Macbeth/Mansai Nomura

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Macbeth d’après l’œuvre de William Shakespeare, adaptation et mise en scène de Mansai Nomura, traduction des surtitrages en français de Miako Siocombe

 

Macbeth-290x290Produit par le Setagaya Public Theatre de Tokyo (voir Le Théâtre du Blog), le spectacle  créé il y a deux ans, a été réalisé par Mansai Nomura, un acteur des plus importants du cinéma, japonais, notamment dans Ran d’Akira Kurosawa, et du théâtre japonais, en particulier  du kyogen ( théâtre comique traditionnel) qu’il a abordé dès l’enfance.
Il a une grande admiration pour Shakespare, et avait déjà monté La Comédie des erreurs et Richard III.
Pour Macbeth, il a conçu une mise en scène des plus épurées, à partir d’un texte réduit à 90 minutes, et avec seulement cinq acteurs, soit lui-même dans Macbeth. Natsuko Akiyama, joue, elle, Lady Macbeth. C’est une actrice célèbre au Japon  et on pourra la voir  en 2015, dans Egg mise en scène par Hideki Noda au Théâtre National Chaillot. Et il y a trois excellents comédiens: Keitoku Takata, Keiji Fukushi et Keita Kobayashi, venus d’un autre milieu théâtral, celui du grand Shûji Terayama, cinéaste et dramaturge, créateur de la compagnie Tenjö Sajiki, décédé en 1983,  et que l’on avait vu autrefois à Paris, notamment dans Marie-Vison.
Ils jouent tous les autres rôles, en particulier les trois sorcières qui sont  très souvent en scène, et qui rappellent les personnages traditionnels de fantômes d’une partie du théâtre nô. Avec changement à vue de costumes pour endosser les autres personnages. Il y a juste quelques éléments de décor, des costumes somptueux,  et quelques accessoires; la mise en scène est donc focalisée sur le jeu. Ce qui donne un spectacle réglé avec la précision habituelle au théâtre japonais, qui rappelle l’esthétique du nô, avec une interprétation virtuose, et des plus ciselées.
Mais  les images qui se veulent impressionnantes, ne sont pas vraiment fortes: fumigènes, musique enregistrée omni-présente.. Et, comme le texte de la pièce est réduit à sa plus simple expression, cela  brouille les pistes et rend les dialogues finalement assez peu convaincants.
Macbeth est loin d’être une pièce facile-  on a eu encore récemment la preuve! – mais la mise en scène de Mansai Nomura, pour respectable qu’elle soit, a quelque chose d’un peu sec et de démonstratif et n’a pas vraiment emporté notre adhésion  ni celle  du public…

 

Philippe du Vignal

Spectacle joué  à la Maison de la Culture du Japon les 13 et 14 juin.

 


Archive pour 27 juin, 2014

La douzième bataille d’Isonzo d’Howard Barker

La douzième bataille d’Isonzo d’Howard Barker,  texte français de  Mike Sens, mise en scène de Guillaume Dujardin

f-937-5368fd64e32f8Howard Barker, 68 ans,  de la même génération  qu’Edward Bond et Harold Pinter  a écrit quelque  cinquante pièces,  poésie, opéra et est maintenant bien connu en France. Dans ce « théâtre de la catastrophe »,  comme il dit, évoluent des personnages souvent assez cruels mais intelligents , et son théâtre  parle  de violences  réelles et bien visibles, ou que l’on devine. Le titre  de celle-ci est celui d’une bataille en 1917 en Italie qui opposait les Italiens aux armées autrichienne et allemande. Isonzo est le nom d’un fleuve et Tenna celui d’une commune et ici les prénoms de l’homme et de la femme de cette pièce.
Il y a donc ici une jeune fille de 17 ans et  un vieil homme, dont c’est le douzième mariage. A une différence d’âge considérable, s’ajoute un fait peu fréquent: il sont aveugles tous les deux et cela va être leur nuit de noce. Ils parlent beaucoup, se dévoilent et se cachent l’un de l’autre: sur fond de violent désir sexuel, de provocation érotique, et de passion  amoureuse. Et tout cela,  sans se  voir et  sans être vu de l’autre. C’est dire si le corps, prend alors une importance unique.  » Que le désir fasse le corps, dit Michel Onfray, après que le corps fut fait par le désir, bien que nous sachions qu’en forme de boucle, l’un induise l’autre en permanence. C’est tout l’enjeu de cette bataille à laquelle vont se livre ce couple à quelques mètre devant nous.
Mais comment penser le corps de l’autre quand on ne peut le voir? De façon ob-scène au sens étymologique. Mais avec la seule force du langage, incisif, virulent et souvent assez cru.  A la fin, Tenna apparait absolument nue, magnifique, juste chaussée d’escarpins, et qu’Isonzo lui dit qu’en fait, il n’est pas aveugle. Sans qu’on puisse évidemment  savoir si c’est vrai…. « Mon âme, c’est moi, c’est mon corps tout entier,  écrivait Artaud quand il était interné à l’hôpital de Rodez, aujourd’hui détruit, tout près du musée  Soulages qui vient d’être inauguré.
Cela se passe dans la cave d’un immeuble des années 60. Nous  sommes accueillis très cordialement par le propriétaire de cet appartement au rez-de chaussée qui possède un petit jardin où poussent des pieds de salade. Si, si c’est vrai même si on est dans un immeuble des années 60 en plein 18 ème On descend par un escalier en spirale qui nous conduit dans un grand sous-sol où sont soigneusement rangées des cartons et des outils de bricolage.. Pas de scène bien sûr, deux remarquables comédiens: Pearl Manifold et  Christian Pageault . Il y a  juste un éclairage halogène doux et quelque vingt chaises occupées par neuf  spectatrices  et neuf  spectateurs. La mise ne scène de Guillaume Dujardin est précise et efficace, et très vite une certaine connivence s’établit dans le public, visiblement content d’assiset comme témoins privilégiés de ces scènes d’amour pour le moins inhabituelles.
Sans doute le texte de Barker est-il parfois un peu bavard mais les deux acteurs sont si justes qu’on se laisse vite prendre.  Le nombre de représentations est forcément limité puisque le propriétaire de la cave habite son appartement mais on a l’impression d’assister à une soirée privilégiée, sans aucune esbrouffe où le mot théâtre a encore une signification. En tout cas, c’est une belle idée que  ce théâtre dans une cave, et le grand Tadeusz Kantor qui joua plusieurs de ses pièces dans  une cave de Cracovie, aurait apprécié…

Philippe du Vignal.

 Le Théâtre d’Howard Barker est édité chez Actes Sud et aux Editions théâtrales.

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