Perceval le Gallois

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Perceval le Gallois, adaptation de Florence Delay et Jacques Roubaud, mise en scène de Christian Schiaretti, avec la complicité de Julie Brochen.

 

Le projet conjoint du Théâtre National Populaire à Villeurbanne  et du Théâtre National de Strasbourg de mettre en scène tout le cycle du Graal-Théâtre est,  bien sûr, un véritable exploit, mais c’est aussi l’illustration de ce que peut être le répertoire d’un théâtre populaire. Il s’agit des dix pièces qu’ont écrites, Florence Delay et Jacques Roubaud; soit trente années d’un travail gigantesque pour réécrire et adapter cette « matière de Bretagne », l’univers de Merlin, du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde. « Nous n’inventons pas, disent-ils. Nous faisons comme les conteurs médiévaux. Nous copions et recombinons. ».
Pour Christian Schiaretti, à Villeurbanne et Julie Brochen à Strasbourg, il s’agit de mettre en commun les moyens de leurs théâtres, leurs comédiens et de travailler ensemble à la mise en scène. Après  Joseph d’Arimathie (2011), Merlin l’enchanteur (2012), Gauvain et le chevalier vert (2013), ils nous donnent à voir Perceval le Gallois. On retrouve donc les mêmes comédiens incarnant les personnages récurrents et le même dispositif scénique astucieux, avec des châssis coulissants,  recréent l’esprit des enluminures, grâce à quelques éléments de décor symboliques et à des éclairages  pour  chaque héros.
Nous sommes aux premiers temps de notre littérature. La narration est linéaire, faite par les différentes rencontres qui jalonnent le parcours des héros, et entrecoupée de scènes plus oniriques avec des personnages surnaturels. Elle est aussi soutenue par les interventions du scribe/conteur, Blaise de Northembrelande, qui va même se substituer à Chrétien de Troyes, avec le texte originel… un vrai moment de bonheur pour l’oreille !
Les personnages sont juste caractérisés, et leurs réactions sommaires. Sous l’armure des chevaliers, commence à poindre le désordre amoureux : le roman courtois en est à son début ! Elevé dans la nature, façon Mowgli, par une mère surprotectrice dont le mari et les fils sont morts au service de la chevalerie, Perceval n’échappe pas à son destin.
Sa rencontre, savoureuse, avec trois chevaliers, l’amène naturellement à les suivre. Son parcours initiatique, fait de combats singuliers et de quelques rencontres amoureuses, lui permet de trouver une identité et de donner un sens à sa vie : faire le bien, rechercher la gloire pour mieux défendre l’opprimé, et, but ultime, retrouver le Graal, le calice qui a reçu le sang du Christ pour le poser au centre de la Table ronde. Mais Perceval qui voit pourtant le Graal, ne posera pas la question qui lui aurait permis de le prendre et  devra vivre avec cette culpabilité.
Parmi les comédiens qui, visiblement, se font plaisir à tirer l’épée, manipuler la lance, jouer les chevaux ou le lion facétieux, Juliette Plunecoq-Mech incarne avec une belle énergie des personnages plutôt surhumains, comme la Dame Hideuse ou le chevalier Vermeil…..
L’univers Arthurien nous est familier aujourd’hui, de la série Kaamelot aux jeux vidéo en passant par les films, en 3D ou non, et par la bande dessinée. Il est naturel donc que le théâtre s’inscrive dans cette mouvance, et le plaisir immédiat du public, très diversifié, est ici évident…

Elyane Gérôme

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le point de vue de Véronique Hotte. 

Perceval Le Gallois – Graal Théâtre – de Florence Delay et Jacques Roubaud, mise en scène de Christian Schiaretti, avec la complicité de Julie Brochen, etles troupes du Théâtre National de Strasbourg et du Théâtre National Populaire de Villeurbanne.

. C’est sans doute la pièce la plus spirituelle du cycle – un parcours presque religieux – qui met en abyme un rite initiatique. Perceval part de rien, devient chevalier, rate de peu le Graal, puis suit un chemin d’errance et d’abandon qui le confronte à la violence du monde. Bavard quand il parle de sa mère, il privilégie ensuite le silence dans une dimension méditative pleine d’énigmes. Il se tient au bord du mystère du Graal sans avoir jamais pu l’éclaircir, empêché par le non-avènement d’une parole nécessaire,  et il en ressent une peine coupable : lors de son départ, ne pas s’être retourné un seul instant vers sa mère.

 La mise en scène souriante et colorée de Christian Schiaretti invite le spectateur  à tourner les belles pages d’un livre d’images enfantines, aux couleurs vives  d’enluminures et abstractions scéniques. C’est un autre monde, une autre poésie, un silence aussi à des années-lumière du nôtre.
Les scènes se jouent d’un paravent à l’autre : côté jardin, les apparitions de Perceval et de sa mère,  et côté cour, la Cour du Roi Arthur (Xavier Legrand) et les chevaliers. Au-dessus, majestueuse et nue, la grande roue du Temps, un rappel de la Table Ronde. L’espace confiné au départ s’élargit peu à peu selon la découverte du monde par Perceval et selon l’ampleur de ses rêves habités.
Des scènes comme celle du Roi pêcheur assis près de sa barque , ou celle des moines  en capuche dans  la nuit  sont sublimes de pureté et magnifiques. On retrouve les ensembles choraux et majestueux chers à Schiaretti : les chevaliers s’agenouillent en rond autour de leur suzerain et lui prêtent serment de fidélité.sur le plateau de bois; l’univers de la chevalerie est transposé avec grâce, sans la moindre brutalité, et avec un humour distancié : la monture du chevalier est représentée par un acteur portant une tête de cheval – les admirables masques animaliers sont d’Erhard Stiefel – et ruant, jambe levée, aux instants dramatiques.

Blaise (Fred Cacheux), en soutane noire et austère de moine scribe, est le narrateur, la voix de Chrétien de Troyes, qui raconte en les liant les scènes jouées en alternance, expliquant, commentant, ou même dévoilant les actes à venir.

On aurait aimé que la mise en scène qui est  juste d’un point de vue sémantique et comique, avec ses caricatures joyeuses et  burlesques, s’engage plus avant dans  une stratégie moins consensuelle et  plus en accord avec celle de notre temps. Dans ce décalage du regard, il manque en effet l’urgence,la crudité et la chair, bref, une dimension plus sauvage que celle qui nous est ici proposée, courtoise et si joliment policée…

 

Véronique Hotte

 

Théâtre National de Strasbourg, jusqu’au 23 mai, du mardi au samedi à 20h. T :  03 88 24 88 00

 

 

 


Archive pour 24 avril, 2014

Perceval le Gallois

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Perceval le Gallois, adaptation de Florence Delay et Jacques Roubaud, mise en scène de Christian Schiaretti, avec la complicité de Julie Brochen.

 

Le projet conjoint du Théâtre National Populaire à Villeurbanne  et du Théâtre National de Strasbourg de mettre en scène tout le cycle du Graal-Théâtre est,  bien sûr, un véritable exploit, mais c’est aussi l’illustration de ce que peut être le répertoire d’un théâtre populaire. Il s’agit des dix pièces qu’ont écrites, Florence Delay et Jacques Roubaud; soit trente années d’un travail gigantesque pour réécrire et adapter cette « matière de Bretagne », l’univers de Merlin, du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde. « Nous n’inventons pas, disent-ils. Nous faisons comme les conteurs médiévaux. Nous copions et recombinons. ».
Pour Christian Schiaretti, à Villeurbanne et Julie Brochen à Strasbourg, il s’agit de mettre en commun les moyens de leurs théâtres, leurs comédiens et de travailler ensemble à la mise en scène. Après  Joseph d’Arimathie (2011), Merlin l’enchanteur (2012), Gauvain et le chevalier vert (2013), ils nous donnent à voir Perceval le Gallois. On retrouve donc les mêmes comédiens incarnant les personnages récurrents et le même dispositif scénique astucieux, avec des châssis coulissants,  recréent l’esprit des enluminures, grâce à quelques éléments de décor symboliques et à des éclairages  pour  chaque héros.
Nous sommes aux premiers temps de notre littérature. La narration est linéaire, faite par les différentes rencontres qui jalonnent le parcours des héros, et entrecoupée de scènes plus oniriques avec des personnages surnaturels. Elle est aussi soutenue par les interventions du scribe/conteur, Blaise de Northembrelande, qui va même se substituer à Chrétien de Troyes, avec le texte originel… un vrai moment de bonheur pour l’oreille !
Les personnages sont juste caractérisés, et leurs réactions sommaires. Sous l’armure des chevaliers, commence à poindre le désordre amoureux : le roman courtois en est à son début ! Elevé dans la nature, façon Mowgli, par une mère surprotectrice dont le mari et les fils sont morts au service de la chevalerie, Perceval n’échappe pas à son destin.
Sa rencontre, savoureuse, avec trois chevaliers, l’amène naturellement à les suivre. Son parcours initiatique, fait de combats singuliers et de quelques rencontres amoureuses, lui permet de trouver une identité et de donner un sens à sa vie : faire le bien, rechercher la gloire pour mieux défendre l’opprimé, et, but ultime, retrouver le Graal, le calice qui a reçu le sang du Christ pour le poser au centre de la Table ronde. Mais Perceval qui voit pourtant le Graal, ne posera pas la question qui lui aurait permis de le prendre et  devra vivre avec cette culpabilité.
Parmi les comédiens qui, visiblement, se font plaisir à tirer l’épée, manipuler la lance, jouer les chevaux ou le lion facétieux, Juliette Plunecoq-Mech incarne avec une belle énergie des personnages plutôt surhumains, comme la Dame Hideuse ou le chevalier Vermeil…..
L’univers Arthurien nous est familier aujourd’hui, de la série Kaamelot aux jeux vidéo en passant par les films, en 3D ou non, et par la bande dessinée. Il est naturel donc que le théâtre s’inscrive dans cette mouvance, et le plaisir immédiat du public, très diversifié, est ici évident…

Elyane Gérôme

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le point de vue de Véronique Hotte. 

Perceval Le Gallois – Graal Théâtre – de Florence Delay et Jacques Roubaud, mise en scène de Christian Schiaretti, avec la complicité de Julie Brochen, etles troupes du Théâtre National de Strasbourg et du Théâtre National Populaire de Villeurbanne.

. C’est sans doute la pièce la plus spirituelle du cycle – un parcours presque religieux – qui met en abyme un rite initiatique. Perceval part de rien, devient chevalier, rate de peu le Graal, puis suit un chemin d’errance et d’abandon qui le confronte à la violence du monde. Bavard quand il parle de sa mère, il privilégie ensuite le silence dans une dimension méditative pleine d’énigmes. Il se tient au bord du mystère du Graal sans avoir jamais pu l’éclaircir, empêché par le non-avènement d’une parole nécessaire,  et il en ressent une peine coupable : lors de son départ, ne pas s’être retourné un seul instant vers sa mère.

 La mise en scène souriante et colorée de Christian Schiaretti invite le spectateur  à tourner les belles pages d’un livre d’images enfantines, aux couleurs vives  d’enluminures et abstractions scéniques. C’est un autre monde, une autre poésie, un silence aussi à des années-lumière du nôtre.
Les scènes se jouent d’un paravent à l’autre : côté jardin, les apparitions de Perceval et de sa mère,  et côté cour, la Cour du Roi Arthur (Xavier Legrand) et les chevaliers. Au-dessus, majestueuse et nue, la grande roue du Temps, un rappel de la Table Ronde. L’espace confiné au départ s’élargit peu à peu selon la découverte du monde par Perceval et selon l’ampleur de ses rêves habités.
Des scènes comme celle du Roi pêcheur assis près de sa barque , ou celle des moines  en capuche dans  la nuit  sont sublimes de pureté et magnifiques. On retrouve les ensembles choraux et majestueux chers à Schiaretti : les chevaliers s’agenouillent en rond autour de leur suzerain et lui prêtent serment de fidélité.sur le plateau de bois; l’univers de la chevalerie est transposé avec grâce, sans la moindre brutalité, et avec un humour distancié : la monture du chevalier est représentée par un acteur portant une tête de cheval – les admirables masques animaliers sont d’Erhard Stiefel – et ruant, jambe levée, aux instants dramatiques.

Blaise (Fred Cacheux), en soutane noire et austère de moine scribe, est le narrateur, la voix de Chrétien de Troyes, qui raconte en les liant les scènes jouées en alternance, expliquant, commentant, ou même dévoilant les actes à venir.

On aurait aimé que la mise en scène qui est  juste d’un point de vue sémantique et comique, avec ses caricatures joyeuses et  burlesques, s’engage plus avant dans  une stratégie moins consensuelle et  plus en accord avec celle de notre temps. Dans ce décalage du regard, il manque en effet l’urgence,la crudité et la chair, bref, une dimension plus sauvage que celle qui nous est ici proposée, courtoise et si joliment policée…

 

Véronique Hotte

 

Théâtre National de Strasbourg, jusqu’au 23 mai, du mardi au samedi à 20h. T :  03 88 24 88 00

 

 

 

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