Bernard Lavilliers

Bernard Lavilliers le 2 août au Festival Interceltique de Lorient.

 
 Lavilliers On ne présente plus Bernard Lavilliers,  rebelle au grand cœur qui s’en va, bon an mal an, de par le vaste monde, à travers les pays les plus pauvres, là où les discriminations ethniques et sociales font le plus de mal et d’injustices.    Ce baroudeur têtu et obstiné est en quête de la vérité des lieux et des peuples  comme entre autres le Brésil, New-York, la Jamaïque, le Sénégal, le Congo…
Bernard Lavilliers en est aujourd’hui à son vingtième album Baron Samedi (2013), que le globe-trotter a concocté à partir d’un reportage tourné en Haïti en 2010, qui relate la situation des artistes  juste  après le tremblement de terre.
Il leur aura fallu trois mois de silence avant qu’ils ne reprennent leur bâton de pèlerin, l’équivalent d’un temps muet qui règne sur Port-au-Prince à travers le Baron Samedi, personnage mythique et mortifère qui relève du panthéon vaudou et particulièrement présent dans les légendes et représentations haïtiennes,  coiffé d’un haut-de-forme et regard fumé. Silhouette inédite est d’ailleurs assumée par les musiciens de Lavilliers, qui, en haut-de-forme et en queue-de-pie, chapeau et chaussures rouges de diablotin pour le maître de cérémonie, jusqu’au large fil rouge du col de veste.
Le Baron Samedi est celui qui empêche de reposer en paix, c’est un maître du cimetière, un dragon qui a ravagé le pays et engendré 300.000 morts, un squelette de phosphore noir et blanc, dévastateur d’Haïti sur la faille, un Baron Samedi dont la chanson décrit sur la scène en fureur les cavalcades des tambours ravageurs.

  Après la catastrophe, dans la misère et la solitude, l’art ne peut grand-chose, si ce n’est qu’il est encore la liberté et la vie, une existence de lutte, d’opposition et de résistance, une posture qui sied de tout temps à Lavilliers. Il faut « Vivre encore en dépit de tout  » , chante-il, avec mélancolie et  de sagesse : « Ce qu’il faut de sang pour donner la vie, ce qu’il faut de temps pour toucher l’oubli… »
Le concert commence avec Scorpion de l’immense poète et opposant turc Nazim Hikmet qui fit l’épreuve de quinze ans d’emprisonnement, rejeté par son pays, exilé : « Tu es la plus drôle des créatures, mon frère, tu n’es pas sain, mon frère… et s’il y  a tant de misère sur terre, mon frère, c’est grâce à toi, mon frère… » À cela s’ajoute la réinterprétation d’une des plus grandes chansons du patrimoine réunionnais, Rest’ la Maloya, pour cette figure emblématique d’une musique rock, pop et world, entre accents colorés de chaleur et percussions toniques et claquantes,  au milieu des reprises des fameuses épopées collectives, La Salsa, San Salvador, Noir et blanc, Stand the Ghetto, Y a pas qu’à New-York …  comme Idées Noires, une chanson d’amour chantée jadis avec Nicoletta. Notons aussi l’originalité de la pipe celtique de Kevin Camus  qui accompagne Lavilliers, quand il interprète On the road again avec une sagesse suave et tranquille .
Sept musiciens, aussi  excellents que  facétieux accompagnent le chanteur: guitares, basse, batterie, claviers, percussions, cuivres, violoncelle, contrebasse. Lavilliers répond toujours aux signes imaginaires de sa propre mythologie fantastique, un dur au grand cœur qui joue de ses bras de boxeur au quart de tour quand l’injustice devient trop grande sur cette planète arrogante et cassée en deux : les nantis d’un côté, qui appauvrissent l’air et la terre, et les déshérités, de l’autre, forcément les plus nombreux. Qu’à cela ne tienne : Vivre encore…
Le rocker poète prête aux mots la saveur qui leur sied ; comme le bon vin, il sait vieillir  avec  une certaine prestance, avec aussi cette dignité de l’homme qui lui est si chère.

 Véronique Hotte

Festival Interceltique de Lorient du 1er au 10 août,  et le 9 août à la Citadelle de l’île d’Yeu.

 

 

 


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