Une faille, feuilleton théâtral

Une faille, feuilleton théâtral (suite et fin), Les lumières de la ville, mise en scène de Pauline Bureau.

 

On nous pardonnera de ne pas donner le générique en entier (projeté sur l’écran du spectacle): cette deuxième saison d’Une faille, a de multiples auteurs, à commencer par Mathieu Bauer, qui a lancé le projet dès sa nomination comme directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil/Centre Dramatique National. Pourquoi déployer le sigle en toutes lettres ? Parce qu’il s’agit bien d’un projet politique, inscrit dans la vocation des CDN et dans leur histoire : inventer, à partir d’une ville, un théâtre populaire.
Pari tenu avec Une faille, qui reprend les ficelles des séries, tirées ici par Sophie Maurier et deux scénaristes, Hugo Benamozig et Victor Rodenbach; ils ont eu le culot d’inscrire ce spectacle en plein milieu des chantiers qui entouraient alors le théâtre.
Fait divers à l’échelle de la ville, un immeuble s’écroule sur une maison de retraite, une demi-douzaine de personnes sont bloquées sous les décombres; sur le trottoir, le peuple demande des comptes et Hugo, un jeune secrétaire général de mairie shooté à l’ambition ne sait plus où donner du téléphone portable. Les premiers épisodes de la saison 1 mettaient en scène un grand opéra rock, avec ses hauts et ses bas, excitant, tonique, dans la lignée directe de Sentimental bourreau, la compagnie de théâtre musical de Mathieu Bauer. Vertu supplémentaire : il partage avec d’autres metteurs en scène l’outil qui lui est confié.
L’avantage de louper quelques épisodes: on retrouve la série avec d’autant plus de plaisir. Apparemment, la voilure s’est réduite : le peuple n’est plus sur scène mais dans la salle: c’est nous. Apparemment, le peuple de Montreuil continue à suivre l’affaire, qui a aussi bien fonctionné dans d’autres villes, avec les quelques ajustements nécessaires.
Donc, certains personnages de la saison 1 sont morts, d’autres ont disparu, ou sont apparus  à la saison 2, comme la juge humaniste, débordée et alcoolique anonyme, ou Victor, l’avocat. On a plaisir à retrouver Hugo, cette fois tombé au plus bas, Nathalie, la médecin, débarrassée de son notable de mari et qui sympathise beaucoup avec Nabil, ancien séquestré comme elle sous les ruines, lui-même de plus en plus cinéaste. Les personnages sont justes, assez bien dessinés pour que ça aille vite.
La série fonctionne bien, selon ses lois impératives, avec ce qu’il faut de sujets de société,  d’un peu de rock, de pas mal d’humour et d’émotion. Un personnage atteint de la « maladie des enfants de la lune » aurait pu nous faire décoller davantage, et la « maladie rare » dégager une poésie rare.
Mais le travail est fait : belle scénographie, rythme impeccable. Avec un thème sérieux, celui de la violence policière. La ville terminus de la ligne n°9 n’oublie pas ceux
qui manifestaient contre l’O.A.S., tués au métro Charonne en février 1962.
En l’absence, quand même, de l’ange du bizarre, c’est un bon spectacle, exemplaire, et trop gentil. 

 

Christine Friedel

 

Nouveau Théâtre de Montreuil, salle Maria Casarès, jusqu’au 7 juin. 01 48 70 48 90.


Archive pour 26 mai, 2014

L’atelier de Michèle Foucher à Confluences

 L’atelier de Michèle Foucher à Confluences.

 

Mai et juin : les écoles de théâtre, les conservatoires, les ateliers d’amateurs présentent leur travail. C’est en général, un peu secret, réservé aux amis et à la famille des participants. Si vous n’avez pas la chance d’en faire partie, regardez autour de vous, laissez traîner vos oreilles, cela en vaut la peine. Évidemment, vous n’aurez aucune garantie de résultat.
Le théâtre professionnel est parfois capable de vous offrir des spectacles plus académiques, alourdis par des décors ni forcément beaux ni pertinents, bref, de se tromper. L’atelier, lui, sans moyens pour financer décors ni costumes, contraint d’inventer des signes forts à partir de rien, peut, au moins, vous offrir les surprises de sa liberté.

visuel_foucherCe que pratique Michèle Foucher depuis une dizaine d’années à Confluences. Ce n’est pas pour rien qu’elle travaille sur le corps. Le corps au centre du travail de théâtre, c’est l’œuf de Colomb : matériau, sujet et objet de pensée, présence porteuse de sens… Cette fois, elle affronte la question du désir. De brefs extraits de grands auteurs contemporains, de Marius von Mayenburg à Dimitris Dimitriadis, avec un enchaînement de duos, de duels, de solitudes, sous le regard toujours présent et bienveillant du groupe.
Tous pour un, et un pour tous ; ce n’est pas une histoire de bande, comme dans Les Trois Mousquetaires, mais une réalité de la vie, qui prend toute sa force au théâtre : l’individualité se constitue du frottement avec l’autre, avec les autres. Tous, hommes et femmes, entrent sur la scène en peignoir de bain blanc, comme les patients d’une cure. Au fil des scènes, ils vont s’individualiser, puis rentrer dans le rang et en sortir à nouveau, vêtus, libérés de leur cocon. Cette libération vaut pour ce qui est joué, comme pour ceux qui le jouent. Et, comme toujours, elle vient de la rigueur : dire les textes, et les dire dans leur intégrité, dans leur rythme propre, leur énergie. Alors, on est au cœur du théâtre.
Vous ne verrez pas cet atelier  joué seulement trois fois. Mais il fallait en parler et rappeler que Michèle Foucher a réalisé des mises en scènes mémorables (La Table, En souffrance, Avant/Après, de Roland Schimmelpfennig), et que la formidable liberté et  l’inventivité des ateliers se paie au prix d’une activité clandestine.

Les vrais curieux du théâtre feraient bien de venir voir. Mais cela n’est pas possible n’importe où : c’était à Confluences, un lieu d’engagement artistique précieux, menacé de fermeture (l’association est mise en redressement judiciaire!). Il faut donner un coup de pouce, un coup de main, à ce lieu de création, de rencontres, d’inventions, où sont possibles des ateliers de cette qualité humaine et artistique.

 

Christine Friedel

 

Confluences, 190 Boulevard de Charonne, 75020 Paris. T : 01 40 24 16 46

 

 

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