L’Annonce faite à Marie

 L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel, mise en scène  d’Yves Beaunesne

 

 

lannonce_hd9_cguy_delahaye   Nouveau directeur du Centre Dramatique National de Poitou-Charentes, Yves Beaunesne, monte aujourd’hui la version de 1912 de L’Annonce faite à Marie de Claudel, version qui fait suite aux deux premières intitulées La Jeune Fille Violaine. La pièce énigmatique et mystique est « un mystère en quatre actes et un prologue ».
Avec un cheminement vers la sainteté de la jeune fille Violaine qui porte sur son corps la fleur fatale et violette pour avoir donné un baiser charitable au lépreux, l’architecte et bâtisseur de cathédrales, Pierre de Craon (Damien Bigourdan) qui, l’année passée, l’avait courtisée de façon trop empressée.
Dans ce cadre moyenâgeux, entre fin de guerre de Cent ans et passage de Jeanne d’Arc vers Reims pour le sacre du Roi, la douce figure juvénile (Judith Chemla) est étrangement persécutée par sa sœur Mara – subtile Marine Sylf -, amoureuse amère du promis à l’aînée, Jacques Hury (Thomas Condemine).
Le père patriarche, (Jean-Claude Drouot) a donné au jeune homme sa première fille et son domaine, avant de partir pour Jérusalem. De son côté, la mère,  (Fabienne Lucchetti), protège désespérément la sœur jalouse.
Répudiée par son fiancé, Violaine survit dans l’abandon d’une grotte mais la haine sororale la destine à la mort, quoiqu’elle ait ressuscité l’enfant de la sœur maudite.
La mise en scène de Yves Beaunesne exploite avec force ce drame rustique et symbolique, caverne florale pleine de songes, de pensées et d’images.
La scénographie de Damien Caille-Perret, soutenue par les lumières de Joël Hourbeigt et la création vidéo de Mammar Benranou,  traduit l’enchantement de cette vision mystique et onirique, faisant du sol un espace renversé de forêt, un paysage de troncs et de courbes, un décor à plat de bois et de de brindilles à ramasser. Entre les situations jouées sur la scène et le lointain des secrets inavoués, un rideau translucide sépare l’espace, et l’on devine des silhouettes cachées, la sœur qui surveille sans être vue et la mère morte invisible qui pose en majesté.
L’enfant recouvrera la vie dans une froide nuit de Noël: les réalités religieuses et l’univers du sacré se nouent  de façon étrange dans le creux fantastique du rêve. La jeune fille, vêtue cérémonieusement, croyait-on, pour ses épousailles – robe blanche étincelante de brillants, couronne, chasuble et étole  et  la mère porte l’habit d’apparat des funérailles et du départ de ce monde : la vie et la mort, c’est tout un. Grâce à la foi chrétienne, à l’amour du verbe et de l’absolu, la pièce, servie par la mise en scène de Yves Beaunesne, révèle les ravages du Mal absurde sur l’humanité qui échappe ainsi au Bien : le baiser au lépreux, la méchanceté d’une sœur envers l’autre, la mort provoquée …
La version de 1912, préfacée par Michel Autrand (Folio Théâtre), dévoile un théâtre total où les couleurs, les figures et les acteurs qui chantent aussi, et bien, en solo ou en chœur, des chansons anciennes et rustiques sur la musique envoûtante  au violoncelle de Myrtille Hetzel et Clotilde Lacroix.
Une belle Annonce faite à Marie

 

Véronique Hotte

 

Théâtre des Bouffes du Nord, du 24 juin jusqu’au 19 juillet à 20h30, dimanche à 16h. Tél : 01 46 07 34 50

 

 

 

 


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