Irrévérence(s)

Festival d’Avignon In

Sujets à vif programme D :

Irrévérence(s) conception et interprétation de Marie-Agnès Gillot et Lola Lafon.

photoL’une, Marie-Agnès Gillot, « a le mouvement comme vocabulaire de vie», comme elle le dit si bien, et est devenue une des plus grandes étoiles de l’Opéra de Paris, ; l’autre, Lola Lafon, après s’être consacrée à la danse a, elle, l’écriture pour s’exprimer et chante aussi avec un réel talent.
 Elles  se sont rencontrées et  appréciées  pour offrir au public, dans une vraie complicité, et à l’initiative de la SACD, ce moment de grâce unique. Dans le roman de Lola Lafon, Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce, l’héroïne est une ancienne danseuse classique qui ne peut plus danser: «Il y a la figure de Sylvie Guillem qui émerge beaucoup dans ce roman, dit-elle, et, à la fin, il y a l’émergence de Marie-Agnès.» Cette première découverte mutuelle est suivie, à la sortie de son dernier roman, en 2014, La petite communiste qui ne souriait jamais, d’une rencontre avec  le chorégraphe Daniel Larrieu qui leur suggère l’idée d’un spectacle.
Comme le dit Marie-Agnès  Gillot: «Cette rencontre improbable a fait la pièce», laquelle s’est constituée au fur et à mesure de leurs échanges. On entend ici la voix de Lola Lafon, qui lit des extraits de ses deux livres et d’un poème de Voltairine de Cleyre (1902). Et elle  chante en français, en roumain et en bulgare du Moyen-Âge, pendant que la danseuse commence ses exercices d’échauffement… 18 heures, c’est en effet le moment, pour Marie-Agnès Gillot, de faire ce travail obligatoire avant un spectacle.
Pour elle, qui revient tout juste de Madrid après avoir dansé Orphée et Eurydice de Pina Bausch, «C’est la voix qui est essentielle, pas seulement  le texte, c’est la voix qui m’émeut le plus, c’est elle qui me fait vibrer physiquement, peut-être parce que j’ai été éduquée comme cela par Pina».
Et elle suit parfois,  au mouvement de ses lèvres, le récit de Lola Lafon ; parfois  aussi, elle prend appui sur elle, comme sur une barre imaginaire. : «Je ne veux pas me joindre au troupeau, dit Lola,  je ne veux pas perdre, je ne veux pas m’oublier.»
Nous ressentons la solitude obligatoire de leur mode d’expression artistique à chacune.  Quand elle fait allusion à son passé et son combat contre sa scoliose, Marie-Agnès Gillot dit : «Je ne veux pas être réparée» et, comme en contre-point, Lola réplique : «Nos mots sont imprégnés de prothèses.»
Ces instants fragiles sont  toujours en équilibre sur les mots pour l’une et  sur les pointes. pour l’autre. Les deux artistes partagent une notion forte, et décalée par rapport au monde actuel : la nécessité d’une discipline de vie pour s’exprimer par la danse ou par l’écriture. Et c’est par cette rigueur qu’elles trouvent toutes les deux un espace de liberté  qu’elles nous font partager.
Quand Lola Lafon et Marie-Agnès Gillot quittent le charmant endroit du Jardin de la Vierge,  avec  sa statue apaisante, une belle fin d’après midi vient de se dérouler.

Jean Couturier

Jardin de la vierge du Lycée Saint-Joseph jusqu’au 24 juillet.  

 


Pas encore de commentaires to “Irrévérence(s)”

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...