La fonction critique dans les arts de la scène

La fonction critique dans les arts de la scène, journée d’étude proposée par l’Université Paris-Ouest , dans le cadre de son programme transdisciplinaire : La critique comme création.

Le théâtre mue, sa critique évolue.

 Théâtre et Danse ont failli disparaître en tant que terminologies et disciplines d’enseignement au profit de l’appellation «arts de la scène», tant l’hybridation est, aujourd’hui, constitutive du spectacle vivant. Observatoire de l’éclatement des genres, de la mutation des lieux de théâtre, de la classification des arts, de la séparation du réel et de la fiction la critique doit se forger de nouveaux outils pour appréhender les objets mouvants qu’elle s’efforce de saisir.
Emmanuel Wallon et Christian Biet ont ouvert un chantier sur ces questions et convoquent chercheurs, critiques et doctorants à partager leurs travaux. Emmanuel Wallon aborde le sujet d’un point de vue socio-historique : entre la chronique et la glose, qu’est ce que la critique ? Pour Witold Gombrowicz, «le critique est un ennemi même quand il lui envoie des fleurs». C’est oublier que nombre de ces passeurs ont porté des œuvres de l’ombre à la lumière.
Il y a plusieurs types de critique : du chroniqueur qui saisit l’événement , au critique de presse, témoin de l’histoire immédiate et confronté à l’éphémère, au critique universitaire qui analyse et classe . C’est à lui qu’il appartient de penser les œuvres et les arts y compris du point de vue du spectateur.
Christian Biet revient sur l’hétérogénéité constitutive du spectacle d’aujourd’hui qui va jusqu’à celle du public. Dans ce paysage complexe, le critique est celui qui s’autorise à prendre la parole. Pour asseoir sa légitimité, il doit se forger des outils eux-mêmes hétérogènes, sans perdre de vue l’histoire du théâtre, depuis la crise du drame, les apports d’Antoine, et jusqu’à la performance. Des outils dramaturgiques au service des spectateurs et des praticiens.

Histoire de la critique

1864_0227_discussion_280Chantal Meyer-Plantureux apporte un éclairage intéressant sur ce métier,  en étudiant les archives du Syndicat de la critique, retrouvées par miracle dans une poubelle et déposées depuis à l’I.M.E.C. à Caen. Au départ, quand, en 1877, se constitua un Cercle de la critique dramatique et musicale, la critique ne portait que sur la représentation. Avec la liberté de la presse (1881), les publications fleurissent et ouvrent leurs pages à ce nouveau métier. Une Association professionnelle de la critique dramatique et musicale fut fondée en 1899, quand fut proclamée la liberté d’association (1884).
Une hiérarchie se constitua dès lors au sein de la profession, depuis le “lundiste”, responsable du feuilleton dramatique du lundi, jusqu’au “soiriste” et autres échotiers. Enfin, en 1890, naquit L’Association syndicale professionnelle et mutuelle sur le modèle de la Société des Gens de Lettres. La critique d’alors est parisienne
, normative, endogamique   et… redoutée des auteurs et des directeurs de théâtre.
Marco Consolini analyse l’histoire du théâtre à travers les revues et périodiques
, qui chacun, ont une vision et produisent une pensée. Comédia est un quotidien qui, de 1907 à 1937, analyse les spectacles par rubriques : musique, mise en scène, toilettes, jeu des acteurs, présence et réactions des spectateurs. À l’opposé de la critique du lendemain, à fleur de peau, naît une critique de rupture, polémique, partisane, en forme de manifeste.
Léa Valette explore trois revues :
Esprit,Les Temps Modernes et La Quinzaine littéraire qui, avec l’émergence du théâtre public dans les années mille neuf cent-soixante, voient naître une critique engagée. Les auteurs y revendiquent une esthétique et une idéologie, refusent la critique impressionniste et se livrent à des analyses de spectacle, avec les outils d’un bricolage théorique entre structuralisme, marxisme et sémiotique. Ils s’attachent au parcours des metteurs en scène et des auteurs, car il y a souvent une porosité, voire une connivence entre créateurs et critiques.

critiques du 20e siècle

critiques du 20e siècle: Bernard Dort, Guy Dumur, Gilles Sandier,

Puis, plus récemment est arrivée la critique en ligne, phénomène nouveau et exponentiel. Apparemment, elle n’a pas de lectorat ciblé, et fut d’abord considérée avec méfiance par les professionnels mais, les espaces de la presse /papier se réduisant, elle ouvre de nombreux champs d’expression. On peut classer la presse électronique en catégories : depuis le site d’un journal quotidien, jusqu’au blog individuel d’un journaliste, ou d’un collectif de professionnels  (à l’instar du Théâtre du Blog),  voire au blog individuel d’un amateur.
Marie-Josée Sirach
, présidente du syndicat de la critique, conclut la matinée en revendiquant le droit au subjectif du critique. Elle souligne l’isolement et la marginalisation des critiques mais aussi le danger d’instrumentalisation qui les guette. Le Syndicat de la critique propose une solidarité et une mise en commun des réflexions sur le spectacle et la profession. Marie-Josée Sirach a regretté que l’Université, si elle entretient aujourd’hui un rapport étroit avec le plateau, ait peu de rapport avec la critique qui a pourtant un rôle de carrefour. Les chercheurs pourraient, avec des travaux historiques et théoriques, lui apporter un nouvel éclairage.
A suivre… puisque cette exploration du champ de la critique s’étend sur trois années universitaires, jusqu’à fin 2015.

Mireille Davidovici

Nanterre le 3 mars 2014.

Histoire des arts et des représentations : har.u.paris10.fr Co-direction : Christian Biet et Ségolène Le Men

 

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