La Brique de Guy Alloucherie

La Brique, direction artistique et mise en scène de Guy Alloucherie

 
guy_alloucherieLe bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Du coup, Guy Alloucherie a saisi l’occasion d’inventer un spectacle émouvant et autobiographique. Une première fois, à l’occasion des Journées du Patrimoine fêtées par Culture Commune, scène nationale, sur un carreau de fosse minière .
Une autre fois, et pour bien d’autres célébrations ensuite, cette Brique insolite est à nouveau polie, « briquée », pour être « imbriquée », par la compagnie Hendrick Van Der Zee (HVDZ), selon le destin quotidien des murs des corons, lors de l’ouverture du Musée du Louvre à Lens.

  La conférence facétieuse et enjouée, est orchestrée de main de maître et le sourire en coin, par  Guy Alloucherie, qui invite le public à réfléchir sur la notion de patrimoine et sur celle des traditions, dans une méditation existentielle sur la place effective de l’homme à l’intérieur de ce patrimoine.
L’interprète, quelque peu mélancolique, installé dans un halo scénique, à la fois comique et philosophique, historique et mémoriel, s’arrête sur cet objet rouge et tristement géométrique ,cette  brique anonyme, matériau emblématique régional et métaphore irréversible de ce qui est dur et non traitable.
 Comédien, mime et interprète ironique, le baladin ,seul en scène – il avoue avoir souffert depuis l’enfance d’une timidité maladive – fait le clown mais pas le joyeux drille. Un clown inspiré et empreint de la nostalgie d’un passé révolu, qui diffuse une émotion bon enfant.
Le comédien va et vient, telle une souris technologique manipulée, d’un ordinateur à un rétroprojecteur, puis à un premier écran et à un second, le regard alerte, sautant d’un objet à l’autre, et rassemblant les vues dans une jolie synthèse conclusive.
Il  fait admirer au public un tas de briques, un fouillis de fausses pierres, qu’il organise géométriquement, allant jusqu’à « imbriquer » sa tête à l’intérieur d’un vide rectangulaire laissé en évidence, ou bien gisant, étendu de tout son long sur une surface plane et dure, bâtie avec des briques soigneusement rangées. Une invention ludique de Jérémie Bernaert.
Les photos de famille, récupérées chez une sœur aînée, composent un trésor inépuisable pour qui prend la peine de se pencher sur ces souvenirs de papier. Le performeur prend un feutre et colorie en rouge les moindres pans des murs en briques des maisons des corons :  cette couleur envahit tout.
Un trait rouge, une flèche, un cercle:  ces signes commentent et interprètent toutes les situations, les relations des membres de la famille entre eux, avec des anecdotes, des détails, des souvenirs du passé qu’on aurait aimé rattraper, comme la jeunesse  qui s’est envolée. Le pull-over de Guy est toujours au frais dans le frigo familial qui ne fonctionne pas.Et le fils se souvient avec tendresse du signe de  main de sa mère, au bout du jardin, quand elle accompagnait le père qui s’en allait sur le chemin trop souvent fatal de la mine.
On ne verra enfants que la sœur ou le frère de Guy Alloucherie, et  lui-même, bébé, dernier de la fratrie, dans les bras maternels. Pudique, l’acteur se parle à lui-même, faisant aveux et confidences avec  une générosité naturelle envers  le public qu’il fait sourire.
Entre confessions et conférence, l’acteur tient la balance sur un fil très  mince, éveillant l’attention du public, citant d’instinct un fragment de poème de René Char ou des Trois Sœurs de Tchekhov.
Un moment agréable et tendu, un morceau rare de la vie précieuse de chacun.

 Véronique Hotte

 Présence Pasteur, jusqu’ au 27 juillet à 13h.


Archive pour juillet, 2014

Les mères de famille se cachent pour mourir

Festival d’Avignon off

Les Mères de famille se cachent pour mourir de Constance Pittard

C’est un solo dans un cinéma qui accueille… vingt spectacles par jour. Il y a une longue queue de personnes visiblement captivées  par cette  vedette  de la télévision mais inconnue du théâtre public.
Constance Pittard apparaît en robe de chambre pour conter les déboires des femmes seules:  elle regrette les années 50, les femmes parfaites qui attendaient leur mari dans une maison impeccable, les enfants bien dressés qui ne parlaient pas à table.
Elle dresse une galerie de portraits comme celui d’une femme hystérique qui tente de maîtriser ses enfants, hurlant contre son mari, et ne sachant plus  à quel saint se vouer. « Restez bêtes et sans avis ». Elle joue les petites filles idiotes, interprète des caricatures sinistres, avec de grosses blagues vulgaires comme « Je fais des économies sur ma facture de gaz en me suicidant avec mes propres prouts ! ».
Il y a une certaine dextérité dans la peinture de ces portraits qui font hurler de rire l’ensemble des spectateurs, à tel point que deux d’entre eux déchaînent une hilarité nouvelle. Malgré le savoir-faire indéniable de cette bonne professionnelle, il est assez consternant de voir qu’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ! Et nous sommes pris de vertige en pensant aux recettes probables à la fin du festival…

Edith Rappoport

Le Paris jusqu’au 26 juillet à 21 H 30, www.leparisavignon.com

 

Edith Rappoport

Mahabharata-Nalacharitam

photo 1

Festival d’Avignon In

Mahabharata-Nalacharitam,  mise en scène de Satoshi Miyagi, (en japonais surtitré en français).

Presque trente après le mythique spectacle de Peter Brook, l’épisode Nalacharitam de la célèbre épopée indienne, a été  mis en scène par Satoshi Miyagi, du Shizuoka Performing Arts Center, et  il a offert gratuitement, avec sa troupe, des extraits de cette création le 12 juillet, devant le  Palais des Papes, puisqu’il ne pouvait jouer  à la Carrière Boulbon, du fait de la grève des intermittents.
 Ce qui frappe d’emblée ici, c’est une très intelligente scénographie: les gradins sont entourés d’un anneau surélevé où jouent acteurs, marionnettistes, danseurs et conteurs…
   La notion de jeu est importante ici:  c’est un état d’esprit qui anime ces artistes qui nous racontent l’aventure du roi Nala. Possédé par le démon Kali, il va perdre au jeu son royaume, et sa femme, la princesse Damayanti. Durant cent dix minutes, il va tenter de reconquérir sa bien-aimée et son royaume, et y parviendra enfin.
Cette création est accompagnée, en contrebas de l’anneau de jeu, par trois musiciens et quatre musiciennes, tous les sept  exceptionnels de présence, au service d’une superbe partition. Les formes de l’art théâtral traditionnel du Japon :  opéra kabuki,  marionnettes bunraku, art du conteur, mais aussi des expression plus modernes, comme en clin d’œil , ces mangas ou ces spots publicitaires à la télévision, sont ici réunis  dans une belle coexistence: .
Tous les acteurs sont justes, pleins d’énergie et heureux de jouer, en particulier le conteur, incroyable avec d’incroyables ruptures de ton : avec son pendant féminin, il donne la parole à tous les personnages de cet épisode, et  se permet même d’imiter la voix d’un bonze des cérémonies religieuses du Sutra.
   Cette interprétation du Mahabharata-Nalacharitam, très gaie, prend parfois l’allure des festivités des temples shintoïstes. La manipulation est toujours d’une grande précision, que cela soit pour les petites marionnettes à gaine des personnages,  ou pour le grand tigre qui court sur l’anneau autour de nous. Il faut avoir gardé son âme d’enfant pour apprécier pleinement ce spectacle jubilatoire.
Les artistes, dans leur ensemble adoptent un rythme soutenu et emportent l’adhésion du public. En costumes blancs, composés initialement de papier Japon artisanal, qui ont été retaillés dans du cuir synthétique, plus solide. Les masques en papier de certains personnages rappellent  l’esthétique des mangas.
Et le spectacle est imprégné d’une poésie naïve et réjouissante. Satoshi Miyagi, surprenant d’humilité, parle de sa création et de la mixité de la culture japonaise : «Parmi toutes les cultures mélangées sur ces îles, ce sont les deux plus grandes civilisations asiatiques -chinoise et indienne- qui ont exercé la plus forte influence sur la culture japonaise», et cela se voit sur scène.
  L’accueil du public chaque soir est fabuleux et nous avons quitté un metteur en scène et des artistes heureux de jouer dans cette nuit d’Avignon temporairement apaisée. Qu’attend-on d’un festival ? Au moins, une soirée dont on se souviendra toute sa vie, non reproductible ailleurs, composée d’une alchimie entre le lieu de représentation, une histoire et un public.
Merci donc à Satoshi Miyagi de nous avoir fait vivre cela.

Jean Couturier

Carrière de Boulbon jusqu’au 19 juillet à 22 heures.
   

 

SPAC『マハーバーラタ〜ナラ王の冒険』@アヴィニョン演劇祭 劇評

十数人の評論家によって運営されているフランスの舞台芸術批評のブログ、« Théâtre du blog »に、アヴィニョン演劇祭の《イン》で、今月19日まで上演される宮城聰演出、SPAC『マハーバーラタ〜ナラ王の冒険』の劇評が掲載されました。
執筆者はフィリップ・ジャンティのカンパニーで、批評と写真を担当されているジャン・クテュリエ氏です。
« Théâtre du blog »のサイト管理者に連絡をとり、許可を頂いた上で、クテュリエ氏の劇評の翻訳をここに掲載します。
2014年7月19日 片山幹生

ピー ター・ブルックの神話的スペクタクルの上演のほぼ三〇年後、インドのこの有名な叙事詩にある「ナラ王の冒険」のエピソードが、静岡舞台芸術センター (SPAC)の宮城聰の演出によって上演された。アンテルミタンのストライキのためブルボン石切場での公演ができなかった7/12には、宮城とSPACの メンバーは、この作品の抜粋をアヴィニョン教皇庁宮殿の前で無料で上演している。

この作品でまず印象的なのは、極めて知的に構築されたセノグラフィ(舞台空間)である。客席はその頭上に指輪状に設置された舞台に取り巻かれている。この舞台上で俳優、人形遣い、ダンサー、そして語り手が演技を行う。

演技の概念もここでは重要である。ナラ王の冒険をわれわれに物語るアーティストたちの高揚させる精神の状態は、演技の概念と結びついている。悪魔カリに 取り憑かれたナラ王は賭けによって王国と彼の妻、ダマヤンティを失うはめになる。110分のあいだ、ナラ王は愛するダマヤンティと王国を取り戻すために奮 闘し、そして最後に取り戻す。

輪状の舞台の下方では、男性三名、女性四名からなる七名の卓越したミュージシャンが、素晴らしい音楽を奏でる。歌舞伎、文楽、語り芸といった日本の伝統 芸術の形式だけでなく、マンガやテレビ・コマーシャルといった現代的な表現もアクセントとしてこの作品には取り入れられ、それらの要素が見事に統合され、 共存している。

俳優はみな達者で、その演技はエネルギーと演じる喜びにあふれていた。とりわけ語り手の声の表現力は驚嘆すべきものだ。語り手の分身である女性の声を担 当するほか、「ナラ王の冒険」の全ての登場人物たちの声をひとりで語り分けた。さらには式典で経文を唱える僧侶の声まで模倣してみせた。

『マハーバーラタ〜ナラ王の冒険』の陽気で愉快な演技には、神社の祝祭の雰囲気を感じさせるところもあった。登場人物を模した指遣いの小型の人形にせ よ、観客の周りを囲む輪状の舞台を駆け回る大型の虎にせよ、その操作は常に非常に巧みだった。喜びに満ちたこのスペクタクルを余すところなく享受するには 子供の心を持つ必要があるだろう。

アーティストたちは全体で持続したリズムを受け入れ、観客を引き込んでいく。彼らが着ている白い衣装は、和紙を主な材料としているが、合成皮革を混入することで、より丈夫な材質になっている。紙製の仮面のなかにはマンガを連想させるデザインのものもあった。

作品には素朴さと楽しさが浸透している。驚くべき謙虚さで、宮城聰は自分の作品と日本文化の雑種性について次のように語った。「この島国にはあらゆる文 化が混入しているのですが、そのなかでも日本文化にもっとも大きな影響をもたらしたのは、中国文化とインド文化なのです」。こうした文化のありようは舞台 の上に見て取ることができる。

毎夜の観客の熱狂ぶりは驚くべきものだ。私たちは、一時的に静けさを取り戻したアヴィニョンの夜、演出家と演じる幸福にひたる俳優たちと別れた。私たち がフェスティヴァルに望むものは何だろうか? それは生涯にわたって記憶に残るような夕べの時間ではないだろうか? 他の場所では経験することができない ような、上演場所と物語と観客の詩的な錬金術によってもたらされる夕べの時間。ありがとう、宮城聰さん。私たちは確かにそういう時間を味わうことができま した。

ジャン・クテュリエ Jean Couturier

オリジナル記事(仏語)のurl:http://theatredublog.unblog.fr/2014/07/16/mahabharata-nalacharitam/

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O vous frères humains

Ô vous frères humains  d’Albert Cohen, mise en scène d’Alain Timár.

 

ovfh4 - -® Raphael Mignerat_WEBCe texte d’Albert Cohen, écrivain plus connu pour son roman culte Belle du seigneur qui enchanta beaucoup de  jeunes gens de 68, fut publié en 1972 quand son auteur avait déjà 77 ans. Mort à Genève quatre ans plus tard, il était né à Corfou  en 1885, et encore très jeune vécut à Marseille où il fit ses études, et  devint ensuite diplomate; pendant la guerre,  il fut à Londres, conseiller juridique du comité inter-gouvernemental pour les réfugiés.
Dans  Ô vous frères humains dont le titre reprend les célèbre vers de Villon: Ô vous frères humains qui après nous vivez, Albert Cohen  évoque un souvenir personnel, quand,  à dix ans dans une rue de Marseille, donc il y a déjà plus de cent ans, à une époque où l’antisémitisme était couramment admis, il fut la cible d’un d’un camelot qui vendait des bâtons d’un prétendu détacheur, et qui s’en prit à cet innocent gamin en l’injuriant, au seul motif qu’il était juif.
Et ce souvenir marqua ensuite Albert Cohen toute sa vie; et comme le dit Alain Timár, « la lucidité extrême de la vision de l’écrivain et cette sale histoire prennent valeur d’exemple pour chacun d’entre nous ».  Danielle Paume qui a signé la dramaturgie du spectacle pense qu’elle s’est retrouvée devant un texte écrit-parlé dont la forme même appelait la représentation mais surtout pas représentation en un  » appareillage spectaculaire », plutôt comme une invite à réfléchir ensemble à partir d’émotions vraies, intense.
Pourquoi en effet, un homme arrive-t-il à haïr ainsi un pauvre petit garçon qu’il ne connaît même pas, et qui voudrait lui acheter un bâton de son détacheur pour l’offrir à sa maman. A  cette question lancinante: pourquoi tant de haine chez cet homme envers celui qui n’est encore qu’un pauvre petit garçon sans défense aucune,  Albert Cohen  se dit généreusement à la fin de sa vie que le camelot n’est qu’un pauvre bougre malheureux qui essaye d’exorciser sa solitude et sa peur de mourir en humiliant un de ses pareils mais sans défense qui voit la haine dans ses yeux. Rien ne sert vraiment de haïr, pour Albert Cohen, puisque nous sommes tous soumis à   » J’ai été un enfant, je ne le suis plus, je n’en reviens pas ».  » Je vieillis que c’est un plaisir et je mourrai bientôt ».
Le style d’Albert Cohen est ici, aussi succulent que dans  Belle du seigneur. Mais comment porter sur un plateau de théâtre  son humour ravageur, sa lucidité et sa foi malgré tout en l’amour de l’autre?  Alain Timár n’a pas vraiment de solution dramaturgique et  dans l’adaptation de ce texte, a  démultiplié par trois une sorte de monologue avec trois bons acteurs: chacun d’âge différent:  Gilbert Laumord, la soixantaine,  formidable acteur et metteur en scène guadeloupéen formé au Danemark, Paul Camus,  la quarantaine, né en Charente-Maritime mais Bruxellois d’adoption, et Issam Rachyq-Ahrad, la trentaine. Tous, à la diction impeccable et à la belle présence.
Sur cette scène remarquable de profondeur que  tout metteur en scène parisien rêverait d’occuper au moins une fois, rien que trois chaises en fer rouges  et surtout un grand châssis en trois parties couvert de lambeaux de vieux papier peints différents, dont on peut donc modifier au besoin l’apparence. C’est à lui seul, une œuvre plastique tout à fait intéressante due à Alain  Timár qui aurait sa place dans une galerie d’art contemporain.
  Et cela fonctionne? Pas vraiment. Un peu au début quand, Gilbert Laumord évoque  l’obsession de la mort et de la décomposition du corps, et un peu à la fin, quand les  acteurs forment une sorte de choral à trois voix. Mais, entre les deux, cette logorrhée est  peu convaincante et ce qui aurait dû être un vrai spectacle, devient assez vite soporifique… La faute à quoi?  D’abord  et surtout à un texte qui n’est pas toujours aussi passionnant que Danielle Paume le croit , et qui ne fait pas nécessairement théâtre. Surtout, pendant quatre-vingt dix bien longues minutes. Et, à cette manie actuelle qui sévit, en particulier, dans le off : vouloir à tout prix adapter  un texte, quel qu’il soit, de préférence dû à un grand écrivain, et de préférence aussi avec un acteur connu comme Patrick Chesnais et le mettre en scène sous forme d’un monologue.
Mais quel avantage y-a-t-il à voir ce texte porté sur un plateau, même comme ici, avec beaucoup de scrupule et d’honnêteté? En général, aucun metteur en scène ne veut répondre à la question… Réfléchir ensemble, comme le dit Alain Timár, on veut bien,  mais est-ce un motif suffisant?  Pas sûr! Et bien rares, sont les textes non théâtraux qui appellent vraiment la représentation…
Donc à vous de voir,  si vous avez envie de faire partie d’un public et d’aller écouter ce texte d’Albert Cohen, au lieu de le lire

Philippe du Vignal

Théâtre des Halles jusqu’au 27 juillet à 16 heures. T: 04-32 76 24 51

T.I.N.A. (There is no Alternative)

Avignon Off

T.I.N.A. (There is no Alternative) chorégraphie de Benoit Bar

photoLe titre fait référence à une phrase attribuée à Margaret Thatcher qui interrompait ainsi, à l’époque, toute possibilité de dialogue avec son interlocuteur.
Cette femme politique a créé, par sa tenue et sa posture, un personnage féminin très identifiable mais ce sont d’autres archétypes féminins que nous invite à découvrir le chorégraphe.
Il élabore des caricatures à partir de costumes caractéristiques: une robe Vichy vert, des robes de couleur à col Claudine ou un tailleur strict. Les trois danseuses vont s’efforcer de déconstruire l’image habituelle des personnages ainsi évoqués.
L’ombre de Pina Bausch plane sur certains tableaux, d’autant plus que les danseurs évoluent sur un sol d’herbe synthétique qui nous rappelle l’espace de jeu de
1980. Ici, l’objet-vêtement va être vecteur de sens, au point que, dans la première scène, la danseuse se présente nue et va peu à peu se revêtir d’accessoires distinctifs : boucles d’oreilles, collier, chaussures à talons, robe. Du matériau utilisé naît le malaise, que ce soit du papier journal qui déforme les corps, ou les vêtements.
Les mouvements des trois danseuses sont parfois asynchrones: elles se présentent en trio, en jupe écossaise, le visage masqué par une perruque. En plaçant les corps en mouvement à la frontière qui semble délimiter le genre féminin, dit Benoît Bar, j’ai tenté, avec le respect dû à ma non-appartenance à ce genre (mais parler d’appartenance ou de non-appartenance ne nous inscrit-il pas d’emblée dans une dichotomie réductrice?), d’apercevoir son essence, ou alors d’en souligner, avec lucidité et consternation, l’artificialité dans laquelle on l’a circonscrit».
On peut dire plus simplement que  ce spectacle très esthétique et rythmé questionne et répond à cette définition de l’art de Jean-Luc Godard: «L’art est comme un incendie: il naît de ce qu’il brûle».

Jean Couturier

Théâtre Golovine jusqu’au 27 juillet (relâche le 21). T:  04 90 86 01 21

nature morte, à la gloire de la ville

Nature morte, à la gloire de la ville de Manolis Tsipos, traduction de Myrto Gondicas, atelier-spectacle dirigé par Michel Raskine à l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne.

Avignon-2014_Jour-07-Nature-morte.-A-la-gloire-de-la-ville-1050x600C’est une volonté affichée d’Olivier Py (et il a bien fait) d’accorder une priorité à celui des pays européens sans doute le plus durement touché par la crise économique, et qui a aussi été, on l’oublie trop souvent, à l’origine du théâtre occidental, donc sans lequel, souvenons-nous, il n’y aurait jamais eu non plus de festival d’Avignon. Où cette année sont donc programmés trois spectacles, Vitriol de Dimitri Dimitriadis,  La Ronde du carré de Yannis Mavritsakiset Nature morte à la gloire de la ville. Ces textes écrits par des auteurs grecs de génération différente ,témoignent chacun à leur façon de la Grèce d’aujourd’hui, en proie à un cataclysme social comparable à celui des années 30 en Allemagne.
Manolis Tispos a trente cinq ans et auteur scénariste et metteur en scène et artiste de performance et sa pièce, Nature morte à la gloire de la ville est une sorte d’œuvre lyrique où s’exprime une grande violence, en rapport évidemment avec la situation explosive que connaît son pays depuis plus de quatre ans.
De par sa forme atypique,  de par aussi  le délai court entre la livraison du texte français et le début du travail,  cet atelier-spectacle, dit Michel Raskine, est un champ de recherche pour les élèves de deuxième année (promotion 26) mais aussi pour le metteur en scène-pédagogue. Au texte de Manolis Tsipos, ont été associés des fragments du Prométhée d’Eschyle
Cela se passe dans un gymnase, juste habillé de quelques pendrillons de velours noir, et doté au fond d’un mur d’escalade; sont accumulés, en ordre comme en désordre, c’est selon, des objets comme une série de fauteuils blanc de jardin , des couronnes de fleurs, des fontaines à eau vides, etc… Le tout en plastique blanc ou coloré, dont on ne voit pas bien la nécessité sinon de remplir ce grand espace. Mais cela ne constitue ni une scénographie ni une véritable machine à jouer.
C’est assez laid, et Michel Raskine semble avoir été davantage préoccupé par la direction de ses élèves comédiens de deuxième année qui doivent se débrouiller avec un texte pas facile. mais qu’il a bien aidé.  Il y a ainsi Julien Bodet, Thomas Jubert, Gaspard Liberelle, Aurélia Lüscher, Tibor Ockenfels, Maurin Olles, Pauline Panassenko, Manon Raffaelli et Mélissa Zehner. Tous avec une oralité et une gestuelle impeccable; c’est un travail bien dirigé,  d’une grande rigueur, un peu démonstratif, que ce soit dans les solos ou dans le travail choral, mais c’est la loi du genre, et c’est toute l’ambiguïté de ces travaux d’élèves: on a affaire ici à la fois à un atelier mais aussi à un spectacle payant.
Le spectacle dure un peu plus d’une heure et on a donc du mal à repérer des individualités mais cela fait du bien d’entendre ces voix fraîches et  de voir les beaux visages de ces jeunes gens, qu’ils jouent ou parfois chantent. C’est vraiment émouvant cette spontanéité dans un jeu encore brut de décoffrage (mais sans criailleries, sans micros HF!)  surtout après le terrible ennui que nous a infligé Marie-José Malis avec son Hypérion à quelques dizaines de mètres de là. (voir Le Théâtre du Blog).
La mise en scène de Michel Raskine est simple mais efficace, même s’il aurait pu nous épargner ces continuelles séances de déshabillage/rhabillage qui n’apportent rien. Cette Nature morte est comme un hymne  qui nous parle de la jeunesse grecque qui a déjà commencé comme autrefois à s’exiler, avec,  en trame, les impitoyables répressions policières imposées sans état d’âme par le gouvernement, des manifestations,  comme au temps où les colonels dirigeaient le pays d’une main de fer, l’incroyable pauvreté qui amène les gens à toutes les tricheries possibles pour survivre. Et avec,  comme conséquence  immédiate, la montée des partis d’extrême droite dont l’histoire nous a appris depuis longtemps qu’ils n’ont jamais trouvé la moindre solution aux graves problèmes sociaux et politiques d’un pays.
Ces jeunes élèves ne deviendront sans doute pas tous comédiens mais ils savent déjà ce qu’est une  unité de jeu et un spectacle donné dans des conditions minima, et ce  n’est déjà pas si mal après deux ans d’école. Cet atelier-spectacle témoigne en tout cas de la bonne qualité de l’enseignement donné à Saint-Étienne.

Philippe du Vignal.


Gymnase du lycée Saint-Joseph, les 9, 10, 11 et 12 juillet. 

L’Homme semé

L'Homme Semé©Thierry Grand-IMGP7919

L’Homme semé , Looking for Œdipe Tragically, texte et mise en scène de Dominique Wittorski.

 

Dominique Wittorski et sa bande, Alexandre Aflalo, Charlotte Blanchard, Serge Gaborieau, Fabien Joubert, Bruno Rochette et Olivier Ythier – s’en sont donné à cœur joie pour revisiter joyeusement le mythe symbolique d’Œdipe à sa source. Sophocle raconte la quête d’Œdipe, roi de Thèbes,  pour retrouver le meurtrier de son prédécesseur sur le trône, le roi Laïos. Le Tragique grec n’est pas dupe et manie l’ironie à souhait,  puisque l’enquêteur et le meurtrier ne font qu’un. Le roi Laïos n’est autre que le père du bourreau et de la victime. Et la veuve de Laïos n’est autre que la femme et la mère du fameux Œdipe. Un imbroglio inénarrable.
   Dans L’Homme semé de Wittorski, l’action se passe de nos jours: Achille avant sa mort,  avait  exprimé la volonté que ses héritiers jouent Œdipe Roi de Sophocle. Les enfants fidèles à Achille se penchent sur le mythe d’Œdipe avec un élan rageur. Œdipe énigmatique s’interroge lui-même et tous les descendants de Thèbes avec lui : «Je croyais que mon père était de Corinthe,  et ma mère étrangère à Corinthe mais mon père était Thébain et ma mère du même sang que lui. Comme tous les Thébains. Je croyais être métis. J’étais incestueux. Fils d’incestueux. Pourquoi vouloir construire des villes, des pays sur des modèles familiaux que l’on condamne ?»
Les frères, demi-frère et belle-sœur, ont convié le public à une répétition catastrophe où chacun plaisante et ironise durant le dernier repas,  avant de quitter la ville. D’emblée, le spectateur assiste à une comédie, une farce où les jeux de mots fusent,  évoquant entre autres, une soupe clairette, un bouillon sans yeux ni dieu.
Les acteurs s’amusent et échangent en riant leurs impressions du moment, forts d’une improvisation contrôlée et rôdée. Sens de la répartie, équivoques langagières, blagues de potache, la bande soudée passe un bon moment à rire de tout et de rien. Mais cette première partie  est un peu longue et complaisante.
  La seconde partie s’annonce plus astucieuse, ne serait-ce qu’à travers la mise en relief du beau décor inventif du scénographe Thierry Grand : lattes de bois brut, planches, échafaudages, figures géométriques bancales: la scène illuminée est radieuse.
Cadmos, ancêtre d’Œdipe, a fondé Thèbes en plantant les dents d’un dragon dont sortiront comme par magie et selon la volonté divine, les « hommes semés ». La ville de Thèbes se construit ainsi sous les yeux du spectateur : fumées, monticule de terre, rayons de lumière, les sept portes stratégiques apparaissent dans leur splendeur.
La mise en scène fait alors  preuve d’invention et de réflexion, avec  esprit, en s’amusant  du mythe antique avec esprit. Le spectacle est alors plus juste et constructif  et fait oublier l’ennui et les longueurs complaisantes. Et les comédiens aguerris sont heureux de jouer ensemble. C’est une équipe attachante qui sait faire passer sa  vigueur et sa bonne humeur,  après avoir dépassé le tunnel du début.

 Véronique Hotte

 La Caserne des Pompiers à 18 heures.

Un jour nous serons humains. Religieuse à la fraise.

Festival d’Avignon in: 

Sujets à vif, programme A:

Un jour nous serons humains,  

 

photoLe titre d’Un jour nous serons humains, vient d’une réflexion entendue dans un hôpital psychiatrique par David Léon, auteur associé à la metteuse en scène Hélène Soulié.
Marik Renner dit ce texte qui a été inspiré à l’auteur par cette phrase : «Et alors non, j’ai crié, nous ne sommes pas humains, peut-être qu’un jour nous serons humains». Elle joue,  accompagnée du danseur Emmanuel Eggermont, dans ce havre de paix qu’est le jardin de la Vierge au lycée Saint-Joseph.  Sur un gazon synthétique qui pourrait être la cour d’un hôpital, la comédienne s’avance, fragile, vers le public et entame un monologue poignant sombre et amer. Le danseur lui occupe l’espace,   et entoure sa partenaire avec  des gestes minimalistes mais n’entre jamais en interaction avec elle qui nous prend constamment à témoin de son récit. Surtout quand elle dit : «Il y a d’avantage d’éléments en commun qui nous séparent, que d’éléments en commun qui nous rassemblent, les uns les autres».
Constamment en ruptures et répétitions, ce texte fort nous questionne sur la vie et sur notre rapport au monde et aux autres, et  nous met mal à l’aise. C’est un très beau travail, juste et nécessaire, dans cette période d’effondrement de toutes les valeurs éthiques et morales.
Comme par magie, le  dernier jour de  représentation était un dimanche, et le son des  cloches des églises d’Avignon ont accompagné une partie du spectacle… » Qu’il serait doux le son des cloches s’il n’y avait tant de malheur dans le monde »,  disait déjà Brecht…

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 Religieuse à la fraise

Plus de gaieté, avec la féline danseuse japonaise, Kaori Ito, face au cent vingts kilos du comédien Olivier Martin-Salvan : ils nous offrent une opposition de style tendre et légère. Chacun découvre et joue avec le corps de l’autre. Tel un jeune animal avec sa mère, Kaori se plaque sur le dos de son massif protecteur. Ce gros chou surmonté d’un petit chou, (d’où le titre Religieuse à la fraise) étonne,  surprend et fait sourire.
Sur le sol,  sont éparpillés des éléments végétaux que Kaori ramasse comme de précieux trophées. Elle explore le corps de l’homme, pousse parfois de petits cris, ou parle japonais. Danseuse et comédien entretiennent constamment un lien de tendresse l’un envers l’autre, même quand ils entament un faux combat de catch.
A la fin, ils se retrouvent en sous-vêtements et offrent au public une danse absurde et réjouissante, dans  un très beau moment de complicité.

 

Jean Couturier

Jardin du lycée Saint-Joseph du 7 au 13 juillet.  Religieuse à la fraise sera joué ensuite du 15 juillet au 9 août au Festival Paris quartier d’été

Fabrication

 Festival d’Avignon off

Fabrication chorégraphie de Chang Chien-Kuei

photo 1Avec ce spectacle, le public découvre une vraie entreprise familiale, puisque le Chang Dance Theater provient d’une famille de danseurs Taïwanais, eux-mêmes diplômés de l’école de danse de l’Université Nationale de Taipei.
Le personnage principal est une armoire blanche à trois portes posée au milieu de la scène. De ce meuble, sortent ou entrent deux danseurs et une danseuse. Le premier «accouchement» d’un danseur va permettre à Ku Tien-Chiang de se confronter au monde extérieur en réalisant un strip-tease à l’envers,  plein d’ambigüité et de grâce. De cette matrice protectrice en bois, apparaît un duo, avec un autre danseur Xu Ting-Wei et une séduisante danseuse, Cheng I-Han qui bouge avec une grande délicatesse.
Son frêle aspect et sa mobilité étonnent en particulier, quand elle conclut son  parcours par un mini-ballet, que composent ses doigts fins. A mi-parcours de ce spectacle de quarante minutes, nous perdons  parfois le fil de l’action, mais la fin éclairée par des  LED rouges, évoquant des lucioles, nous replonge dans une poésie  mêlée à de petits tours de magie. Ces lumières rendent hommage aux corps des danseurs,  et la musique Eric Satie, Frédéric Chopin ou René Aubry induit aisément le mouvement.
L’extrême précision des gestes et leur confrontation à cet élément du quotidien, l’armoire, dans cette très belle ancienne bourse de vente des soies en plein centre d’Avignon  vaut tout à fait le déplacement.

Jean Couturier

 Théâtre de la Conditions des Soies jusqu’au 26 juillet à 13h40. T : 04 32 74 16 49    

gare au théâtre

Gare au Théâtre à Vitry-sur-Seine: Nous n’irons pas à Avignon, .

Depuis plus de dix ans, Mustapha Aouar organise en juillet à Gare au Théâtre, une rencontre de compagnies qui présentent des ébauches, ou des reprises de spectacles déjà exploités ailleurs. On y trouve parfois quelques perles mais aussi des  travaux vite répétés et donc décevants.
Le budget, pour l’instant préservé, ne permet pas de mobiliser un véritable public, malgré les efforts d’une petite équipe militante. Cet Off vitryote a sans doute le mérite d’exister mais a du mal à décoller.

Le Manuscrit  des chiens. Quelle galère  de Jon Fosse, mise en scène Christophe Laluque.

Déjà vu l’an dernier au Théâtre Dunois, le spectacle pour enfants de L’Amin compagnie Théâtrale n’a pas pris une ride. Trois comédiens campent l’épopée du chien Websterr étouffant dans le lit de la vieille Oline, qui s’échappe pour aller voir la mer. « Malgré les apparences, ce n’est pas un chien ordinaire (…) il faudra bien que la vieille Oline s’endorme et que le chien Websterr se laisse glisser discrètement hors du lit ».
Mal lui en prend, et son errance dans la ville ne lui vaut que des déboires: il se fait agresser par un petit chien qui le jette hors du domicile où il est parvenu à pénétrer, se perd à la recherche de la mer et finit par trouver Anderson le chien au poil long qui tient un bar à l’enseigne :Le Repos des chiens solitaires.
Mais ce repos, il lui faudra le payer: même la gamelle d’eau ne lui sera pas donnée! À moitié mort de faim, il se perd dans la ville, à la recherche de sa maîtresse, folle de joie de le retrouver. Interprétée par trois  comédiens dans un espace blanc, devant un grand écran avec des projections, cette pièce ironique  de Jon Fosse, écrivain norvégien de 55 ans, dont les romans, nouvelles, poésie, essais et pièces de théâtre ont été traduits en plus de quarante langues, et dont les pièces ont été montées par Patrice Chéreau, Jcauqes Lassalle, Claude Régy, Thomas Ostermeier, en dit long sur le difficile apprentissage de la liberté.

L’Amin Théâtre qui avait signé voilà deux ans une convention avec la Communauté d’agglomération de Viry-Chatillon où il disposait d’un nouvel espace de travail, se retrouve en difficulté suite au passage à droite de la municipalité qui n’entend pas respecter les engagements de ses prédécesseurs !  Même si la compagnie développe depuis des années une intense activité d’action culturelle et de création dans le département avec le soutien de la DRAC et de la Région.
www.amin-theatre.fr/fr/

L’Animal céleste, de et par Vera Pavlova

  Ce spectacle a été donné à la Maison de la Poésie de Paris  l’an passé.  Cette jeune poétesse russe qui ne manque pas de charme, se présente comme étant de la lignée de Marina Tsvetaïeva ! La comparaison semble un peu  exagérée. Même si  Vera Pavlova ne manque pas de charme, on ne comprend pas bien pourquoi elle  change quatre fois de robe pendant la représentation.
Elle a publié quatorze recueils de poésie et  serait considérée  (sic) comme « l’un des poètes majeurs de sa génération ». Elle minaude, ce qui est agaçant et élude notre capacité d’écoute. «  Si tu crains de te souvenir, si je comprenais tout, je saurais à quoi sert l’alphabet… ».
Pour finir, elle nous propose un tirage au sort de ses poèmes et nous chante Katiouchka! A suivre…

Mais je ne suis pas noire de et par Christelle Evita

Autre solo de femme avec Christelle Evita, qui  se révolte devant les questions qu’on ne cesse de lui poser : « Tu es de quelle origine? » . « D’origine mal identifiée, douteuse, ratée, Française mais noire ! (…) Je veux bien qu’on soit différente mais pas inférieure ». Un Français sur quatre est issu de l’immigration, on est esclave quand on est noir, la question noire est avant tout une question blanche. De quelle origine ? Posez pas la question, gardez la pour vous, je ne veux pas être Antillaise, mais Française ! J’ai un trou d’identité !  »
Elle se retrouve  plus intégrée quand elle  se met à préparer des accras, après avoir mis un tablier et un bonnet de laine.
Sa révolte ne manque pas de sel.

D’autres spectacles se succèdent chaque semaine jusqu’au 27 juillet, gareautheatre.com, T: 01 55 53 22 26

Edith Rappoport

 

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