Théâtre de la Colline / Saison 2014-2015

La saison 2014-2015 au Théâtre de la Colline.

schema_theatre_collineExercice obligé, la présentation de la nouvelle saison de la Colline fait salle comble. Jusque dans la petite salle où l’événement est retransmis par vidéo au public qui n’a pu trouver place dans la grande. Il faut dire que le théâtre affiche le chiffre record de 6700 abonnés !
Stéphane Braunschweig, entouré des artistes invités, ouvre la sixième et dernière année de son premier mandat. Placée sous le signe de la contradiction, et de la porosité entre l’intime et le monde : « The personal is political « , disait un slogan des années 1970, mais aujourd’hui, les univers privés se fissurent de partout, comme l’évoque la dernière pièce d’Arne Lygre, Rien de moi, où le protagoniste,  dans l’incapacité de faire bouger le monde, en invente un nouveau par la force des mots. Après Je disparais et Tage Unter, Stéphane Braunschweig poursuit son compagnonnage avec l’auteur norvégien. Cette création fera suite à Le Capital et son singe, une exploration d’un texte de Marx trop mal connu (son nom masque l’œuvre)  par Sylvain Creuzevault et ses treize acteurs.  » Il ne s’agira pas de rêves ni d’utopie…Ce sera de la comédie, pure et dure’ », annonce le metteur en scène, très intéressé par les circuits et le fétichisme de la marchandise,  et par la rotation du capital.
De révolution, il est aussi question dans
La Mission d’Heiner Müller. La révolution trahie par Bonaparte qui renie l’abolition de l’esclavage qu’allaient prêcher trois envoyés de la Convention en Jamaïque. Le metteur en scène allemand Michael Thalheimer, déjà venu à la Colline pour monter Combat de nègre et de chiens en 2010, s’intéresse à la radicalité de cette écriture de la pensée et aux anachronismes abrupts de Müller qui font résonner les idéologies à travers les siècles.
Il  va mettre en scène
Histoires de la forêt viennoise, où Von Horváth traite de la montée du nazisme dans une société gangrenée par les méchants. Cette effondrement est aussi vécu par le couple de La Ville de Martin Crimp, qui parle  de la contamination de l’intime par le malaise social. Le jeune metteur en scène Rémy Barché a monté la pièce de l’auteur anglais à Reims, et son travail a convaincu  Braunschweig,  qui l’a programmé. Hinkemann, (l’homme qui boîte), du grand dramaturge d’outre-Rhin Ernst Toller qui s’est suicidé en exil en 1939, est lui aussi un mutilé de la société réduit à l’impuissance physique et morale dans une Allemagne vaincue et revancharde : Christine Letailleur en a confié le rôle-titre à Stanislas Nordey qu’on retrouvera en fin de saison, avec Pasolini dont il avait fait découvrir le théâtre en France avec une pièce en vers proche de Théorème par son onirisme.
Célie Pauthe  mettra en scène
La Bête dans la jungle d’Henry James, adapté par Marguerite Duras. La tendance du moment est aussi  à l’adaptation de films au théâtre. Avec Il faut toujours terminer qu’est-ce qu’on a commencé , Nicolas Lieutard relit Le Mépris, à l’aune de Godard, Moravia et Homère, avec un spectacle qu’il avait déjà monté au Studio-Théâtre de Vitry (voir Le Théâtre du Blog).
Le collectif In quarto, dont l
‘écriture s’élabore au plateau revisite avec Du pain et des rolls  le fameux La maman et la putain avec des personnages d’aujourd’hui. C’est le choix des nombreux collectifs constitués actuellement pour survivre par les jeunes acteurs au sortir des écoles d’art dramatique.
Ainsi Les Hommes approximatifs réaliseront
Le Chagrin, à partir d’improvisations entre fiction et documentaire. La compagnie des Possédés, va, elle, tenter de réaliser une adaptation collective des onze cahiers de
Platonov, la pièce-fleuve de Tchekhov écrite avec l’ardeur fiévreuse de ses  vingt ans, qu’ils abordent comme celle d’un cousin de Dostoïevski.
C’est donc une saison contrastée avec des pièces du passé et d’autres récemment écrites… Avec une préoccupation commune à  ces collectifs: « Ouvrir des yeux de fougère sur le monde [...] Sur un monde où les battements d´ailes de l’espoir immense se distinguent à peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur…. », comme l’a écrit André Breton
dans Nadja, cité en exergue dans le programme.

Mireille Davidovici

Théâtre de la Colline T. 01 44 62 52 52 – www.colline.fr

 


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