Tamago

Tamago, musique de Leonard Eto, avec les danseurs du Ballet National de Marseille.

 

photoLe public de la Maison de la Culture du Japon a assisté à un travail chorégraphique original qui met en résonance, la puissance des tambours japonais et la fluidité de trois danseuses et d’un danseur du Ballet national de Marseille. Les danseuses sont :coréenne, (Ji Young Lee), polonaise, (Malgorzata Czajowska) ou japonaise, (Nonoka Kato) comme le danseur, Yasuyuki Endo qui a aussi éralisé la chorégraphie.   Cette distribution traduit bien ici, la diversité des interpètes du Ballet National de Marseillequi vient d’accueillir deux nouveaux directeurs Emio Greco et Pieter Scholten.
Les mouvements chorégraphiques se laissent deviner dans la pénombre des lumières mouvantes. Le son  du gros tambour japonais O-Taiko semble rythmer l’action comme un cœur qui bat.  Même si la danse n’est pas toujours très lisible, l’engagement physique des artistes lui, est total, tant pour les solos que pour les mouvements de groupe. Capté brièvement par la lumière, certaines postures apparaissent comme des photos instantanées d’enchevêtrement des corps dont l’image  serait volée au temps.
Les danseurs réalisent dans l’espace une sorte de calligraphie humaine, chère aux amoureux du Japon qui peuvent s’initier à cette tradition d’écriture dans cette même maison de la culture du Japon. Leonard Eto qui rythme de sa musique cette création de  soixante-dix minutes est en lui-même un spectacle: il fait corps avec ses percussions, qu’il maîtrise sereinement, il les frappe ou les caresse,  suivant son inventivité. L’ensemble participe d’une parenthèse chorégraphique décalée que le public parisien maintenant fidèle de ce lieu, vient découvrir avec curiosité et plaisir.

 Jean Couturier

 Maison de la Culture du Japon le 5 avril

www.ballet-de-marseille.com

 


Archive pour 10 avril, 2014

La Place du chien

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La Place du chien, sit -com canin et post-colonial,
texte et mise en scène de Marine Bachelot.

 

Ça commence vraiment comme une sitcom: une fille rencontre un mec dans une soirée, ils s’éclatent ensemble sur la piste de danse, s’embrassent contre une voiture, finissent la nuit dans les 20 m2  de la fille… Aïe ! Elle a un  labrador et le courant ne passe pas du tout  avec le musicien congolais. Normalement, on rit. Répliques rapides, situations express, lieu unique : essentiellement, le lit.
Mais assez vite, on sent que ça se complique, et de façon très intéressante : sans insister, l’auteur suggère que l’extraordinaire liberté de Karine déconcerte et attire Sylvain. Et que le choc des cultures,  oublié dans le désir, revient dans le tabou et ses dégoûts. Reste que ce chien si choyé, quand même…
La jeune auteure fait monter l’affaire, parfois de façon abrupte, mais ça marche. Et la construction de sa pièce apparaît beaucoup plus subtile qu’au premier abord. La caissière précaire (qui a fait des études) et son musicien (libre, mais pas tant que ça), sont bien vus. Et il y a ce chien, personnage à part entière.
Cela va en effet plus loin qu’une affaire de jalousie et de toutou à sa mémère. Le chien n’est pas n’importe quel animal, de l’autre côté de la Méditerranée : injure suprême, esprit malfaisant… Il y a de la malédiction, de l’envoûtement dans l’air. Il y a de l’amour, aussi, et des paradoxes : le chien a tous les papiers possibles, mais ceux du jeune homme sont, reconnaît-il , un peu trafiqués. Le chien a été récupéré par la S.P.A. , derrière un grillage; l’homme, lui,  sera envoyé en centre de rétention, derrière un grillage…
On ne racontera pas tout. Qu’il suffise de dire que la pièce va loin, et finit par déranger  sous ses apparences d’inoffensive sitcom. Les amoureux, Flora Diguet et Lamine Diarra, sont justes, directs ; Yoann Charles joue un homme-chien parfois troublant, très capable de se venger. Après tout, c’est  son droit, il n’est qu’un animal…
Marine Bachelot écrit sur un sujet d’autant plus politique qu’il semble limité à la vie privée mais pratique aussi depuis une dizaine d’années, avec le groupe Lumières d’août, l’écriture militante : ça aiguise la plume.
La Place du chien a aussi un sous-titre : sitcom canin et post-colonial. Où la politique va-t-elle donc se nicher ?

 

Christine Friedel

 

Maison des Métallos, T: 01 48 05 88 27, jusqu’au 13 avril.

 

 

Sujet, Triptyque de la Personne

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© Nathalie Sternalski

Sujet, Triptyque de la Personne.

 

Au-delà de la morale, du droit, de la politique, de la médecine et de la grammaire, le terme de « sujet » désigne en philosophie, un être conscient qui, grâce à ses facultés sensibles et intellectuelles, élabore un point de vue sur le monde et sur lui-même.
Cette conception active de l’humain doté d’un regard existentiel est inversée en psychopathologie, quand l’être est «objet de» ou bien «sujet à» des troubles.
Le sujet est toujours celui qui parle ou dont on parle, solide ou pas, fragilisé ou pas.
Le Triptyque de la Personne par le GDRA (Groupe de Recherche Artistique) propose un théâtre du portrait, narratif et anthropologique, physique et pluriel.
Sous la houlette de l’anthropologue Christophe Rulhes, auteur, metteur en scène et musicien et  de Julien Cassier, acrobate, chorégraphe et scénographe, l’aventure scénique initiée en 2007 avec Singularités ordinaires et poursuivie avec Nour, s’achève avec Sujet, un spectacle pluridisciplinaire sur les attachements qui font de l’être «une personne ».
Aussi Sujet porte-t-il en scène la personne précaire, instable et soignée. En amont, pour traiter de l’homme – objet de prédilection des sciences dites humaines -, il a fallu enquêter et recueillir des témoignages. Un Aveyronnais – le père du narrateur – est filmé  au milieu des chants des oiseaux, sur sa terre de campagne fortement boisée. Il se prend pour une biche, dit-il  en occitan aussitôt traduit et mimé  par la tonique Armelle Dousset, danseuse et musicienne,  .
Si l’homme cervidé embrasse des reliques saintes du Sud-Ouest de la France, il est sauvé, il devient guérisseur. Une façon de faire le lien encore avec le narrateur, anthropologue de la santé, qui se penche sur Aby Warburg, historien de l’art, passionné de Saint-Gilles l’Ermite représenté en peinture avec une biche, thaumaturge du XII ème siècle.
Ce saint intercesseur met à distance non seulement l’épilepsie, la folie, la stérilité et la possession démoniaque, mais il favorise l’émancipation. Sur le plateau, le danseur acrobate Julien Cassier s’arcqueboute avec des bois de cerf dans les mains, devenant un animal forestier sous les yeux du public subjugué, tandis que l’écran invite le spectateur en pleine forêt à la fois claire et profonde.
Un patient est filmé encore en centre hospitalier spécialisé de Montpon- Ménestérol en Dordogne : le résident parle de sa maladie, de ses fragilités et de son handicap. Puis c’est au tour d’une chanteuse de tarentelle italienne de prendre possession de la parole en expliquant l’art du chant et de la transe qui sauve les malades.
Le passage à la scène de cette écriture étoilée et de ces éclats de langage polyvalent convie ensemble l’acrobatie, la danse, le théâtre, le texte, la vidéo et la musique.
La visée dramaturgique transfigure le réel en partant du quotidien.
Les performers s’engagent de tout leur corps dans l’espace scénographique et son volume – sons et images, mouvements et jeux de scène, écran et cordes lisses.
La danseuse Lara Barsacq parle hébreu quand elle le veut, elle prend plaisir à déconstruire son corps et ses arabesques, multipliant les brisures et les cassures, le désaccord et la révolte dans une sorte de transe sublimée.
Quant à Viivi Roiha qui parle finnois, la corde lisse est son domaine, elle grimpe régulièrement dans les hauteurs pour retomber brutalement mais salutairement, plus bas, enroulée dans le lien de sa corde.
Tous les interprètes s’adonnent à leur solo dans le respect des autres : ils sautent, s’élancent dans les hauteurs, rebondissent, tombent, chutent, se relèvent, s’attachent à des liens improbables puis s’en délivrent.
On ne sait où donner de la tête face à ce capharnaüm organisé à l’écoute de la guitare, de la clarinette basse, de l’accordéon, des claviers, de la batterie et des percussions, près des troncs d’arbres et des cordes attachées librement aux cintres. Qui est-on ?

Rechercher ainsi son identité dans le déploiement des performers est un plaisir.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre Romain Rolland de Villejuif, du 8 au 11 avril. Tél : 01 49 58 17 00.

Le Parvis- Scène nationale de Tarbes, le 23 mai.

L’Escale – Théâtre de la Ville de Tournefeuille, le 27 mai.

 

 

 

 

 

Au bord

Au bord, de Claudine Galea, mise en scène  de Jean-Michel Rabeux

 

Aubord-lb-1LD-630x420Elle, celle qui dit je, regarde une photo que le monde entier a regardée : celle d’une  jeune militaire américaine, tenant en laisse un prisonnier irakien à la prison d’Abou Ghraib. Cette photo, et tout ce que cette photo  emmène avec elle, au bord du dégoût, de la honte qui ne sont jamais dits, qui n’existent même pas, car elle, celle qui dit je, y voit d’abord la fille tenant l’homme en laisse. Et le désir, pour son corps frêle qui ressemble à celui de l’amie qui l’a laissée. Tout de cette image, même si on la détache du mur, tout « fait ventre », comme on dit. Tout fait mal au ventre, tout vous tient en laisse. Comme le désir. Où est la limite ?
Claudine Galea explore avec une probité et un courage inouï les potentialités presque infinies de cette image, exploration qu’elle confie à sa narratrice, que nous appellerons elle. Qui dit fille, dit mère, et elle se souvient de sa naissance, et de ce qu’il n’y a pas forcément de l’amour mais parfois de la jouissance d’une mère à sa fille, quand elle la déculotte en public et fesse «pour la bonne cause». Elle  pense qu’on dit « fille » pour la descendante et pour la jeune femme, mais qu’on ne dit pas « fils » dans les deux cas : on distingue le descendant et le «mec».
Un homme tenu en laisse par une femme, on n’avait jamais vu ça comme arme de guerre. Comme jeu sexuel ? Où est la limite ? La nature de l’humiliation est d’aller plus loin que l’humiliation. L’auteur exprime les contradictions de sa narratrice non par des « mais » et des « pourtant », mais en juxtaposant les vérités brutes , les unes à côté des autres. «Je pense que les femmes sont douces». « Je pense que les femmes ne sont pas douces ». Les deux formules contraires sont vraies, on l’entend.
Deux femmes incarnent ce texte unique en son genre : Claude Degliame, l’aînée, le dit avec la plénitude qu’elle sait donner aux mots, avec un petit tremblement d’interrogation. Parfois, elle se repose et laisse la place à la danse active de Berengère Vallet, qui peint, construit au sol et détruit l’image en temps réel. Plus exactement, elle la recouvre : l’image ne perd jamais sa mémoire. Elles se ressemblent, un peu comme des sœurs.

C’est impressionnant, souvent très beau, parfois ardu jusqu’à l‘ennui : la rigueur n’est pas une distraction. Est-ce du théâtre ? Question hors sujet : c’est de la pensée, de la poésie en actes. C’est une écriture qui déplie sans cesse les recoins de l’image, des sens, des passions, de la pensée même sur ces images, sentiments et sensations. Le théâtre, dit-on, ne supporte pas l’explication (le mot  signifie dépliage), sauf peut-être quand c’est le sujet même et l’enjeu de la pièce. En plus, on est mal assis : mais le confort est-il favorable à la pensée de l’impensable ?

 

Christine Friedel

 

MC 93 à Bobigny, 01 41 60 72 72 , jusqu’au 15 Avril

http://www.dailymotion.com/video/x1l548n

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