Attention ! Travaux à Chaillot.

Coupe Perspective longitudinale B&A

Attention! Travaux à Chaillot…

Perspective Brossy Didier Deschamps, le directeur du Théâtre national a annoncé officiellement les débuts de  la rénovation de ce lieu mythique, signé des architectes Azéma, Carlu et Boileau, à l’origine conçu comme provisoire,  et inauguré  pour l’Exposition Universelle de 37, qui succéda au premier Palais du Trocadéro, salle de concert de 5.000 places, construite à l’occasion d’une autre exposition universelle en  1878.
L’endroit est immense, plein de couloirs, et d’escaliers, et de souterrains,et il n’était pas vraiment fini, quand Jean Vilar reçut ce « cadeau » de Jeanne Laurent, directrice chargée du théâtre au Ministère de l’Education nationale, après qu’il ait été la proie des nazis, puis de L’ONU
On a connu le grand Foyer avec un sol encore en béton, que Vitez fit recouvrir d’une moquette cache-misère marron en fibres synthétiques… Geroges Wilson qui succéda à Vilar fit transformer la cafeteria d’origine en seconde salle.     Imaginée par Jacques Le Marquet, un des scénographes de  Vilar, elle figure au palmarès déjà bien rempli des lieux théâtraux les plus ratés qui soient en France: mauvais visibilité pour le public sur les côtés et au balcon, plateau encombré de poteaux en arc-de-cercle, bruit des patins à roulettes jusqu’à une date encore récente, fuites fréquentes dûes à l’arrosage des pelouses au-dessus du théâtre, loges inconfortables, hall d’accueil exigu… entrée des décors difficile par la salle…
Quant à  la grande salle, dite depuis Jean Vilar  (2.700 places à l’origine!), elle  fut, sous la direction de Jacques Lang en 72, entièrement revue et corrigée avec une jauge de 1.300 places, et on construisit un restaurant, au bout du rand Foyer, et des bureaux au-dessus de l’autre grand escalier rendu inutile. Ce fut loin d’être un geste architectural fort mais ceux qui avaient le privilège d’y être logés, avaient au moins espace et lumière…
Jérôme Savary fit reconstruire les toilettes du public devenues sordides! Installer un plateau tournant sur la scène de la grande salle, et créer un couloir d’accès à la salle Gémier, où on n’entrait jusque là que par les jardins! Très agréable en hiver sous la pluie, quand il fallait descendre trois volées d’escaliers depuis le métro…
Ensuite, la salle de répétition fut désamiantée, restaurée et mise aux normes de façon à accueillir du public: ce fut  l’une des rares bonnes idées du règne Goldenberg, qui ne brilla guère… Bref, les bricolages architecturaux se succédèrent sans véritable projet d’ensemble et les  plans de réhabilitation s’empilèrent au Ministère de la Culture, sans résultat, dans la bonne tradition française, l’Etat reculant des deux pieds dès qu’il s’agissait d’une rénovation en profondeur  forcément coûteuse.

Le lieu, malgré ses défauts, restait attachant, avec un superbe plateau de 18 m d’ouverture et de presque autant de profondeur, et chargé d’histoire: Vilar d’abord, capitaine du navire dès 51 avec des mises en scène somptueuses, Vitez qui avait été figurant au T.N.P.,  puis Savary qui avait, disait-il, joué à ses tout débuts dans les collants noirs récupérés de Gérard Philippe: ce sont de nombreuses pages de l’histoire du théâtre contemporain, qui se tournèrent ici, avec plusieurs centaines de spectacles, joués par des centaines de comédiens et d’artistes, et non des moindres: Philippe Noiret, Jeanne Moreau, Gérard Philipe, Alain Cuny, Maria Casarès… dont les mythiques: L’Avare par Vilar,  Le Soulier de satin par Vitez, Mère Courage par Savary  qui furent créés dans ces murs,  et  les élèves de l’Ecole du Théâtre National,  comme les générations de public qui se succdèrent, y étaient très sensibles…
Mais le théâtre, vraiment peu conforme sur les plans de la sécurité et de la ventilation, difficile à vivre pour le personnel (entre autres, des bureaux sans fenêtre, comme les salles de cours de l’Ecole, l’atelier de couture, au deuxième sous-sol, bas de plafond et souvent étouffant, que Savary fit un jour visiter à François Mitterrand pour qu’il se rende compte des conditions de travail). Les artistes et techniciens y travaillaient au quotidien: sous lumière artificielle et la circulation était des plus compliquées à l’intérieur du bâtiment, et le théâtre ne possédait aucun accès digne de ce nom pour faire descendre les décors  sur le plateau de la grande salle, situé à  quelque -20 mètres depuis l’avenue du Président Wilson!
Bref, il devenait urgent de  repenser la fonctionnalité de ce bâtiment historique et de mettre enfin en place les différents chantiers de travaux entre 2014 et 2016. Avec d’abord la  reconstruction totale de la salle Gémier pour un montant d’environ 12 M d’euros, mais strictement contenu dans l’emprise existante, et dont le futur hall sera relié au grand Foyer actuel.
Modulable, grâce à des gradins rétractables,  d’une capacité de 390 places et  doté d’un  plateau de onze mètres d’ouverture, ce cube devrait être un bel outil de travail pour le théâtre contemporain comme pour la danse. A l’instar de la plupart des grands théâtres européens, Chaillot disposera donc enfin de trois véritables salles, et, à terme,  dans un autre volet de travaux, d’un indispensable lieu de répétition situé sous les gradins de la salle Jean Vilar qui seront reconstruits en béton.
Par ailleurs, ce qui n’est vraiment pas un luxe, est prévu tout un programme  d’accès  pour les personnes à mobilité réduite, (à noter que le très bel escalier roulant en buis – d’origine – fonctionne encore, à la descente comme à la montée en fin de spectacle), ainsi qu’un aménagement de l’accès décors, avenue du Président Wilson (ce qui n’est pas… une idée neuve puisqu’elle avait été déjà émise par Jérôme  Savary, il y a une quinzaine d’années). Ce qui permettra,  grâce à un puits de 29 mètres percé dans les lits calcaires de l’ex-carrière de Chaillot (étymologiquement Chaillot et caillou:même combat) de desservir à la fois les salles Gémier et Vilar…
Il y aura aussi, mais cela parait moins clair, un retournement des accès (sic), et de nouvelles circulations à l’intérieur du théâtre. L’accès initial à la grande salle par les jardins comme à l’origine du Théâtre, sera réhabilité; il permettait d’arriver  au parterre de l’ancienne salle, et de contempler, au passage, des fresques signés de grands noms, mais plus sûrement sortis de leurs ateliers: entre autres Bonnard, Vuillard, Ker-Xavier Roussel,  et plus près de nous, Brianchon, Chapelain-Midy, Oudot, etc… A vrai dire, vite torchées et somme toute, assez médiocres… La fresque de plusieurs centaines de m2 d’influence pompéienne, imaginée par Jaulmes  dans le grand Foyer, malgré un état un peu limite (poussière et et vers dus à la colle) est plus intéressante et devrait être  restaurée.
Et pour la modique somme de ? Apparemment, pas si cher que cela,  puisque l’on parle d’un budget total  de 20 M d’€,  si  cela se passe comme prévu. Mais c’est en tout cas, un bon investissement, quelque que soit la future destination de ce grand navire, pour le moment dédié, comme on dit, à la danse contemporaine depuis 2007, et où le théâtre, contemporain ou non, reste, un peu le parent pauvre.
Daniel Doebbels, chorégraphe associé, après les explications de Vincent Brossy, architecte, a brillamment fait entendre la parole de la danse, avec quelques photos superbes: le catafalque de Paul Valéry sur la place du Trocadéro en 1948, dont une phrase un peu pompeuse est inscrite au fronton  du  théâtre:  » Dans ces murs voués aux merveilles J’accueille et garde les ouvrages De la main prodigieuse de l’artiste Égale et rivale de sa pensée L’une n’est rien sans l’autre « , et une des statues dorées du parvis entièrement voilée d’un crêpe noir… Daniel Doebbels a, en conclusion, cité Nijinsky:  » Je ne danse pas pour que l’on m’attende ».
Rendez-vous en 2016; d’ici là, une des grandes prouesses des architectes  aura été de laisser le théâtre en ordre de marche, et sans interruption pendant la saison… Didier Deschamps a prévenu: tout se mérite, et il y aura sans doute un peu/beaucoup? de bruits de chantier dans cet énorme vaisseau en béton armé où tout résonne. Mais, à court terme, Chaillot, à plus de 76 ans, devrait retrouver une  véritable jeunesse…

Philippe du Vignal

* Chronopanaroma, application numérique en 3D accessible sur ordinateurs, etc.. et  sur les écrans à Chaillot, dont nous avons pu voir la première mouture, est tout à fait remarquable; elle offre une visite virtuelle des espaces originaux du théâtre, notamment de l’ancienne cafeteria avec ses beaux et confortables fauteuils en fer et cuir de Klotz, décorateur, et les magnifiques volées d’escaliers  de Raymond Sube, au sous-foyer, et bien entendu, les plans et les nouveaux espaces imaginés par le cabinet Brossy.

 

 


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