Cabale et Amour

cabale et amour

Cabale et Amour d’après Friedrich von Schiller, adaptation et mise en scène de Lev Dodine.

C’est une version décapée, et décapante, de ce «drame bourgeois». Lev Dodine supprime, par exemple, les quatre premières scènes et les remplace, en guise d’exposition, par l’étreinte muette de Louise Miller et de Ferdinand von Walter; en même temps, commence un dialogue entre le Président Von Walter et Wurm, son secrétaire et âme damnée qui vont imaginer un stratagème pour détourner le jeune homme, de la fille d’un modeste musicien, dont le rang, pensent-ils, est peu compatible avec celui de ce courtisan, un ami du Prince. Et ils envisagent de lui faire épouser Milady, sa maîtresse, ce qui sert les intérêts du Président comme ceux de Wurm qui espère ainsi gagner les faveurs de Louise qui l’avait éconduit.
Les choses tournent mal, évidemment et se retournent contre les comploteurs… Mais on n’assistera pas à leur châtiment, car Lev Dodine a supprimé la scène finale où le Président tue Wurm, après le double suicide des amants, puis se livre à la justice. Ce qui intéresse en effet le metteur en scène, ce n’est pas la morale de l’histoire, mais les mécanismes mis en œuvre dans cette Allemagne (qui pourrait être aussi la Russie) livrée aux potentats locaux et à leurs intrigues, face à une bourgeoisie montante toute aussi corruptible.
Comme le montre la scène où Ferdinand dédommage, avec un joli magot, son ex–futur beau-père: l’idéal et la pureté de l’amour se heurtent aux intérêts du pouvoir absolu que les Russes connaissent bien, incarné ici par Igor Ivanov (le Président). Il exerce la volonté du plus fort et, quand il donne des ordres, sa voix est relayée par un haut-parleur. Et Ferdinand, au nom de la liberté qu’il a revendiquée haut et fort, n’aura d’autre choix que la mort.
Dodine va droit au but, et pour plus d’efficacité, propose un espace unique. Les acteurs glissent d’un lieu et d’une scène à l’autre ; et quand les personnages n’y jouent pas, ils restent présents. Ce procédé de tuilage renforce l’impression de complot et d’espionnage que véhicule la pièce.
La sobriété est ici de mise : dans le fond de scène noir, s’ouvre une porte basse et étroite, par où s’esquivent les personnages , tous, portent des costumes noirs pour les hommes, blancs pour les femmes et les serviteurs. Dans une sorte de ballet muet, ils exécutent les ordres et installent de longues tables rectangulaires ; avec les chaises, elles envahissent petit à petit le plateau et deviennent bureau du Président, praticable pour l’entrée de Milady, salle à manger des Miller, salon du banquet pour le mariage du Prince, et tombeau pour les amants…
Le jeu est d’une grande rigueur, sans psychologie ni pathos, même dans les scènes entre les tourtereaux, ou dans les moments de protestation d’amour de Miller envers sa fille Louise. Avec des répliques envoyées du tac au tac. Seuls les scènes avec Milady (Ksenia Rappoport, accompagnées par une mélodie de Beethoven rappelant celle d’une boîte à musique), ont un peu de fantaisie… La mise en scène , sans fioritures et tonique, confère à cette pièce romantique une certaine raideur inattendue. Une bonne surprise !

Mireille Davidovici

Festival Lev Dodine jusqu’au 25 mai 2014 Maison de la Culture, 93 Boulevard Lénine, Bobigny

 

Cabale et Amour jusqu’au 18 mai.

Gaudeamus du 22 au 25 mai.

Atelier de l’école du Théâtre d’Art de Moscou du 16 au 20 mai www.MC93.com

http://www.dailymotion.com/video/x1ojw4t


Archive pour 17 mai, 2014

Kouta

 Kouta , d’après Massa Makan Diabaté, mise en scène de Hassane Kassi Koyaté.

 

 3f6e4a5469ec8175cf86b0b335b71a98Tout paré de sa gloire, «après avoir baroudé partout où la présence française était menacée», Siriman Keita, installé en notable dans la bonne ville de Kouta, voit son crédit  peu à peu entamé par ses frasques amoureuses.
Son itinéraire est ponctué d’épisodes savoureux et de palabres à l’africaine avec les personnages hauts en couleur de la petite ville. Malgré le vent de la décolonisation, l’ancien combattant se cramponne à la France, mais l’ingrate aura tôt fait de lui exprimer sa reconnaissance en le jetant en prison… Il en sort amer et résigné, et se convertit à l’Islam et aux nouvelles idéologies.

L’écrivain malien Massa Makan Diabaté (1938-1988) est né dans une famille de griots, et sa langue imagée, drue et émaillée de proverbes savoureux, se prête à l’oralité du théâtre. L’adaptation par René Zahnd de Lieutenantde Kouta, première partie de la trilogie Kouta, alterne récits, pris en charge par chacun des personnages, et tableaux dialogués. Le texte est parfois parfois un peu bavard mais Hassane Kassi Koyaté privilégie avec efficacité le côté farcesque de l’écriture.

Un dispositif scénique simple et astucieux permet de passer rapidement d’un épisode à l’autre. Les comédiens africains, qui se donnent avec vigueur à leurs personnages, adoptent un jeu démonstratif, pas très loin de la caricature, qui convient à cette satire aimable mais sans concession, d’une société traditionnelle en pleine mutation.

Une heure et demi de bonne humeur et la découverte d’un écrivain.

Mireille Davidovici

 

Le Tarmac 159 avenue Gambetta T. 06 43 64 80 80 jusqu’au 23 mai.

 

www.letarmac.fr

 

La trilogie Kouta est publiée aux éditions Hatier.

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