La Place du chien

chien simple - coup_555


La Place du chien, sit -com canin et post-colonial,
texte et mise en scène de Marine Bachelot.

 

Ça commence vraiment comme une sitcom: une fille rencontre un mec dans une soirée, ils s’éclatent ensemble sur la piste de danse, s’embrassent contre une voiture, finissent la nuit dans les 20 m2  de la fille… Aïe ! Elle a un  labrador et le courant ne passe pas du tout  avec le musicien congolais. Normalement, on rit. Répliques rapides, situations express, lieu unique : essentiellement, le lit.
Mais assez vite, on sent que ça se complique, et de façon très intéressante : sans insister, l’auteur suggère que l’extraordinaire liberté de Karine déconcerte et attire Sylvain. Et que le choc des cultures,  oublié dans le désir, revient dans le tabou et ses dégoûts. Reste que ce chien si choyé, quand même…
La jeune auteure fait monter l’affaire, parfois de façon abrupte, mais ça marche. Et la construction de sa pièce apparaît beaucoup plus subtile qu’au premier abord. La caissière précaire (qui a fait des études) et son musicien (libre, mais pas tant que ça), sont bien vus. Et il y a ce chien, personnage à part entière.
Cela va en effet plus loin qu’une affaire de jalousie et de toutou à sa mémère. Le chien n’est pas n’importe quel animal, de l’autre côté de la Méditerranée : injure suprême, esprit malfaisant… Il y a de la malédiction, de l’envoûtement dans l’air. Il y a de l’amour, aussi, et des paradoxes : le chien a tous les papiers possibles, mais ceux du jeune homme sont, reconnaît-il , un peu trafiqués. Le chien a été récupéré par la S.P.A. , derrière un grillage; l’homme, lui,  sera envoyé en centre de rétention, derrière un grillage…
On ne racontera pas tout. Qu’il suffise de dire que la pièce va loin, et finit par déranger  sous ses apparences d’inoffensive sitcom. Les amoureux, Flora Diguet et Lamine Diarra, sont justes, directs ; Yoann Charles joue un homme-chien parfois troublant, très capable de se venger. Après tout, c’est  son droit, il n’est qu’un animal…
Marine Bachelot écrit sur un sujet d’autant plus politique qu’il semble limité à la vie privée mais pratique aussi depuis une dizaine d’années, avec le groupe Lumières d’août, l’écriture militante : ça aiguise la plume.
La Place du chien a aussi un sous-titre : sitcom canin et post-colonial. Où la politique va-t-elle donc se nicher ?

 

Christine Friedel

 

Maison des Métallos, T: 01 48 05 88 27, jusqu’au 13 avril.

 

 

 


Pas encore de commentaires to “La Place du chien”

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...