Pourquoi il sont tué Jaurès

Festival d’Avignon off

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? texte et mise en scène de Dominique Ziegler

 
Jaures_2@Augustin_RebetezUn centenaire encore : le 31 juillet 1914, est assassiné Jean Jaurès, leader du socialisme européen et politicien au grand talent d’orateur. Un homme de référence pour ses contemporains, une figure emblématique à laquelle les générations suivantes et celles d’aujourd’hui,  font volontiers appel.
Avec l’assassinat de Jaurès, s’envole l’ultime espoir de paix français et européen. Inspiré par ce sage et fougueux orateur, Dominique Ziegler, considère le socialisme de son héros comme le vrai moteur d’une force d’émancipation libératrice de l’individu : «  L’amour de Jaurès pour l’humanité s’étend à la dimension naturelle, cosmique et spirituelle. »
  Sa pièce évoque les courants idéologiques du capitalisme, du socialisme et du nationalisme. Lors de l’affaire Dreyfus en effet et on l’a oublié, Jules Guesde, socialiste, est lui, un adversaire acharné du capitaine et beaucoup de ses camarades de parti voyaient en lui, un ennemi de classe… Alors que pour Jaurès, Dreyfus  est un symbole de l’humanité injustement meurtrie, un homme dont  l’injuste condamnation transcende les classes sociales, la diversité des origines et des confessions.
La droite s’est sentie aussi lâchée par Jaurès, engagé pourtant dès le début au côté des Républicains: l’humaniste a fait le constat amer de la trahison des valeurs des Lumières, et de leur détournement organisé au profit de la bourgeoisie moderne.
  Avant  d’être assassiné, Jaurès représentait un double danger pour les classes dominantes des pays qui conduiraient l’Europe au massacre : « Il consolidait une force révolutionnaire capable, non seulement de mettre un frein aux manœuvres guerrières, mais aussi de renverser un jour ou l’autre les possédants. Il mettait aussi le doigt sur la gigantesque arnaque que constituait le recours  à un nationalisme de pacotille, à la xénophobie comme ciment du peuple, voulu par les dirigeants. »
  Dominique Ziegler  met ici en scène le destin fulgurant de ce grand homme politique avec  une succession de tableaux:  scènes d’intérieur familial, mais aussi moments de débat idéologique, au salon ou au bureau avec des sympathisants ou des adversaires,  et des discours à la tribune publique.
Pour la véracité et la vraisemblance de l’histoire,  il fallait un comédien de valeur pour incarner Jaurès, dont l’art de la parole tendait  uniquement vers la volonté d’action, et  non vers l’autosuffisance et la complaisance spectaculaire. Frédéric Polier est tout à fait convaincant: il incarne un Jaurès plus vrai que nature, une figure iconique, entre celle du peintre Monet et celle de Gérard Dépardieu. Il  a la fougue, l’énergie et le désintéressement souhaitée. L’homme au bel embonpoint, le bras levé, la barbe large et volumineuse, le front levé vers le ciel, frappe, scande et tonne, avec force et bonhommie, ses convictions.
On reconnaît, comme l’écrivait Trotsky, cet athlète de l’idée qui tomba sur l’arène, en combattant le plus terrible fléau du genre humain : la guerre.

 Véronique Hotte

Théâtre du Chêne noir jusqu’au 27 juillet à 12h 30.

 

 


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