Le Prince de Hombourg

 Festival d’Avignon:

Le Prince de Hombourg d’Henrich von Kleist, version française d’Eloi Recoing et Ruth Orthmann mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti.

140701_rdl_0562Dernière pièce du génial Kleist,  inspirée des mémoires de Frédéric II, elle fut créée en 1821, soit dix ans avant le suicide de l’écrivain à 34 ans, et fait partie du mythe du T.N.P. et de la Cour d’Honneur du palais des papes où la joua en 1951, Jeanne Moreau (Nathalie) et Gérard Philipe dans le rôle titre et Jean Vilar dans celui du Prince électeur. Il en fit aussi la mise en scène. La création de cette pièce en France, juste après la seconde guerre,  résonne encore, mais elle est rarement jouée.
C’est l’histoire d’un Prince, Frédéric de Hombourg qu’on retrouve la veille d’une bataille contre les Suédois, hagard, en pleine crise de somnambulisme. Sa fiancée, Nathalie, laisse tomber près de lui un de ses gants. Il semble errant et  quand il sort de son rêve, il est troublé par ce gant sur le sol le trouble et n’écoute pas les recommandations qu’on lui fait sur le combat à mener.  Son oncle  qui est le chef de l’État et donc des armées  veut que  cette indiscipline soit punie de façon exemplaire. Mais il laisse le choix du châtiment à Frédéric qui préfère mourir.
Mais quand il il ôtera le bandeau que le bourreau lui a mis sur les yeux, il voit soudain qu’il est conduit à son mariage avec Nathalie. « Ce n’est pas,  dit Corsetti, un héros positif ,tel que les Allemands avaient envie de le voir. Il y a eu beaucoup de critiques contre la vision de Kleist. Aujourd’hui, je crois qu’on est ailleurs. Nous serions plutôt face à une série d’actes manqués, de chutes, là où la victoire n’est pas méritée, puisqu’elle est obtenue contre les ordres reçus et presque par erreur. Si la vie est une guerre, une bataille est un épisode de la vie. Pour la gagner, il il nous faut suivre une impulsion, aller contre les ordres du père, et c’est pour cela qu’on est condamné. la pièce commence dans un rêve et se termine par un évanouissement. on se retrouve dans les lieux obscurs de l’inconscient ».

Mais Corsetti  ne tient pas à entrer dans  la vision politique de la pièce,  quand Kleist avait décidé de l’écrire en l’honneur des Hohenzollern, pour les inciter à entrer dans la guerre de  l’Autriche contre Napoléon, en s’inspirant des Mémoires de Frédéric II. et il a eu raison.  Il y a des militaires en uniforme mais d’époque indéterminée, comme les drapeaux gris et ocre, un peu tristounets comme les robes de Nathalie et de l’Electrice ,vaguement 1930.
Ce qui intéresse davantage Giorgio Barberio Corsetti, c’est cette luttte entre le monde réel où ne veut pas, et où ne peut sans doute pas non plus entrer ce prince en proie aux rêves. La pièce n’est pas du genre facile à monter car elle procède d’une écriture résolument moderne  où les scènes se succèdent dans beaucoup de lien, dans une construction par moments presque filmique mais nourrie de poésie.

  La mise en scène de Corsetti privilégie aussi l’aspect plastique en nourrissant, comme il l’a toujours fait,  ce spectacle, d’images vidéo et d’éléments  scénographiques importants: ainsi le Prince caracole sur une cheval surdimensionné et  dont le dessin est projeté sur le mur de la grande cour, il y a aussi ,sans que cela soit vraiment justifié ,un grand dessin de traits brisés rouge vif en laser. A la fois, impressionnant de virtuosité facile (le mur de la grande Cour est un formidable résonateur d’images visuelles et lumineuses) mais pas très utile, comme ces maniements trop fréquents de praticables et d’escaliers qui cassent  un rythme déjà un peu lent.
  Du côté distribution, le contrat est rempli. C’est Xavier Gallais qui reprend le rôle qu’il avait joué avec Mesguisch, et c’est  Eléonore Joncquez qui joue la Princesse Nathalie d’Orange, et Anne Alvaro, l’Electrice. Mais tout semble un peu terne et convenu, et l’ensemble de la mise en scène a quelque chose d’appliqué, sauf à la fin. Quand nous épargnera-t-on ces foutus micros HF, qui ne servent strictement à rien, uniformisent les voix et qui n’arrangent pas les choses?  (On se demande comment Jean Vilar et ses successeurs pouvaient y arriver et fort bien!).
Bref, une création honnête mais un peu ennuyeuse, à laquelle il manque un véritable élan vital, mais qui bénéficie du cadre majestueux et  exceptionnel de la cour d’honneur. Pas vraiment convaincante, et bien trop longue: deux heures et demi… On rêvait mieux en termes d’hommage à Vilar.
Le public d’Avignon toujours indulgent mais lucide, n’a pas non plus applaudi frénétiquement. Ne rêvons pas: Corsetti n’est ni Ostermeier ni Langhoff qui se seraient emparés de la grande cour avec  plus de fougue et d’ambition. 

  La  première représentation d’hier soir a débuté par une courte prise de parole, remarquablement mise en scène et impressionnante de dignité, des quelques soixante intermittents, artistes et techniciens du spectacle, sobre et d’efficace à la fois et longuement applaudie par le public. Ils ont rappelé sèchement à Manuel Vals qu’ils n’étaient pas dupes  et qu’ils ne voulaient pas  signer d’abord pour négocier ensuite, et que, solidaires, ils refusaient la prise en charge de leur différé d’indemnisation chômage par l’Etat, c’est à dire les contribuables. Ils ont aussi « gentiment » remis sa place le Medef.
Bravo, bien vu et bien dit.

Philippe du Vignal

Cour d’Honneur jusqu’au 13 juillet sauf le lundi 7, et ensuite au Théâtre des Gémeaux/Sceaux, au Théâtre Liberté à Toulon, au T.N.P. de Villeurbanne et au Théâtre de la Place à Liège.

 


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