The Financier (Turcaret ou le financier)

The Financier (Turcaret ou le Financier) d’Alain-René Lesage, adaptation en anglais de Laurie Steven et de Joanne Miller, mise en scène de Laurie Steven.


DSC_0106 Cette première  au Canada d’une adaptation en anglais par la compagnie Odyssey sous les étoiles,  de Turcaret, le Financier d’après  Lesage a été réalisée pour des acteurs masqués de commedia dell’arte.
Malgré des costumes rappelant ceux  du 18ème siècle  et des masques d’une grande beauté, une chorégraphie délicate et un décor d’une grande sensualité inspirée des tableaux de François Boucher, le résultat  n’est pas tout à fait à la hauteur…
Cette œuvre comique en prose (1709),  est aussi le  portrait cruel du stéréotype de l’usurier, un des personnages les plus vils de la société selon Lesage : «  L’usurier le plus juif: il vend son argent au poids de l’or ». L’auteur  se moque  ici de l’avarice qui des  financiers mais  surtout de Turcaret, figure emblématique de son temps. Entouré d’une bande de fourbes qui  font tout pour le tromper, le trahir, le ridiculiser et le dépouiller de ses biens, Turcaret va devenir  le plus détestable des hommes et tous les  moyens vont donc être bons pour le ruiner…
La Baronne, dont il est amoureux, le trompe mais le financier lui cache l’existence de sa femme légitime, et lui dissimule aussi les prêts qu’il accorde à des gens de réputation douteuse. (Le  comédien qui  joue avec subtilité à la fois Vole et  Ratsa est excellent).
Turcaret  qui fait crouler son petit monde bâti sur des mensonges et sur la soif d’argent mériterait  la plus grave des punitions. Nous  voyons alors la belle maison de la Baronne, qui tire tout son argent des cadeaux reçus de son amant, voler littéralement en éclats!
Et Frontin, le valet de Turcaret, finit par mettre la main sur  la fortune de son maître pour continuer ses machinations.  Mais le triomphe du valet  annonce la chute de l’usurier, mais pas encore le début des conflits de classe… Lesage n’est pas Beaumarchais et  la Révolution française  n’aura lieu que dans quatre-vingt ans.
L’irruption de la commedia dell’ arte dans la pièce  est belle et divertissante surtout dans la deuxième partie mais les personnages sont dépouillés de leur côté cruel.  Le jeu masqué  déplace l’attention sur le corps et  élimine toutes les nuances humaines inscrites dans le texte. Et cela affaiblit donc la sauvagerie de la situation… La pièce souffre déjà d’une  structure dramatique  peu développée, et est fondée sur les personnages, et sur  leur  manière de théâtraliser leur fourberie et leur cruauté.
Les conventions de la commedia dell’arte  autorisent la mise en relief d’une chorégraphie raffinée et exempte de vulgarité. Mais les personnages-types jouent dans les boudoirs,  loin de la foire populaire, et la première partie de la  pièce devient assez fade, voire monotone. Et ces corps masqués  n’arrivent pas à transmettre la méchanceté  qui sous-tend les dialogues  de Lesage.
Les valets ici,  sont de gentils manipulateurs, le chevalier, un beau gosse qui séduit la Baronne, et le jeu  des acteurs est assez dilué, sauf celui de la comédienne qui joue Lisette, la femme de chambre de la Baronne. Elle suinte la méchanceté et la passion pour l’argent… Et on la croit capable de n’importe quoi pour arriver à ses fins.
L’action se corse  aux derniers moments de la pièce, et le jeu de Turcaret s’éveille : on le voit pris de panique quand  son monde s’écroule autour de lui. L’équipe de bons acteurs maîtrise la technique de la commedia dell’arte,  ce qui est exceptionnel sur une scène canadienne, mais  Laurie Steven et de Joanne Miller ont édulcoré la cruauté de Lesage et en ont certainement trahi l’originalité, sans  vraiment apporter un nouveau sens qui redonnerait un véritable intérêt à la pièce.
Une soirée amusante, techniquement  réussie, mais  guère plus…

Alvina Ruprecht

Théâtre d’été d’Ottawa du 24 juillet au  24  août.

 

 


Archive pour 10 août, 2014

The Financier (Turcaret ou le financier)

The Financier (Turcaret ou le Financier) d’Alain-René Lesage, adaptation en anglais de Laurie Steven et de Joanne Miller, mise en scène de Laurie Steven.


DSC_0106 Cette première  au Canada d’une adaptation en anglais par la compagnie Odyssey sous les étoiles,  de Turcaret, le Financier d’après  Lesage a été réalisée pour des acteurs masqués de commedia dell’arte.
Malgré des costumes rappelant ceux  du 18ème siècle  et des masques d’une grande beauté, une chorégraphie délicate et un décor d’une grande sensualité inspirée des tableaux de François Boucher, le résultat  n’est pas tout à fait à la hauteur…
Cette œuvre comique en prose (1709),  est aussi le  portrait cruel du stéréotype de l’usurier, un des personnages les plus vils de la société selon Lesage : «  L’usurier le plus juif: il vend son argent au poids de l’or ». L’auteur  se moque  ici de l’avarice qui des  financiers mais  surtout de Turcaret, figure emblématique de son temps. Entouré d’une bande de fourbes qui  font tout pour le tromper, le trahir, le ridiculiser et le dépouiller de ses biens, Turcaret va devenir  le plus détestable des hommes et tous les  moyens vont donc être bons pour le ruiner…
La Baronne, dont il est amoureux, le trompe mais le financier lui cache l’existence de sa femme légitime, et lui dissimule aussi les prêts qu’il accorde à des gens de réputation douteuse. (Le  comédien qui  joue avec subtilité à la fois Vole et  Ratsa est excellent).
Turcaret  qui fait crouler son petit monde bâti sur des mensonges et sur la soif d’argent mériterait  la plus grave des punitions. Nous  voyons alors la belle maison de la Baronne, qui tire tout son argent des cadeaux reçus de son amant, voler littéralement en éclats!
Et Frontin, le valet de Turcaret, finit par mettre la main sur  la fortune de son maître pour continuer ses machinations.  Mais le triomphe du valet  annonce la chute de l’usurier, mais pas encore le début des conflits de classe… Lesage n’est pas Beaumarchais et  la Révolution française  n’aura lieu que dans quatre-vingt ans.
L’irruption de la commedia dell’ arte dans la pièce  est belle et divertissante surtout dans la deuxième partie mais les personnages sont dépouillés de leur côté cruel.  Le jeu masqué  déplace l’attention sur le corps et  élimine toutes les nuances humaines inscrites dans le texte. Et cela affaiblit donc la sauvagerie de la situation… La pièce souffre déjà d’une  structure dramatique  peu développée, et est fondée sur les personnages, et sur  leur  manière de théâtraliser leur fourberie et leur cruauté.
Les conventions de la commedia dell’arte  autorisent la mise en relief d’une chorégraphie raffinée et exempte de vulgarité. Mais les personnages-types jouent dans les boudoirs,  loin de la foire populaire, et la première partie de la  pièce devient assez fade, voire monotone. Et ces corps masqués  n’arrivent pas à transmettre la méchanceté  qui sous-tend les dialogues  de Lesage.
Les valets ici,  sont de gentils manipulateurs, le chevalier, un beau gosse qui séduit la Baronne, et le jeu  des acteurs est assez dilué, sauf celui de la comédienne qui joue Lisette, la femme de chambre de la Baronne. Elle suinte la méchanceté et la passion pour l’argent… Et on la croit capable de n’importe quoi pour arriver à ses fins.
L’action se corse  aux derniers moments de la pièce, et le jeu de Turcaret s’éveille : on le voit pris de panique quand  son monde s’écroule autour de lui. L’équipe de bons acteurs maîtrise la technique de la commedia dell’arte,  ce qui est exceptionnel sur une scène canadienne, mais  Laurie Steven et de Joanne Miller ont édulcoré la cruauté de Lesage et en ont certainement trahi l’originalité, sans  vraiment apporter un nouveau sens qui redonnerait un véritable intérêt à la pièce.
Une soirée amusante, techniquement  réussie, mais  guère plus…

Alvina Ruprecht

Théâtre d’été d’Ottawa du 24 juillet au  24  août.

 

 

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