Le Sorelle Macaluso – Les Sœurs Macaluso

sorelle

Festival  Avignon In

Le Sorelle Macaluso (Les Sœurs Macaluso), texte, mise en scène et costumes d’Emma Dante

 

La scène reste dans l’ombre, juste éclairée par les armes rutilantes (jouets d’enfants,) soigneusement rangées deux par deux – épée et bouclier -, tels les signes identifiables du théâtre de marionnettes sicilien – l’Opera dei Pupi – une forme de théâtre populaire dont les protagonistes sont les chevaliers du Moyen Âge.
La Sicilienne Emma Dante  considère le personnage du marionnettiste – il Puparo – comme crucial, et les sept sœurs Macaluso, leur mère, leur père et un petit-fils, sont traitées scéniquement  comme des marionnettes manipulées par des adultes mais aussi entre elles-mêmes.
Alessandra Fazzino, danseuse épanouie envahit le vaste espace de sa danse à la fois ample et désarticulée, tournant sur elle comme une toupie qui ne réduirait jamais sa lancée. Figure pleinement vivante et autonome. Autour d’elle, les  sept sœurs Macaluso, vêtues virilement de pantalons et de vestes noirs de deuil – accompagnent, par groupe de quatre ou  cinq, l’un des leurs à sa dernière demeure en brandissant haut un crucifix macabre : peut-être l’enterrement de leur mère ou de leur neveu.
Les  sept sœurs se lancent ensuite sans merci dans des batailles de chiffonniers chorégraphiées dans la violence. Elles n’ont rien à cacher d’elles-mêmes, transparentes les unes aux autres, comme des miroirs de galeries de glaces. L’action se déroule dans la Sicile traditionnelle du vingtième siècle jusqu’à nos jours, pays méditerranéen rageusement attaché à ses tradition: matriarcat et pouvoir de l’Eglise dans un contexte de pauvreté chronique.
Pourtant les femmes, soumises à leur homme – père, fils ou amant – ont le sentiment de mener véritablement la danse,  en commentant les travaux et les jours de la maisonnée et  du  village.
Les filles de la maison Macaluso prennent plaisir à se moquer des autres, dont leur père veuf, qui s’acquitte tant bien que mal de la gestion domestique de sa progéniture. Une fois les obsèques passées, les sœurs  quittent leur costume sombre pour frimer, en petite robe printanière ou  maillot de bain coloré. Elles s’amusent, face au public, rangées comme des marionnettes articulées qui seraient absolument décomplexées. Rien ne compte plus  alors  pour elles que leurs relations d’amour et de haine, de mensonge et de vérité, d’exposition et de don complet de soi à leurs sœurs.
Les femmes et les deux hommes maîtrisent ici la danse vivace et inlassable de leur corps engagé dans la vie,  courant, hurlant, chantant et se jetant dans les bras des uns des autres, avant de s’éloigner ou  de s’éviter encore.
Ces femmes ne se donnent pas faussement en spectacle, mais sont un spectacle à elles seules : solo, duo et chœur. Partageant le temps de la vie entre elles, attachées à leurs traditions et à leur famille, seul pilier de survie.
Une mise en scène vivante et tonique qui, grâce à une envolée de gestes et de mots en langue palermitaine, tourne à un caquetage sublime, à la fois trivial, impudique et poétique.

 

Véronique Hotte

Gymnase du lycée Mistral, les 12,13, 14 et 15 juillet.

 

 

 


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