Ragazzo dell’Europa

Ragazzo dell’Europa mise en scène de René Pollesch, texte en polonais.

 

photo  Etonnant: ce spectacle de très grande qualité  est  passé presque inaperçu lors de sa programmation pour trois jours en 2008, (avec un surtitrage en français) au Maillon de Strasbourg. Le texte écrit par René Pollesch, metteur en scène de la Volksbühne à Berlin permet à quatre acteurs polonais de beaux moments d’improvisation.  Pollesch a voulu  changer le rapport habituel entre  metteur en scène, acteurs et équipe technique (régisseur son, script et caméraman)  qui joue un rôle majeur ici, et il a offert, après sa création, ce spectacle à ces artistes, qui sont, à présent, totalement responsables de l’exploitation de la pièce.
Le metteur en scène revendique l’autonomie de l’acteur: «Souvent, dit-il, le metteur en scène-masculin, la plupart du temps- tire toutes les ficelles de la représentation,  et les comédiens ou comédiennes, le plus souvent, se trouvent dans un rapport d’admiration soumise par rapport à lui. Dans le théâtre, tel que je le conçois, cette position sexiste et toute-puissante est inimaginable. Pourquoi faudrait-il reproduire les mêmes processus de travail, les mêmes hiérarchies sur le plateau, qu’à l’intérieur de la société?».
Pollesch montre aussi une réelle volonté de déconstruire le rapport habituel scène-salle: pendant les deux tiers du spectacle qui dure 1h 30,  le public ne le voit qu’à travers l’œil d’une camera dont les images sont projetées sur deux panneaux fermant le plateau : à jardin un appartement bourgeois et à cour le couloir où évoluent les comédiens.
Et, au fur à mesure de l’action, chaque comédien vient jouer à l’avant-scène. Cette caméra en coulisse qui rappelle les scènes mythiques d’Opening Night de John Cassavetes, (1977), suivait le combat de Gena Rowlands entre sa vie privée et sa vie de comédienne. Il y a, chez Pollesch comme chez Cassavetes, ce même amour du jeu cruel, aux frontières du réel. Les comédiens s’interpellent, et parlent de la façon qu’ils ont de concevoir leurs rôles, et des contenus dramaturgiques.
D’autres références cinématographiques sont perceptibles comme  dans la scène  où Valentina Cortese oublie sa réplique de La Nuit Américaine de François Truffaut (1973). On reconnaît la musique de ce film et celle du Mépris de Jean-Luc Godard: la bande-son rythme un jeu sans cesse survolté. Séquences de films, extraits de chansons et d’émissions de téléréalité et citations philosophiques s’entremêlent, interprétés par des comédiens exceptionnels : Aleksandra Konieczna, Agnieszka Podsladlik, Piotr Glowascki, et Tomasz Tyndyk.
Le spectacle pose aussi la question de la place de l’acteur dans notre société et le metteur en scène soulève des  questions très actuelles: « Comme artistes, nous sommes des sujets paradigmatiques de la volonté économique,  dit René Pollesch, et nous agissons de façon néolibérale: nous sommes responsables de notre propre existence, nous travaillons plus que nous n’en avons envie, nous sommes capables de faire des heures supplémentaires en permanence parce que nous sommes animés par un rêve. Épanouissement personnel et auto-exploitation se confondent chez l’artiste ».
« C’est là le désir même de la politique néolibérale qui souhaite que les agents d’une société se comportent de manière autonome, qu’ils tirent leur énergie d’eux-mêmes, que l’Etat n’ait plus besoin de leur verser des allocations et qu’ils deviennent leur propre entreprise. C’est pour cela qu’il faut remettre à plat nos propres conditions de travail.»
Il serait utile que nous puissions découvrir Ragazzo dell’Europa dans notre hexagone…

 

Jean Couturier

 TR Warszawa

www.trwarszawa.pl

 


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