Rachel

Festival d’Avignon off

Rachel et ses amants de Rachel Monnat, mise en scène de Dominique Othenin-Girard

art rachel«On ne va tout de même pas aller voir un spectacle sous prétexte qu’à la fin, la comédienne se met à poil ! » : voilà une réflexion entendue dans les rues d’Avignon, adressée par une jeune femme à son compagnon. La nudité, même partielle comme ici, interpelle plus dans les spectacles du Off que dans ceux du In, où elle est considérée comme «artistique».
L’affiche du spectacle est explicite :  Rachel,  totalement nue, est figée dans un mouvement de «pole dance». Cette comédienne de trente ans, ancienne infirmière, est Suisse et a côtoyé les corps en souffrance,. Cette sensation fréquente que les soignants ont de notre mort imminente, peut expliquer le dévoilement autobiographique de sa jeune vie sexuelle.
Nous découvrons les différentes étapes de son existence, depuis qu’elle a trois ans, présentées avec une naïveté désarmante. Même si elle joue, elle semble assez sincère. Le public, ce soir là, était composé d’un quart de femmes, et ce sont elles qui se sont montrées les plus sensibles à ses propos.  Comme souvent, les hommes, eux, restent en retrait à cause d’une certaine peur du plaisir féminin qui les dépasse.
La comédienne ose mettre des mots sur sa propre jouissance, et évoque sa découverte de la sexualité, seule, à deux, ou à plusieurs, et abordant la notion de « femme fontaine ». Ponctuant son solo d’extraits de chansons françaises, interprétées par des figures de la séduction comme Édith Piaf, Maurice Chevalier ou Mistinguett, elle nous livre une partie de sa vie.

, «Je dédie cette danse, signale-t-elle, juste avant d’entreprendre son effeuillage, à tous les hommes que j’ai rencontrés, et à toutes les femmes, car j’aurai tellement voulu être à votre place pour pouvoir oser regarder librement cette danse.»  Le spectacle sera repris à Paris, comme pour nous prémunir de l’arrivée de l’hiver, une période propice au calfeutrage des corps, où nous entrons souvent dans une certaine forme d’hibernation!
 
Jean Couturier

Atelier 44, jusqu’au 26 juillet,   T.:04 90 16 94 31 et à  Paris du 4 septembre au 29 novembre, les jeudi, vendredi et samedi au théâtre du Gouvernail.   T:  01 48 03 49 92


Archive pour juillet, 2014

Jean la chance de Brecht

Jean La Chance (Hans Im Glück) de Bertolt Brecht, mise en scène de Margarete Biereye et David Johnston par le Théâtre itinérant « Ton und Kirschen » du Wandertheater

 

Jean la Chance5©JP EstournetSur le site somptueux du cimetière à bateaux de Kerhervy, sur la rive du Blavet,  du côté de Lanester, le festival du Pont du bonhomme organisé par la Compagnie de l’Embarcadère  illumine l’espace, sous un bel arc-en-ciel improvisé et accompagné par  les cris stridents des mouettes.
  Avec le Théâtre itinérant Ton und Kirschen du Wandertheater, l’inspiration céleste est au rendez-vous pour ce spectacle, face à l’horizon marin et au  firmament, dans la magie de deux miroirs inversés.
Jean La Chance est une pièce de jeunesse inachevée de Bertolt Brecht, d’après un conte populaire collecté par les frères Grimm. L’histoire de Hans/Jean est celle d’un homme « fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui ».
La femme de Hans, simple paysanne, a quitté son mari un peu rêveur pour un séducteur,  mais elle lui a pourtant légué sa maison, qu’il va troque maladroitement contre une charrette et son cheval, un bien dégradé qu’il va de nouveau troquer contre un carrousel sommaire,  avant de se dénuder jusqu’à brader sa vie.
Escrocs et faux amis dépouillent et pillent à n’en plus finir leur victime maltraitée. Hans subit sans colère les vols qui l’accablent, il va même jusqu’à comprendre les « méchants » qui en sont les auteurs : « Ceux-là n’ont pas oublié qu’ils ont eu beaucoup de malheur. »
L’économie n’est fondée aujourd’hui que sur le faux marchandage de bénéfices financiers fulgurants de certains, au détriment de tous les autres, bref une morale inique… Quel est l’échange qui puisse tenir lieu de bonheur et de plénitude personnelle ? Les relations humaines ont beau être crues et cruelles, il reste à l’anti-héros, la saveur de la vie envers et contre tout, et la jouissance douloureuse d’être au monde.
  Hans échange à perte le peu qu’il possède, en ces temps d’hiver et d’arbres recouverts de neige, métaphore d’un temps de grande misère. L’homme volé reste la dupe et la proie débonnaire de fieffés trompeurs et menteurs.
Le public se laisse vite entraîner avec lui par l’intensité de tableaux vivants et poétiques qui s’enchaînent naturellement dans une ambiance foraine de théâtre ambulant. Les comédiens allemands, anglais, français, colombiens et russes, possèdent une belle unité de jeu et une  gestuelle vive et déliée, avec des mouvements presque dansés.
Autour des metteurs en scène, Margarete Biereye et David Johnston  qui sont aussi acteurs, musiciens et chanteurs, six autres interprètes aguerris:  Polina Borissova, Regis Gergouin, Richard Henschel, Rob Wyn Jones, Nelson Leon et Daisy Watkiss, qui sont à la fois musiciens, acrobates, mimes, chanteurs, décorateurs, éclairagistes,régisseurs techniques…
Les changements de scène se font à vue, avec des matériaux de récup de petit cirque ambulant : planches, roulotte aux couleurs joyeuses, costumes et uniformes de soldats d’époque, comme dans un conte pour enfant…
Des panneaux mobiles à claire-voie verticale laissent entrevoir des visions oniriques, petit cheval de bois ou bien rêve de fée. Un axe en fer rouillé et deux roues gigantesques tiennent lieu de carrousel, un mât élevé et de jolies guirlandes colorées deviennent une immense tente imaginaire. Cette scène théâtrale festive est généreuse avec chœurs de chanteurs et orchestre instrumental.
Ce spectacle de fête foraine aux accents de tragi-comédie, à la façon de pièces mythiques comme Liliom, Casimir et Caroline, Woyzeck  ou celles  de Karl Valentin, s’amuse de poésie et de philosophie de la vie.
Le  troupe ici,  fignole les détails de la farce, en passant  du jeu d’acteur à la manipulation de marionnettes, du chant à l’invective, du numéro de cabaret à l’échappée en solitaire, du sommeil du drôle de héros à l’admiration des étoiles.
Un théâtre solide théâtre de tréteaux… Jean La Chance est une chance pour le public du festival du Pont du Bonhomme.

 Véronique Hotte

 Le Festival du Pont du Bonhomme du 19 au 25 juillet à Lanester. Tél : 02 97 81 37 38

 

L’Echange de Paul Claudel

L’Echange de Paul Claudel, mise en scène de Jean-Christophe Blondel

vz-355132d2-a5b1-48c3-8332-d068d5e5440cAu sommet de la colline des Mourgues, au coucher du soleil, cette mythique pièce de Claudel prend un relief étrange.  Tormod Lindgren a imaginé une scénographie très simple: une vieille caravane, installée devant une piste latérale de plancher, une balançoire munie d’un  pneu usé en guise de siège, et, dans le lointain, une autre caravane  fermée qui sert d’écran  à des projections liquides.
Marthe déroule un tapis, puis se balance. Louis Laine, arrive  nu, prend un arc, monte sur le toit de la caravane, puis descend, et étreint sa femme. « Le théâtre, attention il y a quelque chose qui est vrai (…) le théâtre, c’est l’endroit de nulle part ! »
L’arrivée de Thomas Pollock Nageoire et de Lechy Elbernon va perturber cette passion amoureuse. Le fameux échange va se faire: Lechy, primesautière et folle de ses caprices, arrache Louis Laine à Marthe, avant de mettre le feu à la maison de son Pollock Nageoire qui, ruiné, retrouve devant Marthe qui l’accepte, car Laine est mort.
Malgré la beauté du site et de certaines scènes, les deux heures de la représentation sont bien longues! Valérie Blanchon en fait trop dans le jeu de sa folie destructrice, Pauline Uruguen (Marthe) est très juste, Yannick Landrein  ( Laine) en  impose, et Pierre-Alain Chapuis est un solide Thomas Pollock Nageoire. Mais on reste sur sa faim…

Edith Rappoport

   Festival Villeneuve-en-scène à Villeneuve-lès-Avignon, colline des Mourgues, jusqu’au 20 juillet à 20 h 15.

I am .

Avignon Festival In

I am, conception, scénographie, chorégraphie et mise en scène de Lemi Ponifasio

photoNous attendions avec curiosité cet événement, programmé par Olivier Py dans la cour d’honneur du Palais des Papess mais, après une heure cinquante qui semble s’éterniser, nous sommes ressortis déçus. Ce spectacle, d’une réelle beauté plastique, laisse le spectateur de côté, du fait d’une absence de lisibilité!
Toutes les images ne peuvent s’expliquer par la seule notion de rituel, très présente ici.
Lemi Ponifasio, originaire des Îles Samoa, a crée sa compagnie : MAU, qui signifie «affirmation solennelle de la vérité d’un sujet» et «révolution», notions témoignant d’ une certaine ambition! Tout comme le titre du spectacle qui, selon lui, est un cérémonial en l’honneur des victimes de la première guerre mondiale dont on célèbre cette année le centenaire.
Les spectacles de ce chorégraphe sont très clivants, et les spectateurs l’adorent ou le détestent. Il travaille avec les artistes de sa compagnie, ainsi qu’avec des personnes rencontrées dans chacune des villes de sa tournée. Un grand plan incliné noir barre toute la scène de la Cour, réduisant l’espace de jeu à l’avant-scène. Le travail sur les lumières est remarquable, c’est un bonheur pour les photographes de plateau.
La composition sonore, faite principalement de basses dont on ressent les vibrations jusque dans les sièges,  est fatigante. Le spectacle débute par une Marseillaise qui surprend le spectateur, seule vraie référence peut-être à la Grande Guerre.
Puis,  se succèdent des danses individuelles proches de la transe, ou des mouvements de groupe remarquables par leur lenteur contrôlée. Mais quand certains artistes prennent la parole, que cela soit avec une voix en anglais entendue dans le lointain, ou la longue vocifération de cet homme, ou de cette femme, totalement incompréhensible, il y a problème!
Quelques images resteront cependant dans notre mémoire, comme l’arrivée de ce petit homme en tenue militaire au début du spectacle qui, avec  un jet de projectile, va déclencher le cataclysme guerrier, ou cette femme au crâne rasé, victime symbolique de la barbarie de la guerre, qui, assise à l’avant-scène, reçoit à la fois des fleurs et les crachats des autres personnages. Et enfin et surtout cette belle image finale d’un  homme qui, s’écroule sur le plan incliné,  dans une position christique…
  Mais tout cela reste insuffisant pour un spectacle dont nous pouvions attendre beaucoup, vu l’ambition du projet initial.

Jean Couturier

Cour d’honneur du Palais des Papes jusqu’au 23 juillet.     

Attached par la compagnie Magnus

Attached

Festival d’Avignon off

Attached par la compagnie Magmanus

  Il est bon de s’évader un peu du centre avignonnais et de prendre le chemin de l’île Piot, et  de fouler du gazon plutôt que le goudron. C’est là que la Région  Midi-Pyrénées fait son cirque. Parmi les nombreux spectacles présentés,  Attached, un duo  de la compagnie franco-norvégienne Magmanus, particulièrement bien accordé,  avec  Magnus Bjoru, le  Norvégien, et Manu Tiger,  le Français.
L
e spectacle a lieu sous chapiteau, mais sur une scène rectangulaire, éclairée par des projecteurs bien alignés. Le ton est rapidement donné avec une numéro de « combinaisons  velcro » qui permet au plus petit des deux de courir et de se coller à son camarade qui s’en débarrasse comme il peut, et le laisse choir lamentablement,  une fois décollé, le tout sur fond de musique techno.
Le public a ensuite le 
privilège de fusiller de balles de tennis notre ami en combinaison velcro (et casque de moto, quand même !) et les dites balles se collent à lui. On sait comment un public peut se délecter de ces petits moments de cruauté … Public  souvent sollicité dans ce spectacle, mais toujours avec bienveillance et humour.
Les deux artistes
viennent du théâtre de rue, et savent faire face à toutes les situations: en témoignent les ratés ou les chutes  qui font toujours ici l’objet d’un traitement comique réussi.Il y a en particulier un étonnant numéro de jonglage sur de petites bascules, elles-mêmes  installés sur des pads numériques qui déclenchent des notes. Puis  une bascule à taille humaine, d’abord à plat puis placée sur des tapis, permet ainsi un effet trampoline qui permet de tutoyer le haut du chapiteau et de proposer de belles acrobaties. Une originale structure en tôle arrondie leur permet de tourner, et de sauter en l’air ou sur des
caisses en bois …
Il y a aussi des montages avec des cordes qui  peuvent catapulter notre troll, ou de
créer un grand montage final à effet domino, avec l’aide de trois  spectateurs.
Mené tambour battant, ce spectacle  de quelques soixante-dix minutes, possède des belles  prouesses techniques,  mais est aussi un rare modèle d’esthétique: musique  contemporaine, lumières, humour, et surtout regard de ces  deux véritables acteurs/acrobates, qui sont toujours en interaction avec le public  et qui  se complétent à merveille.
Cet Attached est un excellent spectacle comme le nouveau
cirque sait parfois nous en offrir…

Julien Barsan

Midi-Pyrénées fait son cirque sur l’île Piot à 20h15 jusqu’au 26 juillet. http://www.youtube.com/watch?v=MqcqAR1UtFk

Pourquoi il sont tué Jaurès

Festival d’Avignon off

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? texte et mise en scène de Dominique Ziegler

 
Jaures_2@Augustin_RebetezUn centenaire encore : le 31 juillet 1914, est assassiné Jean Jaurès, leader du socialisme européen et politicien au grand talent d’orateur. Un homme de référence pour ses contemporains, une figure emblématique à laquelle les générations suivantes et celles d’aujourd’hui,  font volontiers appel.
Avec l’assassinat de Jaurès, s’envole l’ultime espoir de paix français et européen. Inspiré par ce sage et fougueux orateur, Dominique Ziegler, considère le socialisme de son héros comme le vrai moteur d’une force d’émancipation libératrice de l’individu : «  L’amour de Jaurès pour l’humanité s’étend à la dimension naturelle, cosmique et spirituelle. »
  Sa pièce évoque les courants idéologiques du capitalisme, du socialisme et du nationalisme. Lors de l’affaire Dreyfus en effet et on l’a oublié, Jules Guesde, socialiste, est lui, un adversaire acharné du capitaine et beaucoup de ses camarades de parti voyaient en lui, un ennemi de classe… Alors que pour Jaurès, Dreyfus  est un symbole de l’humanité injustement meurtrie, un homme dont  l’injuste condamnation transcende les classes sociales, la diversité des origines et des confessions.
La droite s’est sentie aussi lâchée par Jaurès, engagé pourtant dès le début au côté des Républicains: l’humaniste a fait le constat amer de la trahison des valeurs des Lumières, et de leur détournement organisé au profit de la bourgeoisie moderne.
  Avant  d’être assassiné, Jaurès représentait un double danger pour les classes dominantes des pays qui conduiraient l’Europe au massacre : « Il consolidait une force révolutionnaire capable, non seulement de mettre un frein aux manœuvres guerrières, mais aussi de renverser un jour ou l’autre les possédants. Il mettait aussi le doigt sur la gigantesque arnaque que constituait le recours  à un nationalisme de pacotille, à la xénophobie comme ciment du peuple, voulu par les dirigeants. »
  Dominique Ziegler  met ici en scène le destin fulgurant de ce grand homme politique avec  une succession de tableaux:  scènes d’intérieur familial, mais aussi moments de débat idéologique, au salon ou au bureau avec des sympathisants ou des adversaires,  et des discours à la tribune publique.
Pour la véracité et la vraisemblance de l’histoire,  il fallait un comédien de valeur pour incarner Jaurès, dont l’art de la parole tendait  uniquement vers la volonté d’action, et  non vers l’autosuffisance et la complaisance spectaculaire. Frédéric Polier est tout à fait convaincant: il incarne un Jaurès plus vrai que nature, une figure iconique, entre celle du peintre Monet et celle de Gérard Dépardieu. Il  a la fougue, l’énergie et le désintéressement souhaitée. L’homme au bel embonpoint, le bras levé, la barbe large et volumineuse, le front levé vers le ciel, frappe, scande et tonne, avec force et bonhommie, ses convictions.
On reconnaît, comme l’écrivait Trotsky, cet athlète de l’idée qui tomba sur l’arène, en combattant le plus terrible fléau du genre humain : la guerre.

 Véronique Hotte

Théâtre du Chêne noir jusqu’au 27 juillet à 12h 30.

 

Huis de Michel Ghelderode

Huis de Michel de Ghelderode, adaptation et mise en scène de Joss De Pauw, musique de Jan Kujiken

huise1  Joss De Pauw remet à l’honneur deux courtes pièces de Michel de Ghelderode (1898-1962), auteur belge francophone rarement monté chez nous.
Il a écrit pourtant plus d’une soixantaine de pièces, y compris pour les marionnettes, et une centaine de contes. Son théâtre se caractérise par un certain goût du baroque,  du  merveilleux, avec la Mort et la religion comme leitmotiv.

Joss De Pauw nous en propose une version en néerlandais, avec un surtitrage curieux, sur  un panneau central en fond de scène, avec des caractères assez petits, et un autre, côté cour, près du musicien, donc plus gros, qui happait le regard du public assis de ce côté.
La première de ces courtes pièces, Le Cavalier Bizarre, se passe dans un hospice de vieillards dans un endroit reculé de tout, où règne une atmosphère d’angoisse et de bizarrerie, qu’on retrouve, entre autres, dans Les Aveugles de Maeterlinck. Un des vieillards croit entendre sonner une cloche, alors que l’église la plus proche est très lointaine: c’est donc impossible.
Les autres se moquent de lui, puis  finissent par entendre cette cloche eux aussi; il devient alors leur guetteur, monte sur une échelle, et annonce d’abord l’arrivée d’un cheval assez géant pour porter des cloches, puis reconnait l’apparition de  la Mort. Chacun des vieillards se cache sous son drap, en redoutant d’être celui que la mort vient chercher puis  se confesse publiquement, sous les ordres du guetteur.
  Le première scène est un peu longue à se mettre en place, et on y entend d’abord la musique de Jan Kuijken, par l’orchestre de l’Opéra de Flandre,  mais enregistrée pour des raisons d’économie, et mixée, en direct et à vue, par  le compositeur. Six hommes, en chemise de nuit, s’installent sur le plateau et se couchent, couverts d’un drap, mi-ronfleurs, mi-gisants, puis l’un d’eux  met une robe et esquisse quelques pas de danse avant que la pièce ne commence vraiment.
La partition musicale, grandiose, tient ici une place capitale, parfois même comme dans un opéra parlé. Ecrite et pensée comme une musique de cinéma, elle a parfois un côté grandiloquent.
Le rythme de l’action est lent, mais, comme les personnages sont  correctement campés, cette première partie, narrative, passe  bien,  même si le spectacle reste sage.
La deuxième partie, Femmes au Tombeau, débute avec chants et cris de femmes stridents et désagréables. Cela se passe à Jérusalem, le vendredi saint, et  les femmes  qui ont toutes approché le Christ,  se déchirent le privilège de celle qu’il aura le mieux connu, de celle qui l’aura le mieux servi et respecté. On verra donc ainsi  Marthe, Véronique, gardienne de l’image du Christ, la femme de Pilate, la femme adultère,  et Marie-Madeleine.
On peut y voir une certaine mysogynie qui était peut-être celle de l’auteur : ces femmes, qui se chamaillent pour le Christ, sont parfois ridicules. Elles  entrent une à une et cela aussi, c’est long! Là encore, il n’y a pas vraiment d’originalité dans ce théâtre, même si l’interprétation n’est pas à mettre en cause.
Cette farce mystique, où toutes les comédiennes sont aussi des chanteuses, aura certainement retenu l’attention d’Olivier Py; il ne pouvait  être insensible aux thèmes développés par l’auteur (voir l’article du Théâtre du Blog sur Orlando  créé  à la FabricA au début de ce festival).
Joss De Pauw a le mérite de remettre au goût du jour le théâtre de Michel De Ghelderode en deux petites heures mais… dommage,  sa mise en scène est un peu emphatique, ce qu’accentue encore la musique.

Julien Barsan

Cloître des Célestins du 9 au 17 juillet.

Sleep, Awake

Sleep, Awake,  mise en scène et chorégraphie de Shao Zehui

 photoLe sommeil occupe un tiers de notre vie : cet état peu exploré dans le passé par la science,  fait l’objet de plus en plus de recherches médicales, et les troubles du sommeil sont  croissants dans la population, quelles que soient ses origines.
La chorégraphe Marion Lévy avait créé un beau spectacle, avec En Somme autour de cette question. Ici, c’est une compagnie chinoise qui cherche à nous en révéler les mystères.  C’est le sommeil pathologique qui est montré, en particulier l’insomnie et les terreurs nocturnes, ainsi que l’alternance sommeil/veille.
Cette troupe, (un comédien et trois danseuses), est confrontée à un double challenge : donner à voir un état qui, par essence, se déroule dans le silence et  l’obscurité, mais aussi  permettre ainsi à la danse contemporaine de naître dans un pays peu habitué , du moins pour l’instant, à cette forme chorégraphique.
 Le spectacle souffre d’un manque de rythme, en particulier dans les transitions, et l’accompagnement musical n’est pas toujours très lisible. Mais les quatre artistes défendent avec énergie leurs propositions.  Avec  l’équipe qui les accompagne, ils ont fait un long voyage pour présenter leur travail en Avignon. Il y a quelques beaux moments à retenir dans ces cinquante minutes et, en tout cas, on peut remercier cette troupe de sortir des cadres habituels de la danse chinoise pour venir rencontrer un nouveau public.

Jean Couturier

 Théâtre Golovine jusqu’au 23 juillet à 12h 30, T : 04 90 86 01 27

le nouveau festival d’Alba

Panier Piano,  leçon musi-comique arrosée de Leonor Stirman

C’est une vraie/fausse conférence d’une grande pianiste délaissée qui analyse le potentiel des spectateurs en leur touchant les mains. Golda Smendrick organise une master-class en se remémorant des souvenirs nostalgiques qui l’émeuvent, et qu’elle soigne à la vodka…
Elle fait d’abord une petite introduction théorique sur la musique, avec en alternance des sons et des silences,  et tente de faire faire aux spectateurs un échauffement vocal, évoque Frédéric Chopin et la gare de Minsk, titube en racontant le voyage de Gorevitch, s’endort sur son piano…
Entre deux séquences de délire verbal, elle joue un pot pourri de morceaux nostalgiques avec un certain brio. Panier-Piano est un spectacle destiné à la rue mai  peine à s’imposer dans un salle fermée, et …devant une quinzaine de spectateurs, malgré le vrai talent de la jolie pianiste.

Collège Saint-Jean Baptiste de la Salle à 14 h 30 jusqu’au 27 juillet, T: 04 32 76 20 63

Edith Rappoport.

Circo barolo, mise en scène d’Alain Reynaud et Ami Hattab

Le nouveau festival d’Alba-la-Romaine, dirigé depuis six ans par Alain Reynaud,  alias Félix Tampon de la compagnie des Nouveaux Nez et Compagnie, fondateur de la Cascade, et du Pôle National des Arts du Cirque de Bourg Saint-Andéol, propose du 10 au 14 juillet une quinzaine de spectacles de clowns et de cirque, dans un site agreste enchanteur.Plus de cent cinquante représentations, et des ateliers et des visites du site  attirent un public familial très populaire.
Chaque année, un collectif se réunit pour élaborer une création singulière, élaborée en quelques jours de répétitions, qui rassemble des artistes de cirque venus de différents horizons. Ce Circo Barolo répété à la Croix-Rousse à Lyon, a connu huit représentations qui se prolongent au-delà de la clôture du Festival au coucher du soleil dans ce site magnifique.
Félix Tampon mène la danse avec son nez rouge pour introduire ses compagnons. D’abord la ferme pédagogique avec Diane Dugard,  dresseuse de poules, la compagnie Corlao, avec Coraline Léger et Laura Colin, Serge Huercio et son vélo acrobatique et l’étonnant Luca Berganzi, voltigeur sur le fil, tous  accompagnés par les musiques du Trio Barolo qui donnent une résonance poétique à ce splendide espace…
Malgré quelques longueurs clownesques de Félix Tampon qui n’en finit pas de s’emmêler dans ses partitions, ce Circo Barolo est un délice poétique comparé aux touffeurs asphyxiantes du festival d’Avignon.

Image de prévisualisation YouTube

Théâtre Antique d’Alba la Romaine jusqu’au 18 juillet  à 19h 30

www.lenouveaufestivaldalba.fr

Toni M.

Toni M. , texte de Gaétan Vassart, collaboration artistique de Bernard Sobel

 

 Gaëtan-VassartEn  2009, Toni Musulin,  convoyeur de fonds,  avait disparu au volant  du  fourgon blindé de la société qui l’employait  à Lyon,  avec 11,6 millions d’euros à bord. Il avait été condamné en 2010, à cinq ans de prison.  Sur ce butin de  11,6 millions d’euros, 9,1 avaient été retrouvés quelques jours après le vol.
Et Toni Musulin s’était rendu à la police de Monaco dix jours après…  Il a été libéré en 2013 mais a toujours nié avoir empoché la différence…
Les choses, entre temps, se seraient compliquées, puisque, selon Hervé Banbanaste, l’avocat du convoyeur de fonds, estimait  que l’affaire concernant le super-flic Michel Neyret remettait  en cause la disparition des  2,5 millions d’euros, alors même que l’enquête  avait été menée par le présumé flic ripou.

  Bref, cette affaire passionna l’opinion publique; depuis sa libération, Toni Musulin a retrouvé sa Serbie natale, et ce vol rocambolesque a déjà fait l’objet d’un film de Gilles Minouni en 2011 avec François Cluzet.
Gaétan Vassart, comédien que l’on a pu souvent voir dans les mises en scène de Bernard Sobel, s’est inspiré de ce fait-divers pour écrire une fiction où il raconte la fuite  mythique de cet homme qui rêvait d’une vie plus luxueuse que celle d’un petit convoyeur de fonds, et  dont la courte cavale a fini lamentablement, loin de Lyon et de ses quais brumeux, sous le beau soleil et les palmiers de Monaco, symbole de la richesse et du pouvoir financier. Le tout, ce qui est plus rare, sans aucune violence. Mais moralité: un hold-up  ou assimilé, c’est plus facile à réussir qu’une cavale qui nécessite une logistique de tout premier ordre…

  Cela se passe dans la toute petite chapelle Sainte-Claire du Théâtre des Halles. Sur la scène, quasiment rien qu’un châssis au centre, pour cacher quelques accessoires dont une poule que Gaétan Vassart plumera tout au long du spectacle, après l’avoir plongé dasn l’eau chaude. Et, sur le côté de la petite scène, une vraie poule, bien vivante. La mort, la vie, ou la vie, la mort?  Si c’est une idée de Nanard, elle est aussi sotte que grenue, et n’apporte rien du tout. D’autant plus que les animaux vivants sur une scène… on aura quand même beaucoup donné, d’un dindon dans Tartuffe chez  Dominique Pitoiset, d’un cheval chez Matthias Langhoff et des poules chez Jérôme Savary, etc…  On espère que la poule au moins n’est pas jetée, et est mise aussitôt à cuire…
Cela dit,  Gaétan Vassart s’empare de son texte  qu’il a écrit en résidence à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon,  avec beaucoup de finesse et de savoir-faire. Il n’y a pas foule pour l’écouter mais il est là, solide, assis sur une chaise, en train de plumer sa poule comme un paysan qui l’a fait des dizaines de fois, en  racontant  la belle histoire  de cet homme dont le rêve un peu naïf fascine toujours les populations; aux meilleurs moments, naît alors une certaine émotion.
Voilà, à vous de décider si ce monologue de soixante-dix minutes vaut le détour…

Philippe du Vignal

Théâtre des Halles Chapelle Sainte-Claire jusqu’au 27 juillet à 18h 30.

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