Les ateliers de formation continue à la mise en scène du Conservatoire national

Les ateliers de formation continue à la mise en scène du Conservatoire national.

  « Présentation  publique du travail des stagiaires en formation continue à la mise en scène qui présenteront des formes courtes, ainsi qu’une création collective. Accompagnés dans cette aventure par Matthias Langhoff »dit l’invitation.  Donc, cela pouvait mettre l’eau à la bouche…
Et, pour faire bon poids, le programme s’orne d’une belle citation de Louis Jouvet attirante: « Le metteur en scène est une manière d’amoureux qui tire son talent, son invention et la joie de son travail, du talent, de l’invention et de la joie qui emprunte aux autres ou qu’il suscite en eux ».
Cela se passe en trois  moments: d’abord, la première partie de  cette présentation:
Bêtes, chiennes et autres créatures, de Luis Enrique Gutiérrez Ortiz Monastero qu’a mise en scène Luca Antonuci. Il s’agit, dans cette pièce, d’un jeune couple avec  leur  fils, figuré ici par une grande poupée,  qui ne quittent guère l’espace intime  d’un lit conjugal affaissé.  Ils sont visiblement très pauvres, et leur quotidien a les couleurs du tragique et de la violence les plus absolus.
L’auteur de cette pièce est un écrivain de quarante-six ans, bien connu au Mexique, tant par son théâtre que par ses nouvelles et poèmes. 
La pièce, créée en 2005 dans son pays, l’a été, il y a deux ans en France, et est construite en trois moments qui parlent de la rupture amoureuse, du bien et du mal, et des rapports complexes entre une femme et un homme.
C’est le premier moment qu’a choisi de mettre en scène Luca Antonuci mais rien ne décolle vraiment dans cette confrontation qui devrait être beaucoup plus physique; ce travail reste assez approximatif, sans doute à cause d’un éclairage des plus parcimonieux, et de projections de peintures en fond de scène anecdotiques. Et surtout à cause d’une direction d’acteurs  faiblarde. Bref, mieux vaut oublier…
Le second projet, d’après La Comédie du langage de Jean Tardieu, parue en 1987,  et mise en scène ici par Bénédicte Budan, est le seul qui soit réussi. Elle fait entrer, en file indienne impeccable, ses neuf acteurs,  filles en mini-robe et bas noirs, garçons en costume et chemise noirs, qui, trente secondes après, ressortent sans avoir prononcé un seul mot, entrée qu’ils répéteront une nouvelle fois. Avant de s’installer, munis de pupitres pliants mais sans partition, comme un petit orchestre vocal, dirigé, avec un sérieux imperturbable, par l’un des garçons.  Cela a un petit parfum Pina Bausch, disparue il y a déjà trois ans, mais c’est bien vu.
Cette courte pièce, à la fois intelligente et jubilatoire, pleine de la poésie de cet écrivain fabuleux disparu en 1995 et qui savait utiliser au théâtre toute la matière sonore de la langue française. Bénédicte Budan a, sans prétention aucune, réussi son coup. Bref, cela fait du bien par où cela passe, comme disait Monseigneur Marty.
Oui, mais voilà, il y a la suite, dont il faut aussi parler, et là, on frise l’encéphalogramme plat… Cela s’appelle  Britannicus Follies ( Pour en finir avec Jean Racine)
(sic) soit l’acte II et la scène II de l’acte IV de la pièce. « Racine, dit l’auteur de la chose, est une référence tellement pesante qu’il fallait m’en débarrasser pour avancer. Cette année au C.N.S.A.D était l’occasion  parfaite de questionner mon patrimoine(…) Un rapprochement m’a alors semblé possible entre le théâtre baroque, Artaud et le cabaret pour faire entendre ce furieux mélange de  cruauté, d’humour et d’amour, de jubilation et d’orgueil ». Bref, la Palme d’or 2014 dans la catégorie: notes d’intention aussi convenues que bêtes et prétentieuses.
Sur le plateau, une cuvette de toilettes maculée de sang installée sur roulettes
(sans doute la métaphore visuelle de la notion de « s’en débarrasser », chère à celui qui se prend sans doute pour un metteur en scène d’avant-garde inspiré. Où s’assied Néron en grande folle… C’est une sorte de très mauvaise semi-parodie de Racine, façon BD,  avec des images et un style poissants de vulgarité et d’effets faciles, et dénuée du moindre talent. Les personnages ont le visage maquillé de blanc, Julie joue les idiotes, Britannicus a la voix très rauque, Narcisse, lui, est chaussé d’escarpins dorés, et Agrippine, en vieilles pantoufles, est affublée d’une robe de chambre informe rouge sang.
Plus grave: la direction d’acteurs est ici aux abonnés absents… et  les pauvres élèves criaillent, font, côté gestuelle,  dans le n’importe quoi, avec une diction des plus médiocres, et sans jamais dire correctement un seul alexandrin. Ce qui serait pourtant le minimum syndical! Bref, la honte absolue, surtout dans une maison comme le Conservatoire. Tous aux abris!
A côté de nous, deux jeunes filles, élèves de première année, nous ont dit être écœurées, et on les comprend! L’auteur de cette chose a le droit de faire ce qu’il veut (on est encore en démocratie!), de pratiquer tous les exorcismes personnels qu’il veut. Mais… chez lui, avec ses copains mais pas en présentation publique d’un établissement national, ce qui a forcément un coût. On lui rappellera cette belle mise en garde de Marcel Bozonnet, ancien directeur du Cons à ses élèves: « N’oubliez pas qu’ici vous êtes des privilégiés et que la formation que vous suivez, vous la devez aussi au plus pauvre des Français imposables ».
On ne comprend pas que Matthias Langhoff (oui, vous avez bien lu, le grand Matthias Langhoff,  qui a suivi ces  projets! et qui n’était d’ailleurs pas là, le soir de la première, on ne sait pourquoi), ait laissé  atteindre ce sommet de suffisance et de vulgarité où on ose se réclamer d’Artaud, et du cabaret, l’une des plus  exigeantes et des plus respectables écoles qui soient!
Une mienne consœur a vite déserté, et un autre mien confrère m’avouait son accablement devant tant de médiocrité et de suffisance. On se demande comment Claire Lasne, metteuse en scène des plus remarquables, et nouvelle directrice du Cons, a pu valider cette présentation, sans doute programmée du temps de Mesguisch qui, lui, était là, et semblait béatement heureux! Le Conservatoire s’en remettra mais ce genre d’incroyable ratage met en cause la crédibilité même de l’enseignement qui y est dispensé…
En tout cas, méfiez-vous: si on vous invite à ces présentations de projets: si elles sont du même tonneau, vous n’aurez pas grand chose à y gagner, sinon une bonne dose de tristesse,  et une soirée perdue.

Philippe du Vignal

Conservatoire national, Paris mercredi 7 mai.

 

 


Archive pour 8 mai, 2014

Ouverture du Carreau du Temple

Ouverture du Carreau du Temple

Un nouvel espace culturel de la Ville de Paris

 

carreau-du-templeLe 25 avril 2014, le Nouveau Carreau du Temple ouvrait ses portes. 6500 m2 au coeur du 3ème. Sauvé de la démolition en 1975, grâce à une longue et tenace mobilisation des habitants de l’ arrondissement, il a été désigné, trente ans après, par une votation locale, « espace pour tous », dédié à la culture, au sport, à l’événementiel et à la jeunesse. Une expérience de démocratie participative portée par le comité des habitants du 3è, l’ atelier local d’urbanisme (ALU)* et la Ville.
En ce week-end end de printemps, la halle rénovée par l’architecte Jean-François Milou révèle les arabesques aériennes de sa structure métallique mises en valeur par un fond en bois de chêne clair.
La halle centrale de 1800 m² est, pour l’occasion, flanquée de deux scènes : l’une accueille un concert de l’Orchestre national de jazz, coup d’envoi d’ une résidence au long cours de la formation, au Carreau. Malgré le bois, l’acoustique se prête mal à la musique programmée par le nouveau directeur de l’ONJ, Olivier Benoît, un free jazz radicalement épuré qui aurait mieux sonné dans l’auditorium de 250 places situé en sous sol.
Sur la scène d’en face se déroule un spectacle concocté par Guy Alloucherie, parti avec son équipe et la compagnie Hendrick van der zee, à la rencontre des habitants du quartier pour composer un portrait théâtral et vidéo du Carreau et de sa mémoire. Les interviews s’égrènent ponctuées par les évolutions d’un circassien sur un petit à vélo…
Au gré de la programmation, on découvre le vaste sous-sol. Dans le studio de Flore, 335 m2 destinés aux pratiques chorégraphiques et aux cultures urbaines, on assiste à une répétition publique d’Aux corps prochains.  » Nul ne sait ce que peut être un corps« , à partir de cette phrase de Spinoza commentée par Deleuze dans ses cours sur Spinoza, Denis Guenoun (en résidence au Carreau) entraîne ses comédiens dans une exploration cinétique des corps. Les artistes se déploient dans l’espace, se touchent se repoussent, selon leur propre pesanteur, les tempos et les respirations de chacun car, selon Deleuze, « Savoir danser, c’est précisément présenter son corps sous l’aspect sous lequel il se compose, en termes de danse, avec le corps du ou de la partenaire. C’est généralement ça qu’on appelle un rythme. » C’est une question de vitesse et de lenteur, et ce qu’expérimentent les comédiens devant nous, en improvisant, illustre bien ce que Spinoza indique lui-même « que le corps peut beaucoup de choses dont son esprit reste étonné ». Un travail passionnant à regarder et dont on pourra apprécier le résultat au Théâtre national de Chaillot au printemps 2015. Prochaines étapes du travail à suivre les 13-et 14 juin prochain.
De corps il sera aussi question avec deux chorégraphies dans l’auditorium. Toi et Moi, duo de la compagnie Chatha, met les danseurs à l’épreuve des bruits du monde. Ils réagissent aux vrombissements d’un hélicoptère, aux tirs de missiles, au fracas des bombes en se rétractant et se redéployant, levant un doigt accusateur vers le ciel, appelant au secours. Puis retrouvant le calme. Un jeu nerveux, tendu à l’extrême. Sans répit. Le solo ochestré par Herman Diephus, Let it be , offre un contrepoint plus décontracté sur la musique du tube mondial. En crooner ou en rocker, le danseur Teilo Troncy épouse les différents styles musicaux de ce standard chanté notamment par Elvis Presley, les Everly Brothers et nombre d’autres interprètes. Une bonne idée mais qui s’épuise en cours de route.
Par ailleurs, une exposition des travaux d’élèves de l’Ecole Duperré voisine, montre les recherches des Arts appliqués en matière de meubles et de vêtements. Un bel espace est dévolu à cette manifestation.
Le lieu comporte d’autres espaces dont un studio son, une salle de réunion, des vestiaires, des loges et des bureaux… Et un bar, bien sûr.
Des événements culturels sont déjà programmés en cette fin de saison ( théâtre, cinéma, danse, cirque, conférences…) ainsi que le salon du dessin.
Ce nouveau lieu est plein de promesses mais « restera-t-il un espace pour tous ? « , se demandent les membres de l’ALU qui distribuent un tract à l’entrée. Ces derniers craignent que les tarifs des prestations payantes écartent les habitants aux revenus modestes. Les contraintes budgétaires sont en effet énormes. Le Carreau est exploité par une société publique locale selon un contrat de délégation de service public. Il est subventionné pour un tiers seulement par la Ville, en contrepartie d’actions culturelles en direction des écoles, des Parisiens, via des associations de quartier. Il devra donc trouver en recettes propres deux tiers des trois millions d’Euros que représentent les charges d’exploitation.

À vos calculettes !

 

Mireille Davidovici

L’inauguration officielle a eu lieu du 25-27 avril

 

Le Carreau du Temple 4, rue Eugène Spuller- 75003 – www.carreaudutemple.eu

 

*ALU : www..alu3.fr

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