O vous frères humains

Ô vous frères humains  d’Albert Cohen, mise en scène d’Alain Timár.

 

ovfh4 - -® Raphael Mignerat_WEBCe texte d’Albert Cohen, écrivain plus connu pour son roman culte Belle du seigneur qui enchanta beaucoup de  jeunes gens de 68, fut publié en 1972 quand son auteur avait déjà 77 ans. Mort à Genève quatre ans plus tard, il était né à Corfou  en 1885, et encore très jeune vécut à Marseille où il fit ses études, et  devint ensuite diplomate; pendant la guerre,  il fut à Londres, conseiller juridique du comité inter-gouvernemental pour les réfugiés.
Dans  Ô vous frères humains dont le titre reprend les célèbre vers de Villon: Ô vous frères humains qui après nous vivez, Albert Cohen  évoque un souvenir personnel, quand,  à dix ans dans une rue de Marseille, donc il y a déjà plus de cent ans, à une époque où l’antisémitisme était couramment admis, il fut la cible d’un d’un camelot qui vendait des bâtons d’un prétendu détacheur, et qui s’en prit à cet innocent gamin en l’injuriant, au seul motif qu’il était juif.
Et ce souvenir marqua ensuite Albert Cohen toute sa vie; et comme le dit Alain Timár, « la lucidité extrême de la vision de l’écrivain et cette sale histoire prennent valeur d’exemple pour chacun d’entre nous ».  Danielle Paume qui a signé la dramaturgie du spectacle pense qu’elle s’est retrouvée devant un texte écrit-parlé dont la forme même appelait la représentation mais surtout pas représentation en un  » appareillage spectaculaire », plutôt comme une invite à réfléchir ensemble à partir d’émotions vraies, intense.
Pourquoi en effet, un homme arrive-t-il à haïr ainsi un pauvre petit garçon qu’il ne connaît même pas, et qui voudrait lui acheter un bâton de son détacheur pour l’offrir à sa maman. A  cette question lancinante: pourquoi tant de haine chez cet homme envers celui qui n’est encore qu’un pauvre petit garçon sans défense aucune,  Albert Cohen  se dit généreusement à la fin de sa vie que le camelot n’est qu’un pauvre bougre malheureux qui essaye d’exorciser sa solitude et sa peur de mourir en humiliant un de ses pareils mais sans défense qui voit la haine dans ses yeux. Rien ne sert vraiment de haïr, pour Albert Cohen, puisque nous sommes tous soumis à   » J’ai été un enfant, je ne le suis plus, je n’en reviens pas ».  » Je vieillis que c’est un plaisir et je mourrai bientôt ».
Le style d’Albert Cohen est ici, aussi succulent que dans  Belle du seigneur. Mais comment porter sur un plateau de théâtre  son humour ravageur, sa lucidité et sa foi malgré tout en l’amour de l’autre?  Alain Timár n’a pas vraiment de solution dramaturgique et  dans l’adaptation de ce texte, a  démultiplié par trois une sorte de monologue avec trois bons acteurs: chacun d’âge différent:  Gilbert Laumord, la soixantaine,  formidable acteur et metteur en scène guadeloupéen formé au Danemark, Paul Camus,  la quarantaine, né en Charente-Maritime mais Bruxellois d’adoption, et Issam Rachyq-Ahrad, la trentaine. Tous, à la diction impeccable et à la belle présence.
Sur cette scène remarquable de profondeur que  tout metteur en scène parisien rêverait d’occuper au moins une fois, rien que trois chaises en fer rouges  et surtout un grand châssis en trois parties couvert de lambeaux de vieux papier peints différents, dont on peut donc modifier au besoin l’apparence. C’est à lui seul, une œuvre plastique tout à fait intéressante due à Alain  Timár qui aurait sa place dans une galerie d’art contemporain.
  Et cela fonctionne? Pas vraiment. Un peu au début quand, Gilbert Laumord évoque  l’obsession de la mort et de la décomposition du corps, et un peu à la fin, quand les  acteurs forment une sorte de choral à trois voix. Mais, entre les deux, cette logorrhée est  peu convaincante et ce qui aurait dû être un vrai spectacle, devient assez vite soporifique… La faute à quoi?  D’abord  et surtout à un texte qui n’est pas toujours aussi passionnant que Danielle Paume le croit , et qui ne fait pas nécessairement théâtre. Surtout, pendant quatre-vingt dix bien longues minutes. Et, à cette manie actuelle qui sévit, en particulier, dans le off : vouloir à tout prix adapter  un texte, quel qu’il soit, de préférence dû à un grand écrivain, et de préférence aussi avec un acteur connu comme Patrick Chesnais et le mettre en scène sous forme d’un monologue.
Mais quel avantage y-a-t-il à voir ce texte porté sur un plateau, même comme ici, avec beaucoup de scrupule et d’honnêteté? En général, aucun metteur en scène ne veut répondre à la question… Réfléchir ensemble, comme le dit Alain Timár, on veut bien,  mais est-ce un motif suffisant?  Pas sûr! Et bien rares, sont les textes non théâtraux qui appellent vraiment la représentation…
Donc à vous de voir,  si vous avez envie de faire partie d’un public et d’aller écouter ce texte d’Albert Cohen, au lieu de le lire

Philippe du Vignal

Théâtre des Halles jusqu’au 27 juillet à 16 heures. T: 04-32 76 24 51

 


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