semaine quotidienne,  longue des travaux et des jours, fait encore le point sur la situation existentielle de son maître et de ses rencontres à cette date indéterminée.
Cela ne débute pas sur l’image du chien et de son maître, spectacle idyllique d’une compagnie animale frétillante pour médecin solitaire, mais sur une scène qui évoque le sentiment d’une répétition vaine et invariable dans l’espace et le temps d’un passage sur terre sans éclat :«
C’est le matin…C’est le soir…»
Un couple âgé, portant ostensiblement perruque, se tient derrière un long comptoir élevé aux couleurs joyeuses, métaphore ironique du promontoire savant où l’on tient des discours métaphysiques. Le vieil homme égrène les journées qui passent et la vie qui s’en va ; son épouse, elle, tient un grand bol couleur vert printemps et s’esclaffe de la saveur agréable de son café. Lumière et noir en alternance sur le couple, comme des éclats photographiques. La vie est absurde et son sens échappe. Lui, toutefois évoque un voyage à deux à Copenhague, souvenir de bonheur resté jusqu’au bout dans la mélancolie ambiante d’aujourd’hui.
Mais il meurt soudainement; suivent les obsèques la veuve, la petite-fille et un pasteur en crise intérieure qui fait des ratés lors de sa prédication en chaire. Le public voit les fidèles de dos : des chevelures de marionnettes de carnaval brutalement installées… Les êtres ne sont que des pantins ! À partir de ces funérailles, tout va se déglinguer dans l’organisation de la vie de chacun : la grand-mère est atteinte d’un cancer fulgurant, la jeune fille, en mal de voyage et d’ailleurs, est sur le point de rompre avec son compagnon, le jeune fils du pasteur désœuvré et amoureux d’elle , en sweat, casquette, et pantalon de gym, Elle va avoir le coup de foudre pour le médecin au chien, mais l’étincelle d’amour est davantage pour elle que pour lui qui promène Morty… …
Julien Bonnet, Maxime Dubreuil, Thomas Gornet, Laëtitia Le Mesle et Valérie Vivier, associés au Fracas-Centre Dramatique National de Montluçon, s’en donnent à cœur joie et la mise en scène que signe François Rancillac, ludique, aux tons pastels et vitaminés, est absurde à souhait mais jamais chaotique. Les acteurs volubiles s’amusent dans un univers à la fois simple et extravagant : la maison, le temple, le cimetière avec ses petites croix grises d’un paysage nocturne digne d’Elseneur et les rues de la ville, jusqu’au moment où l’amant éconduit se met en colère et tire pour se venger.
La grand-mère choisit cet instant pour en finir avec la vie et s’envole sous la voûte céleste, au milieu des étoiles et non loin de la lune ; on voit la vieille dame en figurine miniaturisée, visiter les nuits pleines de lumière de la galaxie et le pasteur perdu sur la terre apparaît en ange aux ailes blanches et aux oreilles de chien.
Cette farce burlesque est un micro-conte lunaire, un bonbon acidulé…

 

Véronique Hotte

 

Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes du 25 mars au 13 avril du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h. T : 01 43 74 99 61

Le texte est publié aux Éditions Espace 34.

 


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