Une Cerise noire

Festival d’Avignon off

Une Cerise noire  par La Française de comptages, mise en scène de Benoît Afnaïm.

CeriseNoireFondée en 2002 par Benoît Afnaïm, artiste de haut vol qui avait inventé d’ingénieux dispositifs pour la compagnie Oposito, la Française de Comptages avait  créé 33 heures 30 minutes, une grande fresque musicale ambulante,  interprétée par une trentaine d’acteurs, sur la traversée de l’Atlantique par Charles Lindbergh en 1927,  à bord de son Spirit of Saint-Louis.
La Française de Comptages a réussi à exploiter ce spectacle pendant plusieurs années pour seulement dix représentations avant de concevoir en 2010, Une Cerise Noire, spectacle de grande envergure,  en hommage au cinéma hollywoodien à travers un polar inspiré par les plus grands classiques du genre. Nous avions pu assister à la première représentation encore incertaine au Festival d’Aurillac voilà trois ans, qui avait déjà suscité l’enthousiasme d’une foule entassée (voir Le Théâtre du Blog)
 La Place de l’Hôtel de Ville de Paris qui vient de les accueillir les 2 et 3 juillet, offrait un cadre plus aéré et  cela nous a permis d’apprécier pleinement le savoir-faire  de la Française de comptages. Ce tournage d’un film et sa projection en temps réel sur grand écran avec sa diffusion en direct sur une chaîne de télévision locale, se fait sur un  camion  avec tous les clichés du genre : à Los Angeles en 1953, un détective privé et sa séduisante secrétaire démasquent un ancien médecin nazi qui affronte le docteur Fletcher qui cherche à conquérir un poste de sénateur.
Malgré un synopsis difficile à saisir  et foisonnant, comme souvent dans  les  polars, le public est  stupéfait par la précision des scènes jouées par une trentaine d’acteurs sur le plateau du camion, et retransmises sur grand écran par des cameramen perchés sur de hautes échelles roulantes, avec une précision et un humour sans faille…
Nous avons eu aussi droit avant le début du spectacle, à des explications claires sur écran sur  le mouvement des intermittents qui ébranle, et à juste titre, le monde du spectacle vivant en lutte pour préserver leur système d’assurance chômage.  Une Cerise Noire devrait poursuivre son exploitation pour le plus grand bonheur d’un vrai public. Du grand, du beau, du généreux théâtre populaire !

Edith Rappoport

Spectacle vu place l’Hôtel de Ville à Paris,  ce 2 juillet.

www.fradecom.com


Archive pour juillet, 2014

Écho de Johnny Lebigot

 Écho de Johnny Lebigot, trace de l’exposition D’une tentation de Saint-Antoine présentée en mai 2014 à Scène Nationale de Vandoeuvre-Les-Nancy.

archeCe geste de Curiosité sera installé jusqu’en décembre 2015 au château de La Roche-Guyon. On peut y voir, déposés sur une table ou accrochés au-dessus du mobilier, des objets insolites, mobiles légers au bout d’un fil délicat.
Sur les étagères, des statuettes ou des miniatures, composées à partir d’éléments végétaux et floraux, de minéraux, d’arêtes, d’os, d’ailes d’oiseaux… et sur les murs blancs immaculés au-dessus des portes, surgissent des branchages en excroissance, un entremêlement raffiné de tiges de bois et de brindilles sombres. Des nids comme suspendus dans le vide, des touffes d’herbes séchées. Le visiteur pénètre dans un espace plastique où règnent la nature, la culture et les mains de l’homme sur la première, soit l’art et la manière bien ravigotés de Johnny Lebigot.
C’est l’inventaire d’un herboriste ou d’un botaniste, une série d’images, une statuaire, répertoire des miroitements du vivant et passés au crible de la fragilité de la vie. On identifie confusément des feuilles mortes, des herbes légères que les courants d’air font danser, des fleurs passées en tige qui sèchent dans leur sac, des cosses transparentes, des plumes, des poussières volatiles florales, des graminées, des pissenlits, des joncs. Rien de vivant, tout du sec, des cendres et de la mort.
Ces « simples » relèvent d’une cueillette de sorcière et de son alchimie démoniaque où les herbes terriennes ou aquatiques correspondent aux étoiles dans le ciel, préfigurations tangibles de signes cosmologiques éloquents. Cette chronique de la nature, à la fois savante et désinvolte, se rapproche du récit de Patrick Cloux,
Marcher à l’estime : « Car l’herbe est la grande leçon. Balayée, abîmée de vent et de pluie, asséchée, gelée, déteinte, elle arrive à n’être plus rien qu’un peu d’elle-même, éparse, en touffes, clairsemée, presque chiffonnée et salie. »
L’installation de Johny Lebigot a des parfums beckettiens  mais c’est avant tout un hommage et un éloge de la vie disparue, un rappel du lot existentiel de chacun de nous, avec ses traces voilées de cendres, d’os, de crânes et squelettes d’animaux. La mise en scène de ces éléments fait entendre d’abord le souffle initial qui habite l’être vivant, chemin de mémoire et parcours inaliénable avant qu’il ne disparaisse.

Véronique Hotte

Atelier Johnny Le Bigot 82 rue Compans 75019 Paris, du 24 juin au 5 juillet.

Le Prince de Hombourg

 Festival d’Avignon:

Le Prince de Hombourg d’Henrich von Kleist, version française d’Eloi Recoing et Ruth Orthmann mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti.

140701_rdl_0562Dernière pièce du génial Kleist,  inspirée des mémoires de Frédéric II, elle fut créée en 1821, soit dix ans avant le suicide de l’écrivain à 34 ans, et fait partie du mythe du T.N.P. et de la Cour d’Honneur du palais des papes où la joua en 1951, Jeanne Moreau (Nathalie) et Gérard Philipe dans le rôle titre et Jean Vilar dans celui du Prince électeur. Il en fit aussi la mise en scène. La création de cette pièce en France, juste après la seconde guerre,  résonne encore, mais elle est rarement jouée.
C’est l’histoire d’un Prince, Frédéric de Hombourg qu’on retrouve la veille d’une bataille contre les Suédois, hagard, en pleine crise de somnambulisme. Sa fiancée, Nathalie, laisse tomber près de lui un de ses gants. Il semble errant et  quand il sort de son rêve, il est troublé par ce gant sur le sol le trouble et n’écoute pas les recommandations qu’on lui fait sur le combat à mener.  Son oncle  qui est le chef de l’État et donc des armées  veut que  cette indiscipline soit punie de façon exemplaire. Mais il laisse le choix du châtiment à Frédéric qui préfère mourir.
Mais quand il il ôtera le bandeau que le bourreau lui a mis sur les yeux, il voit soudain qu’il est conduit à son mariage avec Nathalie. « Ce n’est pas,  dit Corsetti, un héros positif ,tel que les Allemands avaient envie de le voir. Il y a eu beaucoup de critiques contre la vision de Kleist. Aujourd’hui, je crois qu’on est ailleurs. Nous serions plutôt face à une série d’actes manqués, de chutes, là où la victoire n’est pas méritée, puisqu’elle est obtenue contre les ordres reçus et presque par erreur. Si la vie est une guerre, une bataille est un épisode de la vie. Pour la gagner, il il nous faut suivre une impulsion, aller contre les ordres du père, et c’est pour cela qu’on est condamné. la pièce commence dans un rêve et se termine par un évanouissement. on se retrouve dans les lieux obscurs de l’inconscient ».

Mais Corsetti  ne tient pas à entrer dans  la vision politique de la pièce,  quand Kleist avait décidé de l’écrire en l’honneur des Hohenzollern, pour les inciter à entrer dans la guerre de  l’Autriche contre Napoléon, en s’inspirant des Mémoires de Frédéric II. et il a eu raison.  Il y a des militaires en uniforme mais d’époque indéterminée, comme les drapeaux gris et ocre, un peu tristounets comme les robes de Nathalie et de l’Electrice ,vaguement 1930.
Ce qui intéresse davantage Giorgio Barberio Corsetti, c’est cette luttte entre le monde réel où ne veut pas, et où ne peut sans doute pas non plus entrer ce prince en proie aux rêves. La pièce n’est pas du genre facile à monter car elle procède d’une écriture résolument moderne  où les scènes se succèdent dans beaucoup de lien, dans une construction par moments presque filmique mais nourrie de poésie.

  La mise en scène de Corsetti privilégie aussi l’aspect plastique en nourrissant, comme il l’a toujours fait,  ce spectacle, d’images vidéo et d’éléments  scénographiques importants: ainsi le Prince caracole sur une cheval surdimensionné et  dont le dessin est projeté sur le mur de la grande cour, il y a aussi ,sans que cela soit vraiment justifié ,un grand dessin de traits brisés rouge vif en laser. A la fois, impressionnant de virtuosité facile (le mur de la grande Cour est un formidable résonateur d’images visuelles et lumineuses) mais pas très utile, comme ces maniements trop fréquents de praticables et d’escaliers qui cassent  un rythme déjà un peu lent.
  Du côté distribution, le contrat est rempli. C’est Xavier Gallais qui reprend le rôle qu’il avait joué avec Mesguisch, et c’est  Eléonore Joncquez qui joue la Princesse Nathalie d’Orange, et Anne Alvaro, l’Electrice. Mais tout semble un peu terne et convenu, et l’ensemble de la mise en scène a quelque chose d’appliqué, sauf à la fin. Quand nous épargnera-t-on ces foutus micros HF, qui ne servent strictement à rien, uniformisent les voix et qui n’arrangent pas les choses?  (On se demande comment Jean Vilar et ses successeurs pouvaient y arriver et fort bien!).
Bref, une création honnête mais un peu ennuyeuse, à laquelle il manque un véritable élan vital, mais qui bénéficie du cadre majestueux et  exceptionnel de la cour d’honneur. Pas vraiment convaincante, et bien trop longue: deux heures et demi… On rêvait mieux en termes d’hommage à Vilar.
Le public d’Avignon toujours indulgent mais lucide, n’a pas non plus applaudi frénétiquement. Ne rêvons pas: Corsetti n’est ni Ostermeier ni Langhoff qui se seraient emparés de la grande cour avec  plus de fougue et d’ambition. 

  La  première représentation d’hier soir a débuté par une courte prise de parole, remarquablement mise en scène et impressionnante de dignité, des quelques soixante intermittents, artistes et techniciens du spectacle, sobre et d’efficace à la fois et longuement applaudie par le public. Ils ont rappelé sèchement à Manuel Vals qu’ils n’étaient pas dupes  et qu’ils ne voulaient pas  signer d’abord pour négocier ensuite, et que, solidaires, ils refusaient la prise en charge de leur différé d’indemnisation chômage par l’Etat, c’est à dire les contribuables. Ils ont aussi « gentiment » remis sa place le Medef.
Bravo, bien vu et bien dit.

Philippe du Vignal

Cour d’Honneur jusqu’au 13 juillet sauf le lundi 7, et ensuite au Théâtre des Gémeaux/Sceaux, au Théâtre Liberté à Toulon, au T.N.P. de Villeurbanne et au Théâtre de la Place à Liège.

Fiodor Dostoïevski, le démon du jeu

Fiodor Dostoïevski, le démon du jeu, une adaptation de Virgile Tanase, d’après la correspondance de Fiodor Dostoïevski, mise en scène d’Isabelle Rattier.

Patrick-Chesnais-dans-la-peau-de-Dostoïevski-200x300Sur scène, deux châssis blancs, trois chaises et une petite table en bois… Une liasse de feuillets: des extraits de la correspondance que le célèbre écrivain russe (1821-1861), à partir des années 1860,  entretint avec sa deuxième épouse Anna, ses amis dont Tourgueniev et la direction du journal qui publiait ses romans. Avec un leit-motiv obsédant: des demandes d’argent récurrentes pour rembourser des dettes de jeu ou récupérer  la montre et/ou les vêtements qu’il avait mis en gage. Impossible pour lui, sous un prétexte ou sous un autre, d’échapper à la tentation de filer au casino, avec, soi-disant, la bonne intention de gagner de quoi se mettre à l’abri du besoin quelques semaines et ainsi de pouvoir continuer à écrire.
Mais en fait, comme tous les joueurs, fasciné par l’idée de perdre la somme importante qu’il venait de gagner, et la reperdant toujours., et aussitôt… Dostoïevski, enrage, se sent très coupable, et jure  que c’est la dernière fois, avant de recommencer! Quitte à être lourdement endetté, menacé de prison et donc obligé de vivre dans des hôtels sordides, et  de compter sur une aide hypothétique de proches souvent très loin  de lui pour survivre  et pouvoir continuer à écrire.
Ce qui frappe aussi dans ses lettres, c’est comme obéissant à une profonde nécessité intérieure, une quête permanente d’un ailleurs où il se sentirait mieux: Dresde, Baden-Baden, Florence, etc… les capitales européennes et Saint-Petersbourg qu’il est contraint de fuir pour échapper à ses créanciers. Tel était Dostoïevski, joueur  impénitent  et  atteint de crises d’épilepsie mais recommençant parfois tout un roman au prix d’une incroyable énergie. Ce qui ne l’empêcha pas en effet en une dizaine d’années, d’écrire de grands livres, comme  Crime et châtiment (1866), L’Idiot (1868), Les Possédés (1871), Les Frères Karamazov (1880) où les dialogues, dotés d’une force théâtrale évidente ont été souvent mis en scène .
Et sur un plateau, cela donne quoi? La mise en scène de correspondances de personnages célèbres ou de grands écrivains a toujours quelque chose d’un peu convenu et ce  spectacle n’échappe pas à la règle. Patrick Chesnais, en complet gris foncé et chemise blanche, a la  belle présence qu’on lui connaît depuis longtemps au théâtre comme au cinéma, mais ne semble curieusement pas très convaincu par ce qu’il lit, boulant souvent ses phrases, et surtout, erreur grave de direction d’acteurs, regardant très peu son  public, ce qui crée une sorte de coupure désagréable entre salle et plateau.
Beata Nilska, qui interprète sa femme, elle au début,  surtout récite son texte, ce qui n’arrange pas les choses, et semble jouer les faire-valoir. C’était une première  en Avignon, peut-être difficile dans un contexte tendu d’énervement généralisé (comme chacun sait, la première hier soir  du Prince de Hombourg a été annulée et la ville battue par la pluie ,avec de nombreuses affiches du off décollées et par terre, un peu vide, était vraiment triste). Mais bon, la trentaine de spectateurs qui était là pour voir Chesnais, a  aussi droit au meilleur. Et on ressort de là, quelque peu déçu par ce spectacle  de soixante minutes qui permet au moins de découvrir un autre Dostoïevski, souvent très proche de ses fameux personnages…


Philippe du Vignal

Théâtre actuel à19h 05,  80 rue Guillaume Puy Avignon. T:  04 90 82 04 02. Tarif :22€ et tarif off: 15€

 

Commune libre d’Etouvie, Amiens

COMMUNE LIBRE D’ÉTOUVIE,  à Amiens 20 juin

C’est la fête à Étouvie; quartier populaire d’Amiens suivi depuis six ans dans le cadre de La rue est à Amiens-Fête dans la ville et son Hangar Pôle National des Arts du Cirque, par le Théâtre de l’Unité. Avec un travail régulier entre artistes et habitants, il y avait eu  en 2007, l’incroyable cérémonie de La Tour Bleue qui devait s’effondrer au terme d’une cérémonie à grand spectacle qui a marqué les mémoires (voir Le Théâtre du Blog). Un travail régulier s’est poursuivi depuis 16 mois entre le Théâtre de l’Unité et les associations d’Étouvie, le C.S.C., les Centres de Loisirs, la direction Enfance Éducation Jeunesse; etc., qui ont réussi à fédérer cent personnes de 4quatre à quatre  vingt un ans pour ces nouvelles réalisations.
Avec ce public éloigné de l’emploi et de l’action sociale, encore plus du théâtre, Étouvie a trouvé une nouvelle respiration, dans le cadre d’une fête de haut niveau, avec 17 spectacles de rue dont une belle parade de Graines de Soleil, dans ce quartier rénové d’une propreté étonnante. Pas d’alcool dans cette fête en majorité immigrée, un calme et une gentillesse disparus dans d’autres fêtes en France plus tournées vers les beuveries

 

L’immeuble transparent : EST-CE AINSI QUE LES HOMMES VIVENT ? Scènes de la vie quotidienne, réalisation de Sybille Luperce avec la complicité du Théâtre de l’Unité

 

Un immeuble de six appartements, des alvéoles ABCDEF, où les habitants jouent leurs vies quotidiennes sur un échafaudage. En hautChristelle est folle de ménage, à côté la famille d’Angélique est entassée pour un anniversaire, Adélaïde belle noire célibataire reçoit la visite amoureuse de son voisin parti chercher du pain. Son épouse Muriel le jette dehors à son retour. Il y a un anniversaire chez Angélique, à côté on essaye des soutiens-gorge Tupperware, il y a aussi un cours de sushis. Gégé est mort, c’est la veillée. Au total; trente deux scènes élaborées par 72 habitants qui les interprètent se succèdent à un rythme rapide. Malheureusement on a le soleil dans l’oeil et ces tranches de vie restent un peu déprimantes, mais l’engagement des acteurs est touchant. Le public est clairsemé car d’autres spectacles dispersés dans le quartier les réclament.  La tour Bleue était d’une autre dimension, mais le deuxième acte de l’Assemblée populaire de la Commune Libre d’Étouvie nous attend pour un beau final.

Devant le Diapason, conservatoire local, une foule importante est rassemblée. Une fanfare prend place en haut des gradins,  face  à Hervée Delafond, dénommée « Madame la Provisoire « «perchée sur une haute chaise d’arbitre, elle va faire voter ou refuser avec  autorité  les propositions de lois déposées par les habitants d’Étouvie qui ont décidé de transformer leur ras le bol, leur stigmatisation et leur rejet, en force de proposition.

La gratuité du pain, le stage obligatoire de trois mois dans les quartiers pour les nouveaux députés, la loi sur la solitude celle sur la promenade obligatoire pour les dépressifs, sur la suppression de la carte d’identité, le droit de mourir chez soi et bien d’autres sont adoptées aux voix, d’ autres refusées. Les débats sont aérés par  le Discours de Victor Hugo au Parlement et des poèmes proférés avec une grande sensibilité par les  70 stagiaires , ainsi que par la fanfare d’Étouvie.. Une assemblée comme il devrait s’en tenir dans ces nombreux quartiers à l’abandon en France au lieu d’emplâtres inefficaces. Le Théâtre a un pouvoir que n’ont ni la Police, ni l’Armée, ni même les députés !

http://www.theatredelunite.com

 

azalaiAZALAÏ, PARADE EXTRAORDINAIRE

 Collectif Éclat de Lune, Graine de Soleil, avec les collaborations artistiques du Collectif des Grandes Personnes, de l’association Lezarapart, de la Brioche Foraine, de la Divine Compagnie et de la Compagnie Afuma.

C’est une parade comme on en voit rarement. Derrière les immenses marionnettes des Grandes Personnes, derrière celle incarnant Aïcha Quandashi,  femme libre fondatrice de Marrakech, dix impressionnantes marionnettes  accompagnées d’acrobates et de musiciens suivent un étonnant dromadaire. Nous parcourons les allées de cette belle cité d’Étouvie jusqu’à une reconstitution de la place Jemâa El Fna,  ou nous sommes sidérés par les acrobaties  d’échassiers qui dansent. Ensuite une superbe tente de nomades nous attend pour nous restaurer.

http://www.larueestaamiens.com

Edith Rappoport

 

Jeux de massacre d’Eugène Ionesco, mise en scène d’Ismaël Tifouche Nieto

 Festival 13 : Jeux de massacre d’Eugène Ionesco, mise en scène d’Ismaël Tifouche Nieto.

 

large_Sans_titre-1C’est une pièce  de notre auteur national qui est  étudié,  comme Beckett ou Adamov dans les lycées de l’hexagone et ailleurs, mais moins connue que La Cantatrice chauve ou La Leçon et rarement jouée: elle  exige une nombreuse distribution, ce qui fait bien l’affaire de jeunes compagnies ou de collectifs, comme on dit maintenant.
Cette fable, assez sinistre, où une ville toute entière est frappée d’un mal mystérieux. et où chaque citoyen, blême de peur et  obsédé en permanence par la mort, essaye de sauver sa peau. Soit une suite de tableaux dans  une sorte de danse macabre, avec une galerie de personnages qui ressemblent davantage à des marionnettes. C’est à la fois tragique mais parfois aussi d’un comique pour le moins sinistre.

Question: que fait-on de cet ovni théâtral, pas facile a monter, ou malgré une distribution importante, il n’y a pas de rôle essentiel et pas vraiment d’intrigue non plus. « Pour garder cette dimension totale, dit le metteur en scène,  l’espace scénique devra épouser cette notion en plaçant le spectateur dans un dispositif englobant, il faudra que l’action aille d’un point a un  autre, soit traversée de part et d’autre du plateau et dans tous les axes ».
Les tableaux se succèdent pendant 90 minutes, à la fois sur le plateau et dans la salle, comme nombre de spectacles au Théâtre 13, et vaguement inspirés  du théâtre constructiviste; plastiquement, c’est le plus souvent brillant et intelligent, grâce à une excellente scénographie et  une intelligente conception des costumes.
Mais il y a un mais, et de taille: la direction d’acteurs est incompréhensible, et cela dès le début. Tous ces jeunes comédiens hurlent sans arrêt, y compris dans le fond de la salle, ce qui est insupportable. Du coup, la patience du public déjà éprouvée par vingt minutes de retard, (ce qui n’est pas très professionnel!), est mise à rude épreuve.

On peut sans aucun doute reconnaître au metteur en scène la maîtrise incontestable d’un ensemble de quelque trente comédiens mais quand il prétend, avec une certaine autosatisfaction, « faire régulièrement des allers-retours entre New York et Paris, afin de se forger aux techniques de l’Actor’s Studio », on est en droit de se demander ce qu’il peut  y apprendre quant à la direction d’acteurs qui est ici vraiment trop médiocre…
En tout cas,  l’occasion de retrouver un autre Ionesco, moins connu et plus proche de l’écrivain qui, la seule fois où nous l’avons rencontré, semblait en proie à une profonde angoisse existentielle, accablé par la vie et  désespéré d’avoir à la quitter prochainement, est ici ratée, et c’est vraiment dommage!

Philippe du Vignal

Théâtre 13 les 27 et 28 juin.

On n’arrête pas la connerie – Jean Yanne

 On n’arrête pas la connerie de Jean Yanne, mise en scène de Jean-François Vinciguerra

 

1 -on-n'arrête-pas-la-connerie2Jean Yanne (1933-2003), chanteur, humoriste, acteur, auteur, réalisateur, producteur et compositeur, a plus d’une corde à son arc dans l’expression âpre et virulente d’un monde qui le chagrine. Yqnne  a le verbe haut, une assurance crâne dans l’art ludique de la provocation qui correspond déjà à une époque dont l’image est plus désuète, un peu moins violente peut-être et moins vulgaire que de nos jours.

Les années 70 font sa gloire. L’acteur commence à l’écran dans La Vie à l’envers (1964) de Jessua ; il est remarqué dans Week-end (1967) de Godard puis joue dans Que la bête meure (1969) et Le Boucher (1970) de Chabrol, et dans Le Saut de l’ange (1971) d’Yves Boisset…
Il obtient un prix d’interprétation à Cannes avec Nous ne vieillirons pas ensemble (1971) de Pialat. Sans cesser d’être acteur, le comédien passe à la réalisation avec Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972), une satire caricaturale des milieux publicitaires des médias qu’il connaît bien.
D’autres films de la même veine suivront, moins heureux car plus agressifs et cyniques, voire teintés « de poujadisme intellectuel »: ainsi, Les Chinois à Paris (1974), Chobizenesse (1975), Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (1982).
Il reconnaît lui-même : «J’ai la faculté d’assimiler la connerie ambiante comme les abeilles butinent les fleurs et prennent le pollen pour en faire du miel ». Jean Yanne n’en continue pas moins une carrière d’acteur active, jouant avec talent les êtres les plus banals comme les plus inquiétants, sous la direction de Cayatte, Costa- Gavras, Deville, Lelouch, Blier, Chabrol, Wargnier, Toussaint, Audiard, Rappeneau… Cette figure insolite du cinéma accompagnera plusieurs générations.
Jean-François Vinciguerra, le metteur en scène de On n’arrête pas la connerie, est présent sur la scène avec son compère Éric Laugiéras, un double approximatif de Jean Yanne, et en alternance, Frédéric Longbois, Isabelle Fleur et Bruno Membret.
Le spectacle qui rend hommage au talent de l’artiste s’attache à ses thèmes favoris, les spots publicitaires que les interprètes détournent de façon bon enfant, faisant l’article de tel ou tel produit absurde, une construction télévisuelle surréaliste.
Les sketches repris et les chansons évoquent forcément nos temps immédiats, dans le rire, le sourire et la bonne humeur. Les deux acteurs sont au mieux de leur forme: pérorant, dansant et chantant avec force et vigueur. Et le baryton basse Vinciguerra s’en donne à cœur joie et fait résonner ses airs.
Quant à Éric Laugérias, un brin ahuri et loufoque, il y met du sien avec bel entrain. Les duos se succèdent et touchent juste leur dénonciation ludique : l’inspecteur d’auto-école dit ne jamais autoriser les passe-droits, et le voilà contraint sous la force à accorder le diplôme à qui ne devrait pas l’obtenir. Ces amusements(un jeu du chat et de la souris) ne lassent jamais le public, autorisé à se détendre enfin en revêtant le rôle bon enfant et protégé de ceux qui se moquent.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre du Petit-Montparnasse, du mardi au samedi à 20h, matinée dimanche 17h. Tél : 01 43 22 77 74

classe de Sandy Ouvrier

Journées de juin du conservatoire national d’art dramatique: classe de Sandy Ouvrier.

 

sandy-2

 Cela se passe dans la belle salle Louis Jouvet, aux murs tout habillés de chêne et  une porte à deux battants qui est déjà un formidable décor en elle-même. Avec une scénographie bi-frontale  pour quelque cent spectateurs. Sandy Ouvrier a choisi de faire travailler ses élèves de première année  sur une évocation (sic) du Mariage de Figaro ou la folle journée de Beaumarchais. Soit dix scènes plutôt bien choisies, avec une succession de Suzanne, le comte, La comtesse, Chérubin et bien sûr, Figaro. De façon, équation quasiment insoluble, à donner un petit morceau d’entrecôte à chacun  des dix-sept élèves. Certaines scènes étant reliés par  le récit de l’intrigue, au micro un garçon et une fille. Tout le monde est pieds nus,  les garçons sont habillés en noir et les filles (c’est épouvantablement laid mais on fait avec!) de déshabillés rouge, vert,  jaune, très acides…
Sandy Ouvrier se sort plutôt bien de cet exercice des plus périlleux; sa mise en scène est plutôt une mise en place, avec, sur des airs de musique classique, des courses/farandoles sur le parquet. Il n’y a évidemment aucun projet dramaturgique et c’est sans doute mieux comme cela, puisque ce n’est pas le but de l’opération. Quant aux élèves, ils ont peu de temps pour convaincre mais on voit tout de suite qu’il sont bien dirigés:  il y a  une véritable unité de jeu, et personne ne cabotine. Diction impeccable,  aucune criaillerie (c’est déjà cela par les temps qui courent!) et  on les entend tous bien; très concentrés, ils sont à l’aise, même si c’est souvent encore un peu raide du côté gestuel.
Mais de là à repérer de futurs bons comédiens…  C’est une pièce difficile à interpréter et rappelons que, de toute façon, c’est un exercice… Anna Sofia da Silva Lopez est,  bien entendu, trop jeune pour jouer la comtesse mais d’ici quelques dix ans, elle peut largement tenir le rôle, comme Raphaël Naasz  qui ne se débrouille pas mal du tout dans Figaro. Mais bon, cela ne veut pas dire que leurs camarades ne font pas le boulot.
Après un entracte, on a droit à des exercices à partir de Quartett d’Heiner Muller.  avec dix de ces mêmes élèves. Sandy Ouvrier aurait pu nous  épargner une mise en abyme vidéo: c’est aussi inutile que prétentieux surtout pour un exercice d’élèves, dont on voit le visage très grossi en plusieurs exemplaires. Cela dit, les dialogues de  Valmont et Merteuil, adaptés du célèbre roman Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos sont dits avec toute la cruauté nécessaire et on sent que les élèves ont parfaitement compris le sens du texte.
Après une première année dans cette institution dont Claire Lasne (la première femme!) vient de prendre la tête,  les élèves savent travailler, c’est évident et  cela fait plaisir…

 

Philippe du Vignal

le 26, 27 28 juin au Conservatoire

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