Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas

Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas d’Imre Kertész, texte traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsval et Charles Zaremba, mise en scène de Joël Jouanneau

 

kaddish-g-20b7dMauvais fils, mauvais élève, mauvais juif, mauvais mari et mauvais père potentiel : la malédiction identitaire poursuit Imre Kertész – écrivain hongrois né en 1929. Enfant déjà, le narrateur a pressenti l’ordre usurpatoire du monde et de la libre volonté, à travers la terreur de l’autorité paternelle et la discipline de l’internat.
A quinze ans, il subit, déporté au camp d’Auschwitz, l’horreur de toute existence dans un ordre du monde concentrationnaire.
Le discours – une déploration sur l’enfant à ne pas naître – est comme une réponse à un docteur en philosophie qu’il écoute d’une oreille distraite. Il n’aura pas d’enfant, lui dit-il, dans une fin symbolique de non-recevoir, déjà servie à son ex-épouse. ll ne veut donner pas naissance à une « fillette aux yeux bruns, le nez couvert de pâles tâches de rousseur », ni à un « garçon têtu avec des yeux joyeux et durs comme des cailloux gris-bleu », mais il veut simplement rompre la ligne de sa descendance.
Oui, Auschwitz s’explique bien, à la différence de la judéité du narrateur qui, elle, lui reste incompréhensible, tiraillé qu’il est entre celle approximative et urbaine de Budapest où il a vécu et celle plus rigoureuse d’une partie de sa famille installée en province.
Il se sent libre d’appartenance et de patrie, et ne saura jamais en quelle qualité, il aurait dû mourir, avoue-t-il, dans Le Rire, une nouvelle dont le titre a été censuré.
Quant à son ex-épouse, «la belle Juive»  qui est aussi sa lectrice, il la voit qui « franchit un tapis bleu-vert comme si elle marchait sur la mer »… Elle n’a pas connu Auschwitz.
Si le narrateur ne veut pas donner pas la vie, il écrit pour qu’on n’oublie pas et pour se creuser « une tombe dans les nuages » et célébrer « la messe noire de l’humanité ».
(Dunnara MEAS)_DSC0033L’admiratrice n’est pas encore l’ex-épouse, elle voudrait « redresser la tête » dans le dialogue avec son amant car « tous les jours, on lui enfonce le visage dans la vase ».
Or, le voyage existentiel de et ancien déporté se fera seul, car écrire le bonheur est un non-sens, même s’il revoit, avant de quitter le camp, la transformation du soldat allemand et bourreau, en prisonnier de guerre servile face au nouvel ordre.
Un souvenir reste salvateur : le geste de Monsieur l’Instituteur qui, dans le wagon à bestiaux, a donné la bonne part de nourriture qui revenait au garçon malade.
C’était un oui absolu à la survie de l’enfant et un non à sa vie d’adulte calculateur, un geste de liberté intérieure qui met à bas l’ordre de la banalité du Mal – cet ordre qui explique si bien Auschwitz -, un ordre bousculé par l’avènement de l’énigme du Bien.
La vie, pour lui, est « une aspiration plutôt aveugle tandis que l’écriture est une aspiration lucide ».
C’est bien la vie que défend ici Jean-Quentin Châtelain, acteur rond au pantalon large et aux bretelles de baladin, sûr de sa diction, à la fois légèrement chantante et clairvoyante, au phrasé heurté, cassé ou bien harmonieux, glissant d’une sensation vive à une argumentation élaborée, sautant d’une image de lumière à une idée plus sombre, et retombant toujours sur ses pieds.

Le comédien métamorphose son dire politique en accomplissement poétique.

Véronique Hotte

 

Théâtre de L’ Œuvre 55 rue de Clichy 75009 Paris, du mardi au samedi 19h, dimanche 17h. T : 01 44 53 88 88


Le texte est publié aux Éditions Actes-Sud.

 

 

 

 

 

 

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...