Ghost road

Ghost road, texte et mise en scène de Fabrice Murgia, musique de Dominique Pauwels.

 

C’est un nouveau spectacle de Fabrice Murgia, jeune metteur en scène belge de 31 ans, qui a été créé en septembre dernier à Rotterdam, et dont Le Chagrin des ogres (voir Le Théâtre du Blog) avait remporté le prix du public au Festival Impatience. Avec toujours la même envie d’en découdre avec les nouvelles technologies (réseaux sociaux, musique électronique, etc… et en particulier la vidéo.
Avec comme point de départ, un voyage le long de la route 66 qui reliait Chicago à Los Angeles en Californie, et qui n’existe plus qu’à l’état de vestige, à la suite de la construction d’une nouvelle route. Avec tout un cortège de maisons abandonnées depuis longtemps, de stations-service en décomposition, mais aussi d’hommes et de femmes, souvent très âgés et victimes d’un système économique où ils n’avaient aucune place ni aucun légitimité. Ne sachant où aller, n’ont jamais pu se résoudre à partir, et vivent là, tant bien que mal comme des survivants d’une époque à jamais résolue, dans les souvenirs de leur passé plus que dans le présent.
« En créant Ghost Road, dit Fabrice Murgia, nous nous considérons comme des archéologues du futur, à la recherche des causes du déclin d’une civilisation. Nous nous avançons de la sorte dans le domaine de la science-fiction et dans celui du roman ou film catastrophe. Gost road ne se concentrera pas sur la catastrophe en tant que telle, mais sur son effet sur de individus concrets ».
Sur scène, une femme plus très jeune, clope au bec en permanence, dont le visage est retransmis sur écran en très gros plan, seule dans la pénombre, et magnifiquement incarnée par Viviane De Muynck, raconte comment le système capitaliste lié aux origines mêmes des Etats-Unis, est en passe de mettre à mal les fondements de la liberté. Avec des citoyens bien incapables de résister à cet effet de laminage. Le déclin radical de la fameuse route 66 symbolisant évidemment celui du pays tout entier.
Cette parabole dite par Viviane De Muynck, avec le soutien de la musique de Dominique Pauwels qui pense « qu’elle peut exprimer des sensibilités sensorielles quasiment archaïques  et capable «  de produire un espace mental » , et par le chant de Jacqueline Van Quaille, et souvent remplie d’émotion palpable ressentie par le public, est parfois un peu longuette, comme si Fabrice Murgia entendait d’abord se faire plaisir avec ce récit inspiré par ce journal de voyage.
Le plus intéressant dans ce Gost road restant quand même ces moments d’entretiens filmés en gros, voire en très gros plans de ces hommes âgés dont le plus vieux doit avoir quelque 90 ans, au visage buriné par le soleil, profondément lucides quant à leur situation et qui se sont rassemblés en petite communauté, pour survivre… Les plus vaillants, nous a dit Viviane De Muynck, allant faire les courses en 4/4, pour tout le monde, loin, très loin dans un super-marché. 
Fabrice Murgia en filmant l’intime atteint ici l’universel. Et cela nous parle aussi bien sûr…
Certes, comparaison n’est pas raison comme on disait autrefois, mais toutes ces maisons abandonnées, ces hameaux désertés et ces gens qui n’ont plus que des caravanes pour s’abriter… On transpose inévitablement les choses dans notre notre douce France (voir l’article précédent d’Edith Rappoport !) Et pourtant, les Etats-Unis, nous a-t-on sans cesse dit et redit, première puissance économique paraissent ici, comme mués par une sorte d’auto-destruction.
Et Fabrice Murgia quand il filme ces gens, possède un incomparable sens du documentaire ; le spectacle, qui a un peu de mal à s’imposer au début, prend alors vite avec ces images, une dimension mythique, tout en en cessant de mettre le doigt où cela fait très mal. Avec quand même à la fin, dans cet enfer, une petite touche d’espérance… Le public normand a chaleureusement applaudi.

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 3 avril à la Comédie de Caen/Théâtre d’Hérouville Saint-Clair. Image de prévisualisation YouTube


Archive pour 9 avril, 2014

D’un retournement l’autre

 D’un Retournement à l’autre, de Frédéric Lordon, mise en scène de Luc Clémentin.

1688071331b0aa3fe25a173b37a090200Frédéric Lordon, directeur de recherches au CNRS, membre des Économistes Atterrés, étudie depuis plusieurs années les logiques funestes du capitalisme actionnarial, des marchés financiers et de leurs crises. On peut régulièrement apprécier sa lucidité sur cette crise financière qui nous broie, dans ses articles publiés dans Le Monde Diplomatique. C’est une plume brillante et, à la lecture, cette pièce spirituelle en alexandrins nous avait transportés. Luc Clémentin avait découvert la finesse de ses analyses des « subprimes » américaines,  en l’écoutant sur France-Inter dans l’émission de de Daniel Mermet, Là-bas si j’y suis.
Sur le, plateau, d
ix économistes en culottes courtes sont debout, très graves, derrière leurs pupitres. Ils s’interrogent sur les marchés financiers en pleine déroute : « Vos actes sont parlants, surtout leur hiérarchie qui dit quel est l’ordre où les gens sont servis. D’abord les créanciers, le peuple s’il en reste. Voilà en résumé la trahison funeste »(…) Ma banque, ma vie, mon œuvre, la race des seigneurs est notre appartenance, la banque va sombrer (…) Le crédit, c’est nous, nous sommes intouchables ! »
Heureusement, l’État est là; idée géniale, Sarkozy (Loïc Risser) est plus vrai que nature ;  d’abord assis sur un petit pliant, flanqué de sa Carla qui lui sussure à l’oreille des chansons réconfortantes, il marche à croupetons, avec ses tics et ses discours trompeurs. L’État rachète tous les crédits pourris qui devaient mettre en faillite ces banquiers véreux, et le gouverneur de la Banque de France, coiffé d’une perruque, une bougie à la main, réconforte les banquiers coiffés d’un chapeau, qui chantent en italien et qui acclament le Président.
Sarkozy prononce ses discours, et Hollande n’est pas en reste : « C’est la régulation qui conduit au marasme, prends l’oseille et tire-toi ! ». On entend régulièrement les annonces du métro: « Des pickpockets sont susceptibles d’agir dans la station ».  Et c’est Luc Clémentin, le metteur en scène, qui  joue Frédéric Lordon, en témoin lucide. On entend le discours de Hollande à Sarcelles : » Cet adversaire, c’est le monde de la finance ! ». On rit beaucoup, mais, au lendemain de cette déroute électorale de la gauche, ce spectacle est salutaire mais  terrifiant. Créé à la Maison des Métallos en  2012,  il a été  aussi présenté à Confluences, au Monfort Théâtre, etc…. Ne ratez pas ce spectacle, s’il passe près de chez vous.

Edith Rappoport

Spectacle vu au Plateau 31 de Gentilly.


ultima_chamada@yahoo.fr

 

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