The King and I, (le Roi et moi)

The King and I, (le Roi et moi) mise en scène de Lee Blakeley (en anglais surtitré),  livret d’Oscar Hammerstein, d’après le roman de Margaret Landon, Anna and the king of Siam,  musique de Richard Rodgers.

photoLe spectacle, un peu long (3 h 10), respecte  les séquences de cette comédie musicale créée à  Broadway en 1951 Cette histoire d’amour contrariée entre Rama IV, le roi de Siam de 1862 à 1876, et la préceptrice de ses enfants, Anna Leonowens, symbole d’une femme émancipée de l’Angleterre victorienne, a connu un succès important à New York avec Yul Brynner. Il avait  joué plus de 4.000 fois le rôle-titre!  Avec Gertrude Lawrence puis Deborah Kerr, dans le film tiré de la pièce.
La mise en scène est fluide, il y a d’excellents décors de Jean-Marc Puissant et de très beaux costumes de Sue Blane.  Le public est plongé dans un passé asiatique, et cela rappelle  le film); le spectacle a quelque chose de  chic et d’un peu kitch, avec inflation de dorures. Parfois caricatural dans sa vision de l’Asie, il correspond à l’esprit de cette comédie musicale à l’insouciance joyeuse des années cinquante.
L’orchestre Pasdeloup et le chœur du Châtelet accompagnent les chanteurs, en particulier dans les deux standards attendus: 
I whistle a happy Tune et Shall we dance. Les cheveux blancs de Lambert Wilson contrastent avec le crâne rasé de Yul Brynner qui, à cette occasion, avait découvert le pouvoir séducteur d’un tel crâne.
Lambert Wilson interprète le rôle mythique du roi, et est vraiment très à l’aise en anglais, (il fit ses études théâtrales au Drama Centre de Londres). Sa présence sur scène est imprégnée d’une certaine douceur qui ne correspond pas toujours à l’idée que l’on se fait d’un tel monarque. Il joue, danse, et chante comme un acteur anglo-saxon. Susan Graham, mezzo-soprano américaine réputée, était remplacée, ce soir là, par Christine Buffle dans le rôle d’Anna.
Et c’est surtout Je Ni Kim que le public a remarquée dans le rôle de l’esclave birmane : fragile et dotée d’une très belle voix, elle transmet une vraie émotion à chacun de ses passages. Le chœur d’enfants et les danseuses qui accompagnent la distribution sont à l’unisson et mettent en valeur un travail d’ensemble très professionnel dans un domaine délicat: la comédie musicale américaine.

Jean Couturier

Théâtre du Châtelet jusqu’au 29 juin

 


Archive pour 25 juin, 2014

L’Annonce faite à Marie

 L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel, mise en scène  d’Yves Beaunesne

 

 

lannonce_hd9_cguy_delahaye   Nouveau directeur du Centre Dramatique National de Poitou-Charentes, Yves Beaunesne, monte aujourd’hui la version de 1912 de L’Annonce faite à Marie de Claudel, version qui fait suite aux deux premières intitulées La Jeune Fille Violaine. La pièce énigmatique et mystique est « un mystère en quatre actes et un prologue ».
Avec un cheminement vers la sainteté de la jeune fille Violaine qui porte sur son corps la fleur fatale et violette pour avoir donné un baiser charitable au lépreux, l’architecte et bâtisseur de cathédrales, Pierre de Craon (Damien Bigourdan) qui, l’année passée, l’avait courtisée de façon trop empressée.
Dans ce cadre moyenâgeux, entre fin de guerre de Cent ans et passage de Jeanne d’Arc vers Reims pour le sacre du Roi, la douce figure juvénile (Judith Chemla) est étrangement persécutée par sa sœur Mara – subtile Marine Sylf -, amoureuse amère du promis à l’aînée, Jacques Hury (Thomas Condemine).
Le père patriarche, (Jean-Claude Drouot) a donné au jeune homme sa première fille et son domaine, avant de partir pour Jérusalem. De son côté, la mère,  (Fabienne Lucchetti), protège désespérément la sœur jalouse.
Répudiée par son fiancé, Violaine survit dans l’abandon d’une grotte mais la haine sororale la destine à la mort, quoiqu’elle ait ressuscité l’enfant de la sœur maudite.
La mise en scène de Yves Beaunesne exploite avec force ce drame rustique et symbolique, caverne florale pleine de songes, de pensées et d’images.
La scénographie de Damien Caille-Perret, soutenue par les lumières de Joël Hourbeigt et la création vidéo de Mammar Benranou,  traduit l’enchantement de cette vision mystique et onirique, faisant du sol un espace renversé de forêt, un paysage de troncs et de courbes, un décor à plat de bois et de de brindilles à ramasser. Entre les situations jouées sur la scène et le lointain des secrets inavoués, un rideau translucide sépare l’espace, et l’on devine des silhouettes cachées, la sœur qui surveille sans être vue et la mère morte invisible qui pose en majesté.
L’enfant recouvrera la vie dans une froide nuit de Noël: les réalités religieuses et l’univers du sacré se nouent  de façon étrange dans le creux fantastique du rêve. La jeune fille, vêtue cérémonieusement, croyait-on, pour ses épousailles – robe blanche étincelante de brillants, couronne, chasuble et étole  et  la mère porte l’habit d’apparat des funérailles et du départ de ce monde : la vie et la mort, c’est tout un. Grâce à la foi chrétienne, à l’amour du verbe et de l’absolu, la pièce, servie par la mise en scène de Yves Beaunesne, révèle les ravages du Mal absurde sur l’humanité qui échappe ainsi au Bien : le baiser au lépreux, la méchanceté d’une sœur envers l’autre, la mort provoquée …
La version de 1912, préfacée par Michel Autrand (Folio Théâtre), dévoile un théâtre total où les couleurs, les figures et les acteurs qui chantent aussi, et bien, en solo ou en chœur, des chansons anciennes et rustiques sur la musique envoûtante  au violoncelle de Myrtille Hetzel et Clotilde Lacroix.
Une belle Annonce faite à Marie

 

Véronique Hotte

 

Théâtre des Bouffes du Nord, du 24 juin jusqu’au 19 juillet à 20h30, dimanche à 16h. Tél : 01 46 07 34 50

 

 

 

Présentations de saisons : Théâtre 71 Malakoff, Théâtre de la Commune, Aubervilliers.

Présentations de saison : Théâtre 71 de Malakoff, Théâtre de la Commune d’Aubervilliers.

 

 

cbkC’est le moment : pour beaucoup de théâtres (surtout en Île-de-France), les bonnes résolutions de rentrée se prennent dès le mois de juin. Bilans et surtout projets défilent, avec le collier de perles des spectacles. C’est partout le même cérémonial ? On s’y ennuie ? On aurait tort.
Prenons l’exemple de deux villes et de deux théâtres très différents et très proches à la fois. Avec deux points communs qui n’en font qu’un : un beau public, un vrai public dans une municipalité qui aime et défend son théâtre et ses habitants.
À Malakoff, on voit se dessiner la saison irréprochable d’une scène nationale qui vit bien, raisonnablement à l’aise dans les échanges entre les disciplines et les indisciplinés –à quoi appartiendrait Le grand fracas issu de rien ? de Pierre Guillois- et entre les réseaux. Pour la création, danse, théâtre, musique…, Malakoff a sa Fabrique des arts. Pour les invités, ses fidèles, Jacques Vincey, par exemple, nouveau directeur du CDN de Tours, avec Yvonne Princesse de Bourgogne de Gombrowicz ou le suisse Jean Liermier et son Malade imaginaire.
Pierre-François Roussillon, le directeur de Malakoff, conduit la barque, chargée comme il faut. Ici, le public se retrouve en famille, entre amis, dans une sorte de tendresse et de fierté qui ne tombent pas de la lune, mais d’un travail continu, depuis quarante-trois ans. L’institution, née de la décentralisation et de la démocratisation des arts, marche, et bien.
Theatre-de-la-Commune-Centre-dramatique-national-d-Aubervilliers-Aubervilliers_w258h247C’est évidemment vrai aussi pour le Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers, dans un tout autre style. Marie-José Malis, sa nouvelle directrice, a posé résolument les bases de son projet : nous avons un travail à faire ensemble, artistes et public, « mûrir dans le désir d’un monde ». Nous avons, dit-elle, « beaucoup de muscles pour la critique », et peu pour le possible.

Dans cette visée, le spectacle n’est pas un divertissement, mais une hypothèse à suivre, à partager, à débattre. Si elle a choisi Hyperion de Hölderlin, c’est pour l’éclairage sans reniement ni nostalgie que la pièce porte sur l’échec de la Révolution française. C’est « faire usage du théâtre » : chercher des ressources de pensée pour aujourd’hui dans des textes qui rendent compte de façon lumineuse de la complexité du monde.
L’ambition et sérieuse, et surtout pas refermée sur une élite : comme à son origine, Gabriel Garran et Jack Ralite étaient là pour en témoigner, et pour adouber le nouveau projet, le théâtre ne peut interroger la ville que s’il lui est ouvert. D’abord le bâtiment : le restaurant sera ouvert à midi, pour ceux qui travaillent dans le quartier, et non plus seulement pour les spectateurs du soir, et l’après-midi, aux associations. Mais surtout, ce que Jack Ralite appelle « le courage de la création et de la connaissance en actes », ce qui définit le projet même de Marie-José Malis, les artistes auront, encore et encore, à chercher la matière, le feu de leur travail dans cette Commune si bien nommée, dans la force méconnue du peuple d’Aubervilliers.

Et un souhait « énorme » : que le théâtre redonne toute sa valeur au terme « intellectuel » ! Pensons, réfléchissons, les amis, cela vaudra mieux que de se fier à de tristes idées. Et n’ayons pas peur des grands mots : ils sont les bienvenus en cette période désabusée, pour nous faire sortir la tête de l’eau. Marie-José Malis a un an pour bousculer les habitudes et inventer de nouvelles pratiques d’alliance entre artistes et spectateurs, pour fêter en 2015 et dans une vraie joie, les cinquante ans d’un théâtre exemplaire. Et le talent du public, que l’on redécouvre à l’occasion de ces présentations de saison.

 

Christine Friedel

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