Élégie
Élégie, chorégraphie d’Olivier Dubois, musique de Wagner par le Ballet National de Marseille
Au cœur du volcan pourrait être le sous-titre de cette création conçue par le chorégraphe, qui s’est inspiré de la première des Elégies de Duino, de Rainer Maria Rilke, avec un plateau envahi par la fumée dans une semi-obscurité et la bande sonore, faite de pluie, de tonnerre et de vibrations telluriques. Au milieu d’un magma noir mouvant, apparaît alors le corps à demi-nu de Gabor Halasz, qui veut se défaire de cette masse protéiforme sans y parvenir.
Il s’ensuit une lutte violente entre cet homme qui réussit à pénétrer ce magma d’ombres noires des seize autres danseurs et danseuses qui se laissent faire mais aussi parfois le rejettent.Au bout d’une vingtaine de minutes, une paix de courte durée, s’installe et l’ensemble des corps forment un piédestal à la gloire du danseur, qui prend alors une posture de statue antique, sur la musique au piano d’une Élégie de Wagner.
Le spectacle dure une heure, et la deuxième partie de cette heure de spectacle révèle cette fois le corps de Malgorzata Czajowska,une belle danseuse aux longs cheveux blonds; comme l’homme, elle nait progressivement de ce même magna, et si ses gestes sont plus doux, la lutte est identique, et elle aussi, sera portée en gloire, avant d’être à nouveau combattue par le groupe.
Cet impossible dialogue entre un individu et la masse de corps qui forme un décor mobile, est d’une grande beauté plastique, et révèle un beau travail d’écoute tactile entre les danseurs de noir vêtus, et la danseuse. On sent qu’une vraie confiance les relie entre eux…
Cette Elégie constitue un des points forts de ces riches Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine Saint-Denis.
Jean Couturier
MC93 les 6 et 7 mai.
