Palermo Palermo

Palermo Palermo, chorégraphie de Pina Bausch par le Tanztheater de Wuppertal

 

photoChaque soir, en début de spectacle, le personnel du Théâtre de la Ville mêlé aux danseurs de la troupe de Wuppertal demandent solennellement la renégociation du statut des intermittents du spectacle en France.
Demande qui devient théâtrale quand chacun retire son soulier  pour signifier l’aspect handicapant de la situation!
Pina Bausch a créé le spectacle en 1989, après la chute du mur de Berlin, en certifiant que l’idée scénographique du début avait été conçue préalablement à cet événement politique international.
Nous retrouvons ici une dizaine de danseurs présents à l’époque. Notre mémoire sensorielle et affective a été définitivement impressionnée par les images du spectacle. Une partie du public vient applaudir ces danseurs qu’il côtoie comme des membres d’une famille lointaine, mais récurrente, grâce à leur visite annuelle au Théâtre de la Ville.
La grande intelligence de ces artistes est de garder avec les spectateurs une amitié distante. Chaque soir? on applaudit la performance et sa propre mémoire du passé, car ils sont rares, les artistes qui, comme Pina Bausch, ont marqué plusieurs générations. Parmi ce Panthéon des disparus, Tadeusz Kantor, Giorgio Strehler, ou Patrice Chéreau. Qu’adviendra-t-il de cette troupe dans l’avenir?  Personne n’ose se poser la question!
En résidence à Palerme durant presque un mois, l’équipe de Pina Bausch s’était inspirée de cette ville-musée où la mort rode à chaque coin de rue. La cité sicilienne a donné matière à la créativité de chacun des danseurs, mélangeant leurs expériences de vie personnelle et des fragments de la culture locale, pour créer des images indélébiles, comme ces groupes d’hommes et de femmes qui se tiennent par le bras, chacun portant en équilibre sur sa tête une pomme, et qui nous regardent dans les yeux, fixement.
Ou encore cette danse tragique de souffrance sur une musique venant d’Écosse. Les musiques nous font voyager, en Sicile, bien sûr, mais aussi en Afrique ou au Japon, et ont toujours ce même pouvoir envoûtant, en particulier quand six pianos droits entament un extrait du Concerto pour piano de Tchaïkovski.
Comment réagit la jeune génération qui découvre la troupe de Wuppertal, la fascination est-elle identique? Un bref entretien avec deux  spectatrices de treize ans, à l’entracte, le prouve que le charme opère toujours.  « J’avais vu des images de Pina Bausch en film mais jamais sur scène ; on ne comprend pas tout mais cela nous intéresse, et il y a de beaux moments». Le pouvoir émotionnel de l’œuvre demeure intact même sur une durée de trois heures! Les drogués de Pina Bausch pourront retrouver le Tanztheater de Wuppertal à l’Opéra de Paris en début de saison prochaine puis au Théâtre du Châtelet et au théâtre de la Ville en mai 2015, et il faudra en profiter pleinement. Le jour où peut-être la troupe s’arrêtera, tous orphelins des nos sens, nous ne pourrons plus que vivre dans le souvenir, en pensant au titre du très beau film d’Ettore Scola (1974) Nous nous sommes tant aimés.

 

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 5 juillet


Archive pour 28 juin, 2014

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Palermo Palermo, chorégraphie de Pina Bausch par le Tanztheater de Wuppertal

 

photoChaque soir, en début de spectacle, le personnel du Théâtre de la Ville mêlé aux danseurs de la troupe de Wuppertal demandent solennellement la renégociation du statut des intermittents du spectacle en France.
Demande qui devient théâtrale quand chacun retire son soulier  pour signifier l’aspect handicapant de la situation!
Pina Bausch a créé le spectacle en 1989, après la chute du mur de Berlin, en certifiant que l’idée scénographique du début avait été conçue préalablement à cet événement politique international.
Nous retrouvons ici une dizaine de danseurs présents à l’époque. Notre mémoire sensorielle et affective a été définitivement impressionnée par les images du spectacle. Une partie du public vient applaudir ces danseurs qu’il côtoie comme des membres d’une famille lointaine, mais récurrente, grâce à leur visite annuelle au Théâtre de la Ville.
La grande intelligence de ces artistes est de garder avec les spectateurs une amitié distante. Chaque soir? on applaudit la performance et sa propre mémoire du passé, car ils sont rares, les artistes qui, comme Pina Bausch, ont marqué plusieurs générations. Parmi ce Panthéon des disparus, Tadeusz Kantor, Giorgio Strehler, ou Patrice Chéreau. Qu’adviendra-t-il de cette troupe dans l’avenir?  Personne n’ose se poser la question!
En résidence à Palerme durant presque un mois, l’équipe de Pina Bausch s’était inspirée de cette ville-musée où la mort rode à chaque coin de rue. La cité sicilienne a donné matière à la créativité de chacun des danseurs, mélangeant leurs expériences de vie personnelle et des fragments de la culture locale, pour créer des images indélébiles, comme ces groupes d’hommes et de femmes qui se tiennent par le bras, chacun portant en équilibre sur sa tête une pomme, et qui nous regardent dans les yeux, fixement.
Ou encore cette danse tragique de souffrance sur une musique venant d’Écosse. Les musiques nous font voyager, en Sicile, bien sûr, mais aussi en Afrique ou au Japon, et ont toujours ce même pouvoir envoûtant, en particulier quand six pianos droits entament un extrait du Concerto pour piano de Tchaïkovski.
Comment réagit la jeune génération qui découvre la troupe de Wuppertal, la fascination est-elle identique? Un bref entretien avec deux  spectatrices de treize ans, à l’entracte, le prouve que le charme opère toujours.  « J’avais vu des images de Pina Bausch en film mais jamais sur scène ; on ne comprend pas tout mais cela nous intéresse, et il y a de beaux moments». Le pouvoir émotionnel de l’œuvre demeure intact même sur une durée de trois heures! Les drogués de Pina Bausch pourront retrouver le Tanztheater de Wuppertal à l’Opéra de Paris en début de saison prochaine puis au Théâtre du Châtelet et au théâtre de la Ville en mai 2015, et il faudra en profiter pleinement. Le jour où peut-être la troupe s’arrêtera, tous orphelins des nos sens, nous ne pourrons plus que vivre dans le souvenir, en pensant au titre du très beau film d’Ettore Scola (1974) Nous nous sommes tant aimés.

 

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 5 juillet

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