Festival de formes courtes théâtrales: mises en capsules

Festival de formes courtes théâtrales: mises en capsules au Ciné 13.

capsules)« Aujourd’hui, dit Benjamin Delacour, qui a piloté  la huitième édition de ce mini-festival, le théâtre demeure un des seuls endroits où l’on peut s’exprimer librement et dire beaucoup avec très peu.Ouvrir une petite fenêtre sur le théâtre de création, proposer un chemin simple pour découvrir, rencontrer et recommencer à aimer ceux qui créent sur scène.Le public aime le théâtre mais il a tendance à l’oublier parce que le théâtre ne vient pas à lui, ne se met pas dans une télévision ou un ordinateur. Il faut venir à lui.Les metteurs en scènes ont eu carte blanche ».
Pari tenu: au total, du 19 mai au 7 juin, seize spectacles de trente minutes chacun, avec cinq spectacles par soir; la programmation change tous les jours de façon à pratiquer une alternance d’horaire. Sur une scène peu profonde et pour une centaine de spectateurs maximum, dans un lieu tout à fait silencieux…
 Hier soir jeudi, il y avait entre autres, 3 sœurs+1, adapté d’Anton Tchekov, mise en scène de Thierry Harcourt. C’est une sorte de concentré des Trois Sœurs, avec les scènes les plus connues de la pièce, joué par trois actrices dont Julie Debazac, brillante, Noémie Delbaz, Deborh Grall et Jean-Baptiste Marcenac, lui nettement moins brillant…
Ils changent souvent de rôle: mieux vaut donc connaître la pièce, sinon on risque vite de ne pas s’y retrouver. C’est joué assez vite comme  dans la série des Tchekov montée par Christian  Benedetti, et il n’y a aucun décor sinon un portant avec le strict nécessaire de costumes. Quelques lumières et c’est tout. Donc du sans filet… Chapeau! Même si cela fait parfois penser à des comédiens qui voudraient revivre les moments merveilleux où, jeunes, ils se produisaient dans leur école de théâtre aux séances de fin d’année avec parentes et amis indulgents. Mais c’est à la fois bien dirigé par Thierry Harcourt,  et  souvent singulièrement efficace: au début surtout et à la fin avec la mort de Touzenbach, il y a de beaux moments, et ces foutues trois sœurs de la province russe, plus de cent ans après, réincarnées pour la dix millième fois, réussissent encore et toujours, même en trente minutes,  à nous arracher parfois une belle émotion. Sacré Anton…

Ensuite Marianne Epin a mis en scène Rappelez-moi le titre, déjà de Jean Bois qu’il jouait autrefois avec son égérie Dominique Constantin, et où il dévidait comme pour ses autres  pièces, un moment de sa vie amoureuse. Toujours  dans des conditions financières difficiles. Les textes de Jean Bois sont parfois de force inégale mais sa drôle de petite musique, toujours aussi merveilleusement un peu grinçante, fait maintenant partie du paysage et du patrimoine théâtral  français. Jean Bois, pas très bien vu des institutions, n’est plus très jeune ni évidemment très argenté et on l’entend donc  beaucoup moins. Dommage…
  Ici, il s’agit d’ un couple âgé. L’un comme l’autre toujours amoureux mais toujours aussi distraits, perdant tout, leurs vêtements quotidiens, voire un permis de conduire retrouvé par hasard dans une boîte de biscuits. Ils vivent dans un bordel d’objets sans valeur aucune qu’ils ne veulent ni jeter ni garder. Peur de manquer dûe à l’expérience traumatisante de la guerre transmise par leurs parents, terreur d’abandonner ce qui fait leur familier: sans doute un peu de tout cela et s’appelle de la syllogomanie.
Arrive une aide-ménagère espagnole envoyée par la mairie qui va essayer de mettre de l’ordre dans leur appartement, et qui va, (c’est contagieux!) avoir envie de garder pour elle certains objets dont ils ne veulent plus.. Ce grand rangement est d’autant plus urgent que la vieille dame et le vieux monsieur attendent leur fils qui doit venir leur présenter son amoureuse…

C’est à la fois drôle, sans prétention et d’une écriture brillante (même si cela frise parfois le théâtre de boulevard) et bien joué: Henri Courseaux, comme d’habitude, est tout à fait étonnant et crédible dès les premières répliques, et par Marianne Epin. Même s’il y a quelque facilités et des coupes pas très heureuses, on se laisse emporter par ces drôles de dialogues, à la fois  piquants et poétiques.
 Le dernier des trois spectacles que nous avons pu voir est La Fossette bleue,  écrit et mis en scène par Raphaële Moussafir,  avec Alban Aumard et et Bruno Gouery. Ce n’est pas vraiment une pièce mais plutôt une série de sketches qu’elle joue avec ses deux complices, à tour de rôle ou en même temps. Via une histoire entre Clémence, et deux jeunes collègues de bureau, Eric et Julien. Les sketches sont sans doute inégaux  mais bien menés avec des dialogues brillants, parfois presque virtuoses, où la jeune écrivaine convoque son enfance, son adolescence et ses angoisses existentielles. Aucune vulgarité, aucun temps mort  mais beaucoup d’intelligence et une belle écriture théâtrale; on pense parfois à Sacha Guitry et à Roland Dubillard. Que demande le peuple?  En tout cas, une bonne surprise…
  On vous tiendra au courant des autres spectacles de ces mises en capsules. En tout cas, c’est un petit festival assez malin, avec des vraies trouvailles. Les places sont quand même un peu chères: 21, 50 € mais il y a un tarif réduit à 14, 50 € pour au total, deux heures et demi de spectacle; donc c’est rentable, si vous avez le temps et l’envie de venir à 19h, pour  voir les cinq de suite.
L’organisation est un peu foutraque (il faut sortir et remonter les escaliers après chaque spectacle avant le suivant pour qu’on puisse faire la mise du spectacle suivant  ans être sûr de retrouver sa place!) mais bon tout se mérite, et la petite place, très calme, avec de jolies maisons anciennes de village, a quelque chose de dépaysant, à quelques minutes du boulevard Rochechouart…
Philippe du Vignal
Ciné- 13,  1 av. Junot 75018 Métro Abbesses. T: 01 42 54 15 12. Voir la programmation: http://www.misesencapsules.com/

 

 

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