L’Homme semé

L'Homme Semé©Thierry Grand-IMGP7919

L’Homme semé , Looking for Œdipe Tragically, texte et mise en scène de Dominique Wittorski.

 

Dominique Wittorski et sa bande, Alexandre Aflalo, Charlotte Blanchard, Serge Gaborieau, Fabien Joubert, Bruno Rochette et Olivier Ythier – s’en sont donné à cœur joie pour revisiter joyeusement le mythe symbolique d’Œdipe à sa source. Sophocle raconte la quête d’Œdipe, roi de Thèbes,  pour retrouver le meurtrier de son prédécesseur sur le trône, le roi Laïos. Le Tragique grec n’est pas dupe et manie l’ironie à souhait,  puisque l’enquêteur et le meurtrier ne font qu’un. Le roi Laïos n’est autre que le père du bourreau et de la victime. Et la veuve de Laïos n’est autre que la femme et la mère du fameux Œdipe. Un imbroglio inénarrable.
   Dans L’Homme semé de Wittorski, l’action se passe de nos jours: Achille avant sa mort,  avait  exprimé la volonté que ses héritiers jouent Œdipe Roi de Sophocle. Les enfants fidèles à Achille se penchent sur le mythe d’Œdipe avec un élan rageur. Œdipe énigmatique s’interroge lui-même et tous les descendants de Thèbes avec lui : «Je croyais que mon père était de Corinthe,  et ma mère étrangère à Corinthe mais mon père était Thébain et ma mère du même sang que lui. Comme tous les Thébains. Je croyais être métis. J’étais incestueux. Fils d’incestueux. Pourquoi vouloir construire des villes, des pays sur des modèles familiaux que l’on condamne ?»
Les frères, demi-frère et belle-sœur, ont convié le public à une répétition catastrophe où chacun plaisante et ironise durant le dernier repas,  avant de quitter la ville. D’emblée, le spectateur assiste à une comédie, une farce où les jeux de mots fusent,  évoquant entre autres, une soupe clairette, un bouillon sans yeux ni dieu.
Les acteurs s’amusent et échangent en riant leurs impressions du moment, forts d’une improvisation contrôlée et rôdée. Sens de la répartie, équivoques langagières, blagues de potache, la bande soudée passe un bon moment à rire de tout et de rien. Mais cette première partie  est un peu longue et complaisante.
  La seconde partie s’annonce plus astucieuse, ne serait-ce qu’à travers la mise en relief du beau décor inventif du scénographe Thierry Grand : lattes de bois brut, planches, échafaudages, figures géométriques bancales: la scène illuminée est radieuse.
Cadmos, ancêtre d’Œdipe, a fondé Thèbes en plantant les dents d’un dragon dont sortiront comme par magie et selon la volonté divine, les « hommes semés ». La ville de Thèbes se construit ainsi sous les yeux du spectateur : fumées, monticule de terre, rayons de lumière, les sept portes stratégiques apparaissent dans leur splendeur.
La mise en scène fait alors  preuve d’invention et de réflexion, avec  esprit, en s’amusant  du mythe antique avec esprit. Le spectacle est alors plus juste et constructif  et fait oublier l’ennui et les longueurs complaisantes. Et les comédiens aguerris sont heureux de jouer ensemble. C’est une équipe attachante qui sait faire passer sa  vigueur et sa bonne humeur,  après avoir dépassé le tunnel du début.

 Véronique Hotte

 La Caserne des Pompiers à 18 heures.

 


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