Attached par la compagnie Magnus

Attached

Festival d’Avignon off

Attached par la compagnie Magmanus

  Il est bon de s’évader un peu du centre avignonnais et de prendre le chemin de l’île Piot, et  de fouler du gazon plutôt que le goudron. C’est là que la Région  Midi-Pyrénées fait son cirque. Parmi les nombreux spectacles présentés,  Attached, un duo  de la compagnie franco-norvégienne Magmanus, particulièrement bien accordé,  avec  Magnus Bjoru, le  Norvégien, et Manu Tiger,  le Français.
L
e spectacle a lieu sous chapiteau, mais sur une scène rectangulaire, éclairée par des projecteurs bien alignés. Le ton est rapidement donné avec une numéro de « combinaisons  velcro » qui permet au plus petit des deux de courir et de se coller à son camarade qui s’en débarrasse comme il peut, et le laisse choir lamentablement,  une fois décollé, le tout sur fond de musique techno.
Le public a ensuite le 
privilège de fusiller de balles de tennis notre ami en combinaison velcro (et casque de moto, quand même !) et les dites balles se collent à lui. On sait comment un public peut se délecter de ces petits moments de cruauté … Public  souvent sollicité dans ce spectacle, mais toujours avec bienveillance et humour.
Les deux artistes
viennent du théâtre de rue, et savent faire face à toutes les situations: en témoignent les ratés ou les chutes  qui font toujours ici l’objet d’un traitement comique réussi.Il y a en particulier un étonnant numéro de jonglage sur de petites bascules, elles-mêmes  installés sur des pads numériques qui déclenchent des notes. Puis  une bascule à taille humaine, d’abord à plat puis placée sur des tapis, permet ainsi un effet trampoline qui permet de tutoyer le haut du chapiteau et de proposer de belles acrobaties. Une originale structure en tôle arrondie leur permet de tourner, et de sauter en l’air ou sur des
caisses en bois …
Il y a aussi des montages avec des cordes qui  peuvent catapulter notre troll, ou de
créer un grand montage final à effet domino, avec l’aide de trois  spectateurs.
Mené tambour battant, ce spectacle  de quelques soixante-dix minutes, possède des belles  prouesses techniques,  mais est aussi un rare modèle d’esthétique: musique  contemporaine, lumières, humour, et surtout regard de ces  deux véritables acteurs/acrobates, qui sont toujours en interaction avec le public  et qui  se complétent à merveille.
Cet Attached est un excellent spectacle comme le nouveau
cirque sait parfois nous en offrir…

Julien Barsan

Midi-Pyrénées fait son cirque sur l’île Piot à 20h15 jusqu’au 26 juillet. http://www.youtube.com/watch?v=MqcqAR1UtFk


Archive pour 20 juillet, 2014

Pourquoi il sont tué Jaurès

Festival d’Avignon off

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? texte et mise en scène de Dominique Ziegler

 
Jaures_2@Augustin_RebetezUn centenaire encore : le 31 juillet 1914, est assassiné Jean Jaurès, leader du socialisme européen et politicien au grand talent d’orateur. Un homme de référence pour ses contemporains, une figure emblématique à laquelle les générations suivantes et celles d’aujourd’hui,  font volontiers appel.
Avec l’assassinat de Jaurès, s’envole l’ultime espoir de paix français et européen. Inspiré par ce sage et fougueux orateur, Dominique Ziegler, considère le socialisme de son héros comme le vrai moteur d’une force d’émancipation libératrice de l’individu : «  L’amour de Jaurès pour l’humanité s’étend à la dimension naturelle, cosmique et spirituelle. »
  Sa pièce évoque les courants idéologiques du capitalisme, du socialisme et du nationalisme. Lors de l’affaire Dreyfus en effet et on l’a oublié, Jules Guesde, socialiste, est lui, un adversaire acharné du capitaine et beaucoup de ses camarades de parti voyaient en lui, un ennemi de classe… Alors que pour Jaurès, Dreyfus  est un symbole de l’humanité injustement meurtrie, un homme dont  l’injuste condamnation transcende les classes sociales, la diversité des origines et des confessions.
La droite s’est sentie aussi lâchée par Jaurès, engagé pourtant dès le début au côté des Républicains: l’humaniste a fait le constat amer de la trahison des valeurs des Lumières, et de leur détournement organisé au profit de la bourgeoisie moderne.
  Avant  d’être assassiné, Jaurès représentait un double danger pour les classes dominantes des pays qui conduiraient l’Europe au massacre : « Il consolidait une force révolutionnaire capable, non seulement de mettre un frein aux manœuvres guerrières, mais aussi de renverser un jour ou l’autre les possédants. Il mettait aussi le doigt sur la gigantesque arnaque que constituait le recours  à un nationalisme de pacotille, à la xénophobie comme ciment du peuple, voulu par les dirigeants. »
  Dominique Ziegler  met ici en scène le destin fulgurant de ce grand homme politique avec  une succession de tableaux:  scènes d’intérieur familial, mais aussi moments de débat idéologique, au salon ou au bureau avec des sympathisants ou des adversaires,  et des discours à la tribune publique.
Pour la véracité et la vraisemblance de l’histoire,  il fallait un comédien de valeur pour incarner Jaurès, dont l’art de la parole tendait  uniquement vers la volonté d’action, et  non vers l’autosuffisance et la complaisance spectaculaire. Frédéric Polier est tout à fait convaincant: il incarne un Jaurès plus vrai que nature, une figure iconique, entre celle du peintre Monet et celle de Gérard Dépardieu. Il  a la fougue, l’énergie et le désintéressement souhaitée. L’homme au bel embonpoint, le bras levé, la barbe large et volumineuse, le front levé vers le ciel, frappe, scande et tonne, avec force et bonhommie, ses convictions.
On reconnaît, comme l’écrivait Trotsky, cet athlète de l’idée qui tomba sur l’arène, en combattant le plus terrible fléau du genre humain : la guerre.

 Véronique Hotte

Théâtre du Chêne noir jusqu’au 27 juillet à 12h 30.

 

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