Introspection

Introspection de Peter Handke, traduction de Jean Sigrid, mise en scène de Michel Vuillermoz.

Peter Handke a vingt quatre ans quand, en 1966, paraît ce texte vite devenu aussi célèbre qu’Outrage au public et très régulièrement joué en Allemagne comme en France. Après Gwenaël Morin qui l’avait mis en scène au Théâtre de la Bastille en 2011 avec huit comédiens, hommes et femmes, Laurence Colussi, qui l’avait déjà joué une vingtaine de fois à Avignon, il y a deux ans, s’empare à nouveau de ce monologue d’une violence et d’une force, comme en entend rarement. Et Michel Vuillermoz (l’excellent Cyrano monté par Denis Podalydès, a mis en scène sa compagne avec exigence et radicalité, en accord parfait avec la pièce.
Dans la cave aux murs de pierre blonde, juste une lumière fixe, aucun bruitage ou musique, aucun accessoire sinon un tabouret haut qu’elle ne quittera jamais, dos appuyé au mur, le temps exact des cinquante minutes qu’il faut pour dire le texte. Simplement habillée d’un jean et d’un pull-over, elle est là, solide, imperturbable, face au trente-quatre spectateurs que peut contenir la salle. Avec un beau sourire et une grande élégance, l’air de ne pas y toucher, ce qui renforce encore les mots impitoyables de Handke qui, dit-il, « sont dotés d’un pouvoir spirituel. »
Laurence Colussi, très concentré, possède une diction impeccable et une voix magnifique, et elle fait claquer les simples phrases qui, comme dans une litanie, sont souvent des anaphores.
« J’ai appris qu’il y avait des règlements pour la conduite et pour la pensée. J’ai appris qu’il y avait des règlements pour l’intérieur et pour le dehors. Des règlements pour les choses et pour les hommes. Des règlements généraux et particuliers. Des règlements pour ici-bas et pour la vie éternelle. »
C’est un spectacle exemplaire qui a sans doute demandé à la comédienne un long travail de mémorisation d’abord mais aussi et surtout d’intelligence de ce texte difficile mais formidable.
Peter Handke, écrivain autrichien inconnu à l’époque, a réussi un petit miracle avec cette pièce qui n’en est peut-être pas une, au sens précis du terme, encore que… Impossible d’échapper à cette logorrhée d’introspection parfois très intime qui, en fait, nous concerne tous. Avec tout un cortège d’obligations morales, juridiques peu, voire jamais respectées, de tendances à faire le contraire de ce qui est prescrit par tous les codes mis en vigueur par la société, de manquements aussi divers que répétés à une déontologie personnelle ou familiale, ou à des usages qui remontent à la nuit des temps et que l’auteur bafoue avec une gourmandise non dissimulée… On est souvent assez proche ici de Thomas Bernhard, cet autre grand autrichien. Impossible de tout citer mais Peter Handke sait mettre, avec une rare lucidité, le doigt là où cela fait mal.
Bref, une soirée où le public reçoit une langue et des sonorités exceptionnelles, magnifiquement servies et sans aucune concession par Laurence Colussi et son metteur en scène… Un grand merci à tous les deux. C’est seulement dommage que le spectacle soit si peu joué, mais,  s’il arrive un jour près de chez vous, n’hésitez pas.

Philippe du Vignal

Maison de la Poésie jusqu’au 2 avril.

Introspection. D’après Outrage au public et autres pièces parlées, traduit de l’allemand par Jean Sigrid est publié chez L’Arche, 1968.

 

 


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