cyrano de bergerac

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, mise en scène de Dominique Pitoiset.

 cyrano_00Le spectacle avait été créé la saison passée à Bordeaux et  a déjà fait une belle tournée en France; c’est une sorte de lecture personnelle de la pièce mythique dont Dominique Pitoiset situe l’action dans un hôpital psychiatrique.
Tout se passe dans le huis-clos d’une espèce de salle-à-manger au  carrelage blanc qui sert aussi un peu  à toutes les activités; le mobilier est fonctionnel, aussi facile à nettoyer que sinistre, avec tables en stratifié blanc, fauteuils et chaises en tubes inox, comme on en voit dans toutes les « unités de soins de longue durée », selon la formule pudique. Bref, le commencement de l’enfer pour qui y pénètre la première fois et auquel on ne s’habitue jamais. Et, au théâtre, on nous épargne le délicat parfum mélangé de soupe, sueur, désinfectant, etc…
Première et  forte  image: o
n voit (il est de dos)  un homme tassé dans un fauteuil vieillot en vinyle marron, avec autour de lui, des malades en marcel et pantalon de sport qui  vont et viennent sans but. C’est Cyrano, déjà gravement blessé à la tête comme à la fin de la pièce, et on la nette impression que c’est un malade atteint de déficience neuronale, qui se prend pour Cyrano…
Autour de lui, d’autres malades qui ont pour nom: de Guiche, un cousin d’une très jeune femme et  Roxane, fou amoureux d’elle, Christian, le cadet de Gascogne, tout aussi amoureux d’elle, Le Bret, un ami de longue date, et bien sûr,
le bon pâtissier Ragueneau, son autre grand ami. Mais mieux vaut  quand même connaître un peu la pièce si on veut les reconnaître tout de suite… Mais qui, en France, n’a jamais lu, ou vu Cyrano au cinéma, ou au théâtre!
C’est dire que, dans cette salle-à-manger, les personnages  n’auraient guère de place pour jouer avec panache et fureur cette histoire de guerre et d’amour où le fameux siège d’Arras est évidemment éclipsé et  évoqué par quelques petits coups de feu. Dominique Pitoiset, on l’aura compris, fait dans le second degré pur porc, et la musique des Beattles et de quelques airs baroques vient d’un juke-box, comme dans l‘Hamlet,
de sinistre mémoire. monté à la Comédie-Française. Ici, les choses ont au moins le mérite d’être cohérentes.
  La pièce, tourne donc autour du personnage mythique, les autres ne constituant le plus souvent que des faire-valoir, dans un jeu de miroirs auquel Rostand prend un malin plaisir. Ici, Pitoiset a voulu rompre avec tout un univers de décor et costumes pseudo-historiques comme, par exemple, Jérôme Savary qui avait superbement  mis en scène la pièce, avec de magnifiques toiles peintes de Michel Lebois.
Et chez Pitoiset, cela fonctionne? Oui et non. Oui, la plupart du temps, grâce à la présence indéniable et à la voix magnétique de Philippe Torreton qui monopolise le plateau, trop peut-être; les autres personnages sont en effet moins bien rendus, et on les entend parfois moins bien aussi: côté diction, ce n’est pas en effet toujours le haut de gamme et il faudrait d’urgence resserrer les boulons selon la formule de Bernard Dort et  les choses devraient sans doute se caler. Daniel Martin, excellent acteur au demeurant, qui joue de Guiche, force un peu le trait, Jean-François Lapalus réussit un numéro quand il incarne l’acteur Montfleury, mais Maud Wyler, elle, a  quelque mal à incarner Roxane: on ne voit pas en effet très bien comment elle peut fasciner autant les hommes…
Sans doute par moments, le jeu est-il vraiment trop focalisé sur Philippe Torreton. Dominique Pitoiset  veut oublier que  Cyrano, ce sont aussi les autres personnages
qui font la pièce, y compris les cadets de Gascogne, et cela fonctionne alors moins bien dans sa mise en scène quant au rapport avec le public.
Bref, le spectacle a un côté un peu sec et démonstratif du genre: « Bonnes gens approchez, approchez et vous allez voir  ce que vous allez voir, quand j’arrive à bousculer la tradition ». C’est souvent brillant certes mais, en tout cas, pour l’unité de jeu, comme pour le romantisme des scènes d’amour, il faudra repasser: dommage!
Ainsi, la fameuse scène d’amour en bas du  balcon de Roxane, où Christian lui déclare son amour, par le truchement de Cyrano caché, est ici traitée, depuis un ordinateur devant lequel Cyrano parle, sur un écran où on voit le visage de Roxane en gros plan. Mais ce gadget traîne un peu partout…  Ici, la scène est plutôt drôle et d’une certaine efficacité mais bon…
Il n’y a pas d’entracte, et cela, c’est plutôt astucieux. Roxane, quatorze ans après, n’est plus aussi jeune; pour la vieillir, on lui enfile à vue une enveloppe corporelle en latex. Belle idée teintée de brechtisme mais qui tient la route.
Et, à la fin, (mais comment rater une fin pareille: aucun metteur en scène, même pas très doué, ne la rate), Cyrano, en costume vaguement d’époque, la tête couverte de sang, et déjà chancelant, parle au Mensonge, aux Compromis, aux Préjugés et aux Lâchetés puis s’assoit, épuisé, dans le même fauteuil qu’au début, entouré de Roxane et de ses amis, et meurt en regardant fixement le public qui pleure d’émotion. Là, Philippe Torreton est exceptionnel…
Malgré le traitement de choc que lui a imposé le docteur Pitoiset, cette pièce très populaire aux vers parfois faciles, continue, plus de cent ans après sa création, à fasciner même les plus jeunes de nos contemporains. C’est bon signe, et malgré les réserves indiquées, cela vaut le coup d’y aller voir…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon, Paris jusqu’au 28 juin.

 

Archive pour 13 mai, 2014

cyrano de bergerac

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, mise en scène de Dominique Pitoiset.

 cyrano_00Le spectacle avait été créé la saison passée à Bordeaux et  a déjà fait une belle tournée en France; c’est une sorte de lecture personnelle de la pièce mythique dont Dominique Pitoiset situe l’action dans un hôpital psychiatrique.
Tout se passe dans le huis-clos d’une espèce de salle-à-manger au  carrelage blanc qui sert aussi un peu  à toutes les activités; le mobilier est fonctionnel, aussi facile à nettoyer que sinistre, avec tables en stratifié blanc, fauteuils et chaises en tubes inox, comme on en voit dans toutes les « unités de soins de longue durée », selon la formule pudique. Bref, le commencement de l’enfer pour qui y pénètre la première fois et auquel on ne s’habitue jamais. Et, au théâtre, on nous épargne le délicat parfum mélangé de soupe, sueur, désinfectant, etc…
Première et  forte  image: o
n voit (il est de dos)  un homme tassé dans un fauteuil vieillot en vinyle marron, avec autour de lui, des malades en marcel et pantalon de sport qui  vont et viennent sans but. C’est Cyrano, déjà gravement blessé à la tête comme à la fin de la pièce, et on la nette impression que c’est un malade atteint de déficience neuronale, qui se prend pour Cyrano…
Autour de lui, d’autres malades qui ont pour nom: de Guiche, un cousin d’une très jeune femme et  Roxane, fou amoureux d’elle, Christian, le cadet de Gascogne, tout aussi amoureux d’elle, Le Bret, un ami de longue date, et bien sûr,
le bon pâtissier Ragueneau, son autre grand ami. Mais mieux vaut  quand même connaître un peu la pièce si on veut les reconnaître tout de suite… Mais qui, en France, n’a jamais lu, ou vu Cyrano au cinéma, ou au théâtre!
C’est dire que, dans cette salle-à-manger, les personnages  n’auraient guère de place pour jouer avec panache et fureur cette histoire de guerre et d’amour où le fameux siège d’Arras est évidemment éclipsé et  évoqué par quelques petits coups de feu. Dominique Pitoiset, on l’aura compris, fait dans le second degré pur porc, et la musique des Beattles et de quelques airs baroques vient d’un juke-box, comme dans l‘Hamlet,
de sinistre mémoire. monté à la Comédie-Française. Ici, les choses ont au moins le mérite d’être cohérentes.
  La pièce, tourne donc autour du personnage mythique, les autres ne constituant le plus souvent que des faire-valoir, dans un jeu de miroirs auquel Rostand prend un malin plaisir. Ici, Pitoiset a voulu rompre avec tout un univers de décor et costumes pseudo-historiques comme, par exemple, Jérôme Savary qui avait superbement  mis en scène la pièce, avec de magnifiques toiles peintes de Michel Lebois.
Et chez Pitoiset, cela fonctionne? Oui et non. Oui, la plupart du temps, grâce à la présence indéniable et à la voix magnétique de Philippe Torreton qui monopolise le plateau, trop peut-être; les autres personnages sont en effet moins bien rendus, et on les entend parfois moins bien aussi: côté diction, ce n’est pas en effet toujours le haut de gamme et il faudrait d’urgence resserrer les boulons selon la formule de Bernard Dort et  les choses devraient sans doute se caler. Daniel Martin, excellent acteur au demeurant, qui joue de Guiche, force un peu le trait, Jean-François Lapalus réussit un numéro quand il incarne l’acteur Montfleury, mais Maud Wyler, elle, a  quelque mal à incarner Roxane: on ne voit pas en effet très bien comment elle peut fasciner autant les hommes…
Sans doute par moments, le jeu est-il vraiment trop focalisé sur Philippe Torreton. Dominique Pitoiset  veut oublier que  Cyrano, ce sont aussi les autres personnages
qui font la pièce, y compris les cadets de Gascogne, et cela fonctionne alors moins bien dans sa mise en scène quant au rapport avec le public.
Bref, le spectacle a un côté un peu sec et démonstratif du genre: « Bonnes gens approchez, approchez et vous allez voir  ce que vous allez voir, quand j’arrive à bousculer la tradition ». C’est souvent brillant certes mais, en tout cas, pour l’unité de jeu, comme pour le romantisme des scènes d’amour, il faudra repasser: dommage!
Ainsi, la fameuse scène d’amour en bas du  balcon de Roxane, où Christian lui déclare son amour, par le truchement de Cyrano caché, est ici traitée, depuis un ordinateur devant lequel Cyrano parle, sur un écran où on voit le visage de Roxane en gros plan. Mais ce gadget traîne un peu partout…  Ici, la scène est plutôt drôle et d’une certaine efficacité mais bon…
Il n’y a pas d’entracte, et cela, c’est plutôt astucieux. Roxane, quatorze ans après, n’est plus aussi jeune; pour la vieillir, on lui enfile à vue une enveloppe corporelle en latex. Belle idée teintée de brechtisme mais qui tient la route.
Et, à la fin, (mais comment rater une fin pareille: aucun metteur en scène, même pas très doué, ne la rate), Cyrano, en costume vaguement d’époque, la tête couverte de sang, et déjà chancelant, parle au Mensonge, aux Compromis, aux Préjugés et aux Lâchetés puis s’assoit, épuisé, dans le même fauteuil qu’au début, entouré de Roxane et de ses amis, et meurt en regardant fixement le public qui pleure d’émotion. Là, Philippe Torreton est exceptionnel…
Malgré le traitement de choc que lui a imposé le docteur Pitoiset, cette pièce très populaire aux vers parfois faciles, continue, plus de cent ans après sa création, à fasciner même les plus jeunes de nos contemporains. C’est bon signe, et malgré les réserves indiquées, cela vaut le coup d’y aller voir…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon, Paris jusqu’au 28 juin.

 

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