Le Balcon, opéra de Peter Eötvös

Le Balcon, opéra de Peter Eötvös, livret de Françoise Morvan d’après la pièce de Jean Genet, direction musicale de Maxime Pascal, mise en scène de Damien Bigourdan

 

Leçon de choses, leçon de théâtre, Le Balcon condense l’esthétique un peu sauvage et teigneuse du poète dramatique, filée comme la gloire en majesté du simulacre, du masque et de l’illusion. L’allégorie évanescente de cette vision de l’art portée froidement sur un monde trivial est incarnée par la fameuse Madame Irma – ici, le contre-ténor Rodrigo Ferreira. Telle est unere maquerelle accomplie, une icône d’excellence travestie qui règne dans son espace symbolique et théâtral, un bordel ou un claque de vraie pacotille.
Damien Bigourdan a chargé le plateau d’un maximum d’accessoires SM, cagoules et combinaisons noires, vêtures impudiquement fendues, fouets et postures de victimes à terre – hommes ou bêtes. Mais ce monde dérisoire est pris un peu trop au pied de la lettre et réduitle propos burlesque aux seuls jeux fantasques de l’érotisme et à un inventaire comique des satisfactions dans l’ordre des pulsions sexuelles.
Même les instrumentistes sont costumés, chef compris, et on note la présence d’
instruments insolites comme le strohvol, un violon midi avec pavillon, à côté de la  clarinette, de la contrebasse, de la trompette et du cor, des instruments de théâtre en soi. À l’extérieur, règne le monde pragmatique avec son désir insatiable de révolution que scandent des rafales de mitraillette. Loin des insurgés, la maison d’illusions reçoit sesvisiteursqui revêtent les figures costumées du pouvoir – le Juge, le Général, l’Évêque -, le temps d’une passe et d’une pute, et l’occasion faisant le larron, le geste de jouer revient ainsi à jouir,  quand tout autour de soi s’effondre.

Le Balcon, opéra de Peter Eötvös dans actualites wpid-Photo-20140531214904Théâtre ou bordel, ces lieux indiscrets ont en commun la capacité de déployer les trésors inépuisables que recèlent les banques de l’imaginaire, leurs figures rêvées, leurs spectres à peine entrevus, une foule de fantasmes enfin autorisés et vécus. Une planche de salut pour ces errants que sont les êtres jetés sur la scène de la vie. Toutefois, la mort rôde, et Arthur – Virgile Ancely – qui devait jouer un cadavre pour une représentation du soir, a pris le risque de se faire tuer en sortant dans la rue. De plus, l’Envoyé de la cour – Benjamin Locher – informe que la Reine est morte : Madame Irma endossera sa robe royale pour mettre à bas la révolte.
Le compositeur hongrois Peter Eötvös a tiré de la pièce de Genet un opéra de chambre dont le livret est écrit avec clarté par Françoise Morvan.Disciple de Stockhausen, invité de Pierre Boulez à l’I.R.C.A.M. et ancien directeur de l’Ensemble Inter-contemporain, il aime se promener de côté de Kurt Weill et du jazz. L’œuvre est reprise par l’ensemble musical des jeunes et vifs interprètes du Balconune appellation choisie - que dirige la volubilité gestuelle de Maxime Pascal. Sous la verve d’un tel chef, la partition égrène ses rythmes colorés dans une effervescence endiablée. La projection sonore de Florent Derex souligne le talent des chanteurs dans les sons murmurés, les souffles et les râles. Saluons l’élégance majestueuse et la souplesse vocale de Rodrigo Ferreira, le rayonnement de la soprano Shigeco Hata, la fraîcheur d’Élise Chauvin et de Laura Holm,et l’autorité virile des voix de Florent Baffi, Patrick Kabongo, Vincent Vantyghem, Guillaume Andrieux et Jean-Claude Saragosse.  Un Balcon  d’où l’on se penche, avec enthousiasme et goût du vertige.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre de L’Athénée Louis Jouvet, du 20 au 24 mai.

 


Archive pour mai, 2014

Piscine

Piscine de Frédéric Vossier, mise en scène de Florian Sitbon.

Ce n’est pas une histoire d’amour : un jeune homme, qui vit en couple, drague une autre fille et se fait rembarrer. Sa sœur, venue squatter chez lui, un peu ironique sur leur illusion de bonheur trois pièces-jardin, se fait virer et se retrouve chez l’autre fille. Tandis que sa compagne, soumiseà une vision publicitaire du bonheur, se révolte en silence…
Ici, la parole blesse, stimule, agit et réagit. Et, quand elle fait totalement défaut, il reste le couteau pour faire taire l’autre. Ou pour chercher «ce qu’il a dans le ventre »? Les personnages de Piscine trimbalent, à fleur de peau, les symptômes d’une époque sans passé ni avenir. Toute tentative de relation entre les êtres est sentie comme une agression, tout refus comme une insupportable frustration : chacun est à fond dans sa courte passion, racinien sans le savoir.
Le garçon, dans une logique de l’instant, est à la fois jaloux, inquisiteur, et oublieux de sa compagne. Rien de nouveau, mais c’est ici exacerbé par l’impatience ambiante. Seule surnage – c’est le cas de le dire –l’image virile de John Wayne, père lointain, maître nageur qui regarde étrangement les filles. Un bout de mémoire cinématographique.
Dans ses dernières pièces (Mannekijn, Tahoe),  Frédéric Vossier avait déjà travaillé sur l’idole, de préférence déchue : un ex-footballeur, un vieil Elvis. On est dans un système de métaphore à double fond, avec des écrans médiatiques et cinématographiques qui s’interposent et, en même tempset en direct, avec la sensibilité du temps.
Piscine est une commande du Studio de formation théâtrale à Vitry, pour quatre jeunes comédiens en cycle d’insertion professionnelle dirigés par Florian Sitbon. Sobres, justes, à peine un peu appliqués, ils sont déjà très pro. Leur manque ici, ce que donne la bouteille, comme on dit. Mais la
m
ise en scène sans reproche, scénographie simple et efficace, avec une bonne circulationentre deux intérieurs séparés par un parc public. Pour les quatre jeunes comédiens, une belle entrée dans le métier ; ils sont peut-être un peu sages pour ce texte fort et sobre, entre violence et soif d’amour mais, pour le public, c’est un spectacle de qualité.

Christine Friedel

Théâtre de l’Opprimé, 78, rue du Charolais, 75012 Paris ; T.  01 4340 44 44 Jusqu’au 1er juin.

masques et nez

Masques et nez, direction d’Igor Mendjinski.

 Ils sont une quinzaine de jeunes comédiens (sortis de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot, du Conservatoire national ou du Studio d’Asnières, etc….Et  par bande de cinq (mais cela change tous les jours) ce qui suppose chez eux une bonne dose d’adaptation… Ils jouent masqués,  ou avec de simples faux nez, des personnages qu’ils se sont créés, soit ici des élèves qui suivent un cours de théâtre amateur dirigé par Igor.
Dénominateur commun: pas très sûrs d’eux, ils ont quelque chose à dépasser: surtout une timidité qui les handicape et/ou une diction pas très sûre et sont en général de milieux que les médias qualifient de modestes. Ce soir-là, il y avait ainsi: Luca: Tewfik Jallab, Denis: Arnaud Pfeiffer;  Malcom: César Van Den Driessche;  Jessica: Florine Delobel,  Lucienne Roux, dite Lulu: Peggy Dias, et enfin Laurent Ferraro (Igor) qui dirige  le cours depuis la salle.
C’est la même bande  de jeunes comédiens confirmés qui avait créé au Théâtre Gérard Philipe de Saint- Denis J’ai couru comme dans un rêve selon le même principe: aucun décor, quelques effets lumineux, cinq chaises dépareillées, un thème choisi et des comédiens qui improvisent et qui se relancent la balle .
L’exercice est du genre casse-gueule, et sans filet aucun; on pouvait donc craindre le pire (qui n’est pas toujours sûr, comme le dit le sous-titre du Soulier de satin de Claudel) ou du moins le niveau moyen de nombreux matches d’improvisation souvent vulgaires et racoleurs, surtout avec un thème qui flirte très, et trop souvent avec le théâtre dans le théâtre…
Mais non, pas du tout, on frise ici l’excellence et, rapidement, le comique a vite raison du plus récalcitrant des spectateurs; c’est à la fois, exempt de vulgarité, rusé, drôle et dirigé de façon exemplaire. Une fois que le professeur a mis les choses au point et établi les règles du jeu, tout s’enchaîne singulièrement poétique comme dans la réalité. Certes, ce petit miracle théâtral est en instabilité permanente mais le public est formidablement complice, et cela fonctionne donc au quart de tour.
Avec des interprètes remarquables de pudeur et d’efficacité: les cinq comédiens tous possèdent une excellente diction et ne surjouent jamais: cela fait souvent penser aux Deschiens, ceux du moins des débuts: ils racontent des bribes de leur pauvre vie, piétinent sur leur scène qu’ils n’arrivent pas à mettre au point, même encouragés par leur prof, et quand il y parviennent, ils sont aux anges : c’est à la fois horrible et cruel, et même par instants émouvant, mais tellement drôle…
Les comédiennes sont exceptionnelles, et, comme elles ne sont que deux dans le groupe actuel, vous aurez sans doute la chance de les voir. Il y a ainsi Peggy Dias, une jeune femme qui joue une vieille rockeuse assez déjantée, à la voix de fumeuse et à la gueule toute ridée, hallucinante de vérité, sous un très beau masque de bois signé Etienne Champion, et, dans le rôle de la parfaite idiote et naïve, à l’ego surdimensionné, Florine Delibel, elle aussi, excellente: et pour créer ce type de personnage, c’est bien connu, il faut être diablement intelligente… Et
Tewfik Jallab  joue Lucas, un pauvre garçon, ancien taulard, au faible Q.I., et assez violent et  paumé, lui aussi d’une remarquable justesse.
La fin du spectacle est un peu moins solide et a tendance à ronronner mais il y a une heure de grand  bonheur scénique: le public ne boude pas son plaisir et rit comme rarement. Et, comme autrefois dans le célèbre Peines de cœur d’une chatte anglaise d’Alfredo Arias, quand les comédiens retirent leur masque, on est bouleversé par leur humilité: miracle de ce  spectacles à mains nues, sans décor, avec un texte qui n’en est pas vraiment un mais où tout est plus vrai que nature.
Il faut dire que le théâtre contemporain, toutes tendances confondues, ne nous donne pas souvent l’occasion de rire… Ce spectacle est à déguster juste sorti du four, avec ses incroyables trouvailles et mais aussi ses instants un peu moins forts : chaque séance est forcément différente mais quelle qualité d’interprétation, quelle unité de jeu! Bref, on ne vous le dira pas deux fois, allez-y, c’est un vrai et bon moment de théâtre,
et osons le mot, populaire…

Philippe du Vignal

Théâtre des Mathurins, rue des Mathurins Paris 8 ème; les mardis, jeudis, vendredis et samedis à 19H et en matinée le dimanche à 15H30.

Lucrèce Borgia

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Christophe Raynaud de Lage

Lucrèce Borgia de Victor Hugo, mise en scène de Denis Podalydès.

 

Denis Podalydès apprécie les élans du siècle romantique, dans un goût affirmé pour la langue hugolienne, à la fois impériale et triviale, impétueuse et rude, «entièrement saturée de rêves », attiré par son lyrisme et ses excès rhétoriques. L’acteur et metteur en scène s’amuse des situations extravagantes de Lucrèce Borgia, poème dramatique tour à tour policé et monstrueux, qui déroule dans la grâce et la violence, le tempo d’une tempête grandiose avec ses faux calmes et ses menaces, ses accalmies et ses fureurs, tels des soubresauts et vertiges intimes.
Lucrèce Borgia, femme fatale est aussi une fine lettrée et protectrice des arts mais, avide de pouvoir, elle passe par toutes les corruptions. Fille de pape, débauchée, violée par l’un de ses frères, et amante de l’autre – les deux s’entretueront -, elle est la mère de Gennaro, fils de son frère. Celui-ci ignore (pour son bonheur qui ne durera guère) son identité,lourde d’hérédité et de destinée noire.
Allégorie du paria et du monstre moral qui fraie avec le crime et la souillure, icône superbe de l’abjection, ce personnage maudit est décidément hyperbolique. C’est Guillaume Gallienne, qui joue Lucrèce, avec sobriété et retenue, dans une allégorie de la féminité, figure altière stylisée, à la façon d’un onnagata japonais.Du coup, le fils que la mère repentie s’obstine à retrouver, est une image juvénile de pureté et d’absolu qui a pris le parti de ses jeunes amis vénitiens, tous ennemis et victimes de la famille Borgia.

Le jeune homme contraste avec la criminelle qui voudrait regagner son cœur, à titre de salut et de rédemption. Dans un jeu de miroir vertigineux, cet enfant mâle,  porteur d’espoir et de revanche est interprété par une femme gracile et fougueuse, Suliane Brahim.
Ce choix subtil pour une acrobatie mentale orchestrée fait front à un public qui se place trop souvent, selon Podalydès, du côté des rieurs sceptiques : il   réceptif aux volte-face de Lucrèce dans sa quête de pardon ; peu touché par la conscience du mal chez cet être, certes fourbe et grotesque mais capable aussi de réparation et de sublime.
Dans cette histoire qui balance entre rêve et cauchemar, ce sont les amples périodes verbales de Victor Hugo qu’il faut mener à terme, et dont il faut faire résonner le chant profond, tel que l’entendait Antoine Vitez en 1985.
Le metteur en scène met en branle ce somptueux songe lunaire, avec ses jeunes Vénitiens bruyants, qui combattent pour le bien et la justice, vêtus de noir et portant un masque rituel du carnaval. La troupe est ici homogène et pleine d’élan  avec Éric Génovèse, Stéphane Varupenne, Elliot Jenicot, Benjamin Lavernhe, Sébastien Pouderoux.
Le traître turbulent  c’est Christian Hecq, grotesque à souhait et l’équivoque Princesse Négroni est  incarnée par Georgia Scalliet avec une hardiesse sensuelle dans cette ville de Ferrare dominée par l’époux jaloux de Lucrèce, Don Alphonse d’Este, que joue Éric Ruf avec une séduction et une cruauté froides. Eric Ruf a aussi conçu la scénographie : une Venise au ciel changeant à la Tiepolo et  strié de vols d’oiseaux noirs, dont la lagune mouchetée de piquets laisse émerger ses blessures sur l’horizon, avec une gondole funéraire échouée pour le dernier sommeil de Gennaro.
Le palais de Ferrare brille de ses dangereux moucharabieh, ces grillages en bois, fenêtres secrètes de dentelles découpées qui permettent de voir sans être vu.
Un très beau songe d’été et de ténèbres qui inspire le rachat mystérieux des âmes.
Véronique Hotte
 

Salle Richelieu de la Comédie-Française, du 24 mai au 20 juillet.

 

France-Allemagne

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France-Allemagne, conception et mise en scène de  Jocelyn Lagarrigue, Rainer Sievert et Marc Wels.

 

C’est un duo entre deux acteurs, un Allemand Rainer Sievert et un Français  Jocelyn Lagarrigue, avec, comme prétexte, le match de foot en demi-finale de la Coupe du Monde (1982) à Séville que la France avait perdue contre la République Fédérale Allemande. L’équipe française avait des joueurs exceptionnels entrés depuis dans la mythologie du foot comme Tigana, Platini, Giresse, Six, Rocheteau. Trésor… et des qualités physiques indéniables. Mais les Français semblaient avoir quelques complexes face à des joueurs allemands à la rigueur exemplaire et assez agressifs. Ainsi Schumacher, le gardien de but blessa gravement Patrick Battiston, qui dut être évacué.
Malgré une belle deuxième mi-temps, où le quatuor Rocheteau, Platini, Six, Giresse et Trésor fit des merveilles, les Français, sans doute maladroits dans leur stratégie et privés de Battiston, se firent déborder par les Allemands, très offensifs. L’arbitre ne fut sans doute pas impartial et cela, à plusieurs reprises. Ce fut les prolongations,  le match se joua aux tirs aux buts, mais les Français perdirent …
C’est tout cela que les compères essayent de raconter  mais ils évoquent aussi l’histoire des relations difficiles entre les deux pays, tous les deux victimes de deux guerres épouvantables qui les vidèrent des meilleurs d’entre eux. Gestuelle impeccable, bonne diction,
Jocelyn Lagarrigue,  sont tout à fait à l’aise sur la petite scène..
Et cela fonctionne? Non, pas du tout… La faute à quoi? D’abord à une dramaturgie et à un dialogue des plus faiblards: c’est bien joli d’évoquer quelques souvenirs historiques, et, de temps en temps, de regarder sur un petit poste de télé une prétendue retransmission de ce match légendaire mais cela ne suffit pas. Surtout quand la mise en scène est des plus laborieuses où tout est de bric et de broc, sans véritable fil rouge.
Résultat: le spectacle se traîne et ces quelque 80 minutes sont interminables. Et on oubliera vite ce qui prétend être une scénographie: un ancien électrophone rouge pour  33 tours, une pelouse en vinyle vert et un gros canapé en cuir. « Faire
sortir les démons et « délirer » l’Histoire », disent les trois auteurs, soit… mais encore faudrait-il s’en donner les moyens. Et ce n’est pas le cas ici. Il y a quand même  un bon moment quand  Rainer Sievert explique en allemand et crayonne de marqueur une grande carte routière pour expliquer la réunification de son pays: c’est à la fois ludique, et bien fait. Mais cela ne dure pas, et pour le reste, le spectacle est plus que décevant! Donc, allez-y si vous voulez, mais, très franchement, cela n’en vaut pas le coup.
Cerise sur le gâteau: l’accueil au Lucernaire s’est bien dégradé et les ouvreuses, fort peu aimables font attendre le public debout dans le hall; le spectacle a ainsi débuté, sans un seul mot d’excuses, avec douze minutes de retard. Cherchez l’erreur…

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire du mardi au samedi à 21h30  le dimanche à 17h,  jusqu’au 12 juillet,

Le Passage du Cap Horn

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Le Passage du Cap Horn, texte et mise en scène de Wladyslaw Znorko.

Nous avons revu avec nostalgie Le Passage du Cap Horn, le dernier spectacle de Wladyslaw Znorko. décédé l’an passé. La première avait eu lieu à Marseille, dans son lieu La Gare franche en février 2012, (voir l’article de Philippe du Vignal dans Les Lettres françaises et dans Le Théâtre du Blog), puis l’été dernier, à Villeneuve-lès-Avignon.
Cette  seconde version nous avait beaucoup impressionné par une invention verbale peu fréquente chez ce poète de la scène, si avare de mots. On est frappé par la résonance testamentaire de cette troisième version, et ce sentiment est renforcé par la présence d’amis et proches, venus retrouver la mélancolie festive de la compagnie du Cosmos Kolej après la disparition de son créateur. Plus resserré, plus explicite aussi, ce voyage de mademoiselle Bricole sur un radeau imaginaire nous a beaucoup touché; c’est comme un signe d’adieu et d’amitié à chacun de nous, comme Znorko savait si bien le faire.
Il serait
vain de vouloir décrypter les aventures tendres et burlesques de Mademoiselle Bricole avec ses deux fantômes du pôle Nord et du pôle Sud. Mais il serait aussi léger de croire à une œuvre de pur divertissement, destiné aux « mousses de plus de huit ans ».
Cette fable a pu continuer à vivre en l’absence de Znorko parce qu’il n’était ni un metteur en scène, ni un auteur au sens traditionnel du terme. Il bricolait ses spectacles avec rigueur et liberté, en proscrivant l’anecdote et l’illustration, tout en sachant que la vie scénique exige toujours une prise de risques, comme… celle du passage du Cap Horn!
Il avait su glisser, sous les échanges facétieux des deux compères, (Philippe Vincenot et Jacques Pabst), et la candeur naïve de la jeune héroïne, (Florence Masure), un monde de sensations les spectateurs, jeunes et vieux, sont plongés dans le merveilleux et l’effroi : cela a toujours été le but avoué de sa quête d’un futur antérieur.
On rit beaucoup à cette
robinsonnade. Mais sans larmes – notre ami détestait les effusions – mais avec une interrogation intense (et parfois amère) sur un au-delà et un en-deçà des réalités quotidiennes. Ce balancement entre un passé perdu et un avenir énigmatique, fonde, semble-t-il, la démarche des artistes soucieux de réparer, avec leurs pauvres mots, l’usure de la langue et des images.
L’imag
inaire peut parfois, mieux que notre mémoire, éclairer les ténèbres d’un inconscient raviné par les eaux de l’oubli. Comme un chasseur de trésors, Wladyslaw Znorko explorait les bas-fonds d’une vie mutilée pour en retirer non des perles, mais des objets de rebut ou des vestiges rouillés de très anciens naufrages!
Et s’il a prêté à la gentille Bricole, ses désirs refoulés d’aventures impossibles, il lui a aussi montré un moyen de « passer de l’autre côté », en obstruant le passage fatidique avec des navires échoués depuis la nuit des temps.

Gérard Conio

Le Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis a accueilli du 21 au 25 mai Le Passage du cap Horn qui sera joué en 2015 à Vesoul. On peut espérer que, d’ici là, d’autres théâtres souhaiteront recevoir ce spectacle.

 

 

La saison 2014-2015 au Théâtre de la Ville

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La saison 2014-2015 au Théâtre de la Ville.

 

    Dominique Alduy, la Présidente du Théâtre de la Ville s’est félicitée des très  bons résultats de la saison passée, c’est 255.000 spectateurs, 160.000 abonnés , et 95.000 places payantes pour les non abonnés sur les deux sites: place du Châtelet et aux Abbesses, ce qui est évidemment due à une politique artistique très pointue, et une approche du public en particulier, les jeunes avec 55.000 de moins de trente ans et la création de 32 ateliers dans le cadre des aménagements du rythme scolaire…Anne Hidalgo, la nouvelle Maire de Paris comme l’adjoint à la Culture, se faisaient remarquer par leur absence. Dommage! Surtout à un moment où la Culture prend des coups de tous les côtés.

Emmanuel Demarcy-Motta,  avec, comme d’habitude un langage brillant et précis, dont cela va être la sixième saison à la tête de ce grand bateau va encore augmenter la voilure avec, au total, 101 spectacles pour plus de 600 représentations et a salué l’efficacité du travail de son équipe. Le point noir, a-t-il dit, restant le vieillissement évident de l’équipement technique de ce  théâtre réaménagé en 68, auquel il va falloir très vite s’attaquer.
Côté théâtre, pas de grande surprise mais des auteurs classiques avec des créations  que l’on n’a pas encore vues en France, comme Mère Courage du Berliner Ensemble dans la mise en scène de Claus Peymann, et Le Mariage de Maria Braun d’après Rainer Werner Fassbinder, dans la mise en scène de Thomas Ostermeier, ou Antigone par le metteur en scène belge Ivo van Hove avec Juliette Binoche.  Ou vu pour quelques représentations à la Maison de la Culture du Japon, comme le très remarquable spectacle de Kunio Shimizu, mis en scène par Yukio Ninagawa, Corbeaux! Nos fusils sont chargés (voir Le Théâtre du Blog) où, face à une justice véreuse, des grands-mères débarquent au tribunal où comparaissent leurs petits-fils…
Emmanuel Demarcy-Motta lui montera Six personnages en quête d’auteur de Pirandello; et   reprendra l’excellent Faiseur de Balzac qui a connu cette année un beau succès.  Il a aussi fait appel à Olivier Py avec Orlando ou l’impatience, qui sera créé au prochain festival d’Avignon.Innovation comme à l’Odéon l’an passé, Emmanuel Demarcy-Motta a offert ses plateaux à deux jeunes metteuses en scène: Mélanie Leray  avec La Mégère apprivoisée et  le collectif In vitro de Julie Deliquet (voir Le Théâtre du Blog) avec un tryptique La Noce de Brecht, Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce et Nous somme seuls maintenant, une création collective. Ce qui est une excellente chose , à un époque où on le sait, « parvenir, pour de jeunes compagnies à entrer dans la forteresse » comme le disait finement Antoine Vitez, devient des plus difficiles.
Bref, Emmanuel Demarcy-Motta a plusieurs fois insisté sur la rigueur budgétaire nécessaire  dans son théâtre, et sur la mutualisation des moyens en particulier avec le Festival d’Automne dont il est aussi directeur, surtout en période de vaches maigres, mais aussi sur l’ouverture qu’il a généreusement initiée et confirmée vers les théâtres des pays étrangers, notamment les moins fortunés comme ceux du Sud (Grèce, Portugal…) avec en particulier Les Chantiers d’Europe qui vont débuter en juin prochain comme chaque année depuis quatre ans.  Et sur la collaboration qu’il veut développer encore davantage avec de lieux comme le Cent-Quatre, le Grand Parquet, Le Théâtre de la Cité universitaire, Le Nouveau théâtre de Montreuil… Comme avec l’Education nationale.
Emmanuel Demarcy Motta a aussi salué Anne-Marie Bigorne, la très efficace directrice du service de presse, déjà aux manettes sous le règne de Jean Mercure le fondateur du Théâtre de la Ville , puis de Gérard Violette, qui part bientôt à la retraite. C’est un des piliers de son équipe qui s’en va…

Philippe du Vignal


Comme pour celle du théâtre, la programmation danse au Théâtre de la Ville se fait parfois en partenariat avec d’autres scènes, en particulier avec le Théâtre du Châtelet qui présente avec le Tanztheater de Wuppertal Nelken, la pièce mythique de Pina Bausch, entre le 12 et 17 mai. Ensuite Pour les enfants d’hier, d’aujourd’hui et de demain, programmé du 21 au 30 mai, la troupe de retrouvera son théâtre de cœur, le Théâtre de la Ville. Cette collaboration sur trois semaines va multiplier par deux l’offre proposée aux spectateurs, soit 20.000 places. Il y aura trente pièces de danse de douze pays, et plus de 100.000 places…
La nouvelle saison met à l’honneur un autre grand chorégraphe, William Forsythe qui  a décidé de quitter la fonction de directeur artistique de sa compagnie;  le festival d’Automne va lui rendre hommage en lui dédiant une programmation dans plusieurs lieux, avec plusieurs compagnies : à commencer par la sienne au théâtre National de Chaillot puis, au Théâtre de la Ville, avec le Semperoper Ballet de Dresde et le Ballet de l’Opéra de Lyon.
Les habitués : Maguy Marin, Boris Charmatz, Ambra Senatore, Angelin Prejlocaj, Robyn Orlin, Rachid Ouramdane, Hofesh Shechter, et Ana Teresa De Keersmaeker seront aussi présents et u-
n revenant du passé, Georges Appaix, est invité en octobre. Et le  spectacle très attendu de Akram Khan et Israel Galvan,  sera présenté pendant les fêtes de Noël. A ne pas manquer: la reprise de Plexus dansé par Kaori Ito et mis en scène par Aurélien Bory, ni la nouvelle création de Peeping Tom.
Au total, vingt cinq spectacles de danse,
dont plusieurs découvertes comme Vincent Dupont, Simon Tanguy (2ème prix au concours de Danse élargie 2010), Lucy Guérin, Le Tao Dance Theater  chinois. Donc une saison riche et variée…

 

Jean Couturier

 

Une faille, feuilleton théâtral

Une faille, feuilleton théâtral (suite et fin), Les lumières de la ville, mise en scène de Pauline Bureau.

 

On nous pardonnera de ne pas donner le générique en entier (projeté sur l’écran du spectacle): cette deuxième saison d’Une faille, a de multiples auteurs, à commencer par Mathieu Bauer, qui a lancé le projet dès sa nomination comme directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil/Centre Dramatique National. Pourquoi déployer le sigle en toutes lettres ? Parce qu’il s’agit bien d’un projet politique, inscrit dans la vocation des CDN et dans leur histoire : inventer, à partir d’une ville, un théâtre populaire.
Pari tenu avec Une faille, qui reprend les ficelles des séries, tirées ici par Sophie Maurier et deux scénaristes, Hugo Benamozig et Victor Rodenbach; ils ont eu le culot d’inscrire ce spectacle en plein milieu des chantiers qui entouraient alors le théâtre.
Fait divers à l’échelle de la ville, un immeuble s’écroule sur une maison de retraite, une demi-douzaine de personnes sont bloquées sous les décombres; sur le trottoir, le peuple demande des comptes et Hugo, un jeune secrétaire général de mairie shooté à l’ambition ne sait plus où donner du téléphone portable. Les premiers épisodes de la saison 1 mettaient en scène un grand opéra rock, avec ses hauts et ses bas, excitant, tonique, dans la lignée directe de Sentimental bourreau, la compagnie de théâtre musical de Mathieu Bauer. Vertu supplémentaire : il partage avec d’autres metteurs en scène l’outil qui lui est confié.
L’avantage de louper quelques épisodes: on retrouve la série avec d’autant plus de plaisir. Apparemment, la voilure s’est réduite : le peuple n’est plus sur scène mais dans la salle: c’est nous. Apparemment, le peuple de Montreuil continue à suivre l’affaire, qui a aussi bien fonctionné dans d’autres villes, avec les quelques ajustements nécessaires.
Donc, certains personnages de la saison 1 sont morts, d’autres ont disparu, ou sont apparus  à la saison 2, comme la juge humaniste, débordée et alcoolique anonyme, ou Victor, l’avocat. On a plaisir à retrouver Hugo, cette fois tombé au plus bas, Nathalie, la médecin, débarrassée de son notable de mari et qui sympathise beaucoup avec Nabil, ancien séquestré comme elle sous les ruines, lui-même de plus en plus cinéaste. Les personnages sont justes, assez bien dessinés pour que ça aille vite.
La série fonctionne bien, selon ses lois impératives, avec ce qu’il faut de sujets de société,  d’un peu de rock, de pas mal d’humour et d’émotion. Un personnage atteint de la « maladie des enfants de la lune » aurait pu nous faire décoller davantage, et la « maladie rare » dégager une poésie rare.
Mais le travail est fait : belle scénographie, rythme impeccable. Avec un thème sérieux, celui de la violence policière. La ville terminus de la ligne n°9 n’oublie pas ceux
qui manifestaient contre l’O.A.S., tués au métro Charonne en février 1962.
En l’absence, quand même, de l’ange du bizarre, c’est un bon spectacle, exemplaire, et trop gentil. 

 

Christine Friedel

 

Nouveau Théâtre de Montreuil, salle Maria Casarès, jusqu’au 7 juin. 01 48 70 48 90.

L’atelier de Michèle Foucher à Confluences

 L’atelier de Michèle Foucher à Confluences.

 

Mai et juin : les écoles de théâtre, les conservatoires, les ateliers d’amateurs présentent leur travail. C’est en général, un peu secret, réservé aux amis et à la famille des participants. Si vous n’avez pas la chance d’en faire partie, regardez autour de vous, laissez traîner vos oreilles, cela en vaut la peine. Évidemment, vous n’aurez aucune garantie de résultat.
Le théâtre professionnel est parfois capable de vous offrir des spectacles plus académiques, alourdis par des décors ni forcément beaux ni pertinents, bref, de se tromper. L’atelier, lui, sans moyens pour financer décors ni costumes, contraint d’inventer des signes forts à partir de rien, peut, au moins, vous offrir les surprises de sa liberté.

visuel_foucherCe que pratique Michèle Foucher depuis une dizaine d’années à Confluences. Ce n’est pas pour rien qu’elle travaille sur le corps. Le corps au centre du travail de théâtre, c’est l’œuf de Colomb : matériau, sujet et objet de pensée, présence porteuse de sens… Cette fois, elle affronte la question du désir. De brefs extraits de grands auteurs contemporains, de Marius von Mayenburg à Dimitris Dimitriadis, avec un enchaînement de duos, de duels, de solitudes, sous le regard toujours présent et bienveillant du groupe.
Tous pour un, et un pour tous ; ce n’est pas une histoire de bande, comme dans Les Trois Mousquetaires, mais une réalité de la vie, qui prend toute sa force au théâtre : l’individualité se constitue du frottement avec l’autre, avec les autres. Tous, hommes et femmes, entrent sur la scène en peignoir de bain blanc, comme les patients d’une cure. Au fil des scènes, ils vont s’individualiser, puis rentrer dans le rang et en sortir à nouveau, vêtus, libérés de leur cocon. Cette libération vaut pour ce qui est joué, comme pour ceux qui le jouent. Et, comme toujours, elle vient de la rigueur : dire les textes, et les dire dans leur intégrité, dans leur rythme propre, leur énergie. Alors, on est au cœur du théâtre.
Vous ne verrez pas cet atelier  joué seulement trois fois. Mais il fallait en parler et rappeler que Michèle Foucher a réalisé des mises en scènes mémorables (La Table, En souffrance, Avant/Après, de Roland Schimmelpfennig), et que la formidable liberté et  l’inventivité des ateliers se paie au prix d’une activité clandestine.

Les vrais curieux du théâtre feraient bien de venir voir. Mais cela n’est pas possible n’importe où : c’était à Confluences, un lieu d’engagement artistique précieux, menacé de fermeture (l’association est mise en redressement judiciaire!). Il faut donner un coup de pouce, un coup de main, à ce lieu de création, de rencontres, d’inventions, où sont possibles des ateliers de cette qualité humaine et artistique.

 

Christine Friedel

 

Confluences, 190 Boulevard de Charonne, 75020 Paris. T : 01 40 24 16 46

 

 

Le Cycle de la perte

Le Cycle de la perte : Beauté, chaleur et mort, texte et mise en scène de Nini Bélanger et Pascal Brullemans, et Vipérine de Pascal Brullemans mise en scène de Nini Bélanger.

 Perdre un enfant est une situation qui échappe à toute description. C’est pourtant ce thème qu’aborde le compagnie québécoise Projet Mû, dirigée par Nini Bélanger, dans une diptyque composé d’une pièce jeune public, Vipérine, et d’un spectacle pour adultes, Beauté, chaleur et mort.«Le fait qu’il n’y ait pas de mot pour identifier un parent endeuillé ne tient pas du hasard. En évitant de nommer cette réalité, on souhaite peut-être s’en prémunir, ou du moins l’effacer», écrit Pascal Brullemans.
A partir d’un drame personnel, la metteuse en scène et son compagnon, l’écrivain Pascal Brullemans, revivent  dans
Beauté, chaleur et mort, leur expérience sur une scène. « C’est un bien étrange objet auquel nous vous convions. C’est aussi un projet singulièrement humain, avec tout ce que cela comporte de sincérité et de maladresse », précisent-ils.
Ils racontent par le menu, la mort de leur petite fille, Fée. Leur fils aîné et la dernière sont présents avec eux sur le plateau pendant le prélude de
Beauté, chaleur et mort. Une fois que  les enfants sont couchés, les parents reconstituent leur histoire, depuis l’accouchement de Nini jusqu’à la mort du bébé. D’abord chez eux –ils jouent dans leur propre mobilier- puis à l’hôpital, devant la petite malade non représentée mais que leurs regards d’amour ressuscitent. C’est une étrange expérience de théâtre pour le public embarqué dans l’intimité de ce couple.
Comme ils évitent tout exhibitionnisme, il n’y a du côté public, ni voyeurisme ni apitoiement possible, et une sorte de partage s’opère alors. On est avec eux dans la salle de réanimation, devant une petite table vide, tendu d’un linge blanc qui figure le berceau. Quand ils bercent ce morceau de tissu, plié en trois pour simuler le bébé emmailloté, on le voit  vraiment,  tant leur propre émotion le fait exister.
L’auto-fiction, que la littérature pratique depuis quelques décennies, n’est pas chose aisée au théâtre, lieu de la distanciation et de l’artifice. Ici, aucun trucage, aucun jeu forcé ou démonstratif chez les interprètes, mais pas d’improvisation non plus. Tout est écrit au cordeau par Brullemans, dont le texte n’est pas exempt d’humour,  ce qui détend l’atmosphère.
Le spectacle nous laisse au seuil de notre impuissance à partager la douleur d’autrui, et engendre un certain malaise, au départ. Malaise vite dissipé, tant l’histoire racontée est vraie et simple Et ce couple réussit à nous mettre à l’aise par la tendresse qui traverse leur expérience. Tant la capacité de résilience qui nous est transmise à l’issue de cette confession laisse une impression de légèreté. Comme si, en dissipant un tabou, on conjurait la peur.

  Dans la seconde des deux pièces, il s’agit de Vipérine, une petite fille de douze ans. Son père, très affairé, semble absent : à la mort de sa fille, Fée, dont l’urne funéraire trône dans le salon, il s’est réfugié dans le travail. Vipérine, pleine de vie et d’initiative décide de régler à sa façon le problème de sa sœur décédée. Ce qui l’entraîne dans un dialogue imaginaire avec Fée et dans un voyage au pays des morts…
Le décor très réaliste au début prend ensuite une dimension onirique. Un conteur-bruiteur assure la narration, en permettant ainsi le passage d’une séquence à l’autre, en même temps qu’il imite les voix de différents personnages qui interviennent dans le parcours de l’enfant.
Rien de sinistre : Vipérine prend les choses en main, et le voyage initiatique, propre à nombre de spectacles jeune public, est surtout celui du père à qui la gamine apprend à surmonter sa souffrance et à faire le deuil de la petite morte.
Mise en scène avec sobriété, la pièce dégage à la fois émotion et vitalité. La partie onirique est peut-être un peu convenue. Le texte lui-même ne véhicule aucun pathos grâce à une écriture distanciée et non dénuée d’humour.
La bonne humeur des dialogues tient à la langue concrète et imagée qu’emploie l’auteur, mais aussi à la santé des comédiens québécois qui savent prendre leur rôle à bras le corps.
Ce spectacle a déjà été joué en France et la pièce a remporté le prix du meilleur texte jeune public décerné par le Théâtre Nouvelle Génération de Lyon.

 

Mireille Davidovici

 Les deux pièces ont été jouées du 22 au 24 mai au Théâtre Artistic Athévains à Paris; le texte du Cycle de la perte est paru chez Lansman éditeur. Prix: 10 €

 

 

 

 

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