Jean la chance de Brecht

Jean La Chance (Hans Im Glück) de Bertolt Brecht, mise en scène de Margarete Biereye et David Johnston par le Théâtre itinérant « Ton und Kirschen » du Wandertheater

 

Jean la Chance5©JP EstournetSur le site somptueux du cimetière à bateaux de Kerhervy, sur la rive du Blavet,  du côté de Lanester, le festival du Pont du bonhomme organisé par la Compagnie de l’Embarcadère  illumine l’espace, sous un bel arc-en-ciel improvisé et accompagné par  les cris stridents des mouettes.
  Avec le Théâtre itinérant Ton und Kirschen du Wandertheater, l’inspiration céleste est au rendez-vous pour ce spectacle, face à l’horizon marin et au  firmament, dans la magie de deux miroirs inversés.
Jean La Chance est une pièce de jeunesse inachevée de Bertolt Brecht, d’après un conte populaire collecté par les frères Grimm. L’histoire de Hans/Jean est celle d’un homme « fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui ».
La femme de Hans, simple paysanne, a quitté son mari un peu rêveur pour un séducteur,  mais elle lui a pourtant légué sa maison, qu’il va troque maladroitement contre une charrette et son cheval, un bien dégradé qu’il va de nouveau troquer contre un carrousel sommaire,  avant de se dénuder jusqu’à brader sa vie.
Escrocs et faux amis dépouillent et pillent à n’en plus finir leur victime maltraitée. Hans subit sans colère les vols qui l’accablent, il va même jusqu’à comprendre les « méchants » qui en sont les auteurs : « Ceux-là n’ont pas oublié qu’ils ont eu beaucoup de malheur. »
L’économie n’est fondée aujourd’hui que sur le faux marchandage de bénéfices financiers fulgurants de certains, au détriment de tous les autres, bref une morale inique… Quel est l’échange qui puisse tenir lieu de bonheur et de plénitude personnelle ? Les relations humaines ont beau être crues et cruelles, il reste à l’anti-héros, la saveur de la vie envers et contre tout, et la jouissance douloureuse d’être au monde.
  Hans échange à perte le peu qu’il possède, en ces temps d’hiver et d’arbres recouverts de neige, métaphore d’un temps de grande misère. L’homme volé reste la dupe et la proie débonnaire de fieffés trompeurs et menteurs.
Le public se laisse vite entraîner avec lui par l’intensité de tableaux vivants et poétiques qui s’enchaînent naturellement dans une ambiance foraine de théâtre ambulant. Les comédiens allemands, anglais, français, colombiens et russes, possèdent une belle unité de jeu et une  gestuelle vive et déliée, avec des mouvements presque dansés.
Autour des metteurs en scène, Margarete Biereye et David Johnston  qui sont aussi acteurs, musiciens et chanteurs, six autres interprètes aguerris:  Polina Borissova, Regis Gergouin, Richard Henschel, Rob Wyn Jones, Nelson Leon et Daisy Watkiss, qui sont à la fois musiciens, acrobates, mimes, chanteurs, décorateurs, éclairagistes,régisseurs techniques…
Les changements de scène se font à vue, avec des matériaux de récup de petit cirque ambulant : planches, roulotte aux couleurs joyeuses, costumes et uniformes de soldats d’époque, comme dans un conte pour enfant…
Des panneaux mobiles à claire-voie verticale laissent entrevoir des visions oniriques, petit cheval de bois ou bien rêve de fée. Un axe en fer rouillé et deux roues gigantesques tiennent lieu de carrousel, un mât élevé et de jolies guirlandes colorées deviennent une immense tente imaginaire. Cette scène théâtrale festive est généreuse avec chœurs de chanteurs et orchestre instrumental.
Ce spectacle de fête foraine aux accents de tragi-comédie, à la façon de pièces mythiques comme Liliom, Casimir et Caroline, Woyzeck  ou celles  de Karl Valentin, s’amuse de poésie et de philosophie de la vie.
Le  troupe ici,  fignole les détails de la farce, en passant  du jeu d’acteur à la manipulation de marionnettes, du chant à l’invective, du numéro de cabaret à l’échappée en solitaire, du sommeil du drôle de héros à l’admiration des étoiles.
Un théâtre solide théâtre de tréteaux… Jean La Chance est une chance pour le public du festival du Pont du Bonhomme.

 Véronique Hotte

 Le Festival du Pont du Bonhomme du 19 au 25 juillet à Lanester. Tél : 02 97 81 37 38

 

 


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