Livres, revues et DVD

Livres, revues et DVD…

Anna Halprin Danser sa vie

AnnaHalprinCe DVD-ROM a été réalisé par Peter Hulton qui, à l’occasion de la sortie du livre d’Anna Halprin, la grande chorégraphe et théoricienne de la danse américaine née en 1920,  Mouvements de la vie,  a filmé un atelier de deux jours qu’elle a réalisé en janvier 2010 à Paris et que publient aujourd’hui les éditions Contredanse. Avec des questions pour elle, fondamentales, à sxavoir le sens de la danse.  » J’ai un point de vue sur la danse, avait-elle précisé, En cinq minutes, elle a résumé comment elle concevait la danse: une science, une philosophie et un art ».
Ce DVD interactif comprend un certain nombre de mots-clés qui comprennent l’enregistrement de  l’atelier donné à Paris, les étapes de sa vie et ses feuilles de route. mieux vaut déjà connaître l’itinéraire  d’Anna Halprin qui abandonna la modern dance telle que la concevait Martha Graham ou Doris Humphrey ou Charles Weidman pour se mettre en contact avec des forces primitives et plus vitales pour elle.
Notamment, en privilégiant, ce qui parait souvent la norme aujourd’hui dans les arts du spectacle, la disparition du cadre de scène. Mais aussi en demandant à ses danseurs une implication autre que celle peut avoir  d’habitude un danseur sur un plateau, notamment en créant un processus de création en plein air  donc tout à fait proche de la nature et des besoins les plus primitifs de l’homme.

Editions  Contredanse 375 minutes, v.o. en anglais, sous-titrée en français. 32 €

Le Tartuffe 

  Après Coups de théâtre, une jolie revue théâtrale des Éditions L’Harmattan trop tôt disparue, le numéro 3 – Printemps 2014 – de la revue Le Tartuffe paraît sous l’égide du rédacteur en chef Gérard Allouche, homme passionné de textes et de théâtre.
  Construire et déconstruire l’art dramatique, s’amuser du jeu et des jeux, faire voler en éclats les pièces et leurs perspectives : sans cette vie organique qui le métamorphose, selon le critique, le théâtre resterait sans voix, un paradoxe ! Par ailleurs, le retour vers les classiques est éternel : « Nourri du passé, en quête d’avenir : un classique », Jean Grapin ne se lasse pas d’évoquer ce concept-trésor sur lequel le spectateur, l’acteur et le metteur en scène reviennent sans cesse.
Jade Lanza s’attache quant à elle, à la volupté du sacrifice dans l’œuvre de Musset à travers laquelle aimer est une aventure héroïque, un chemin de croix douloureux, quand on doute non seulement de l’autre mais de soi aussi. Musset, Sand…
Jean Gillibert a eu carte blanche pour rappeler que l’éthique précède tout simplement l’esthétique. L’amuseur des mots imagine que « le damneur ou l’errance féconde des réincarnations ». Pour l’analyste érudit, l’acteur est un exil perpétuel qui rappelle incessamment une présence par l’intermédiaire de sa parole prophétique.
Gérard Allouche s’arrête, lui,  sur le fameux Mondory, l’acteur fétiche de Corneille qui mourut sur le plateau d’un AVC : « son engagement paroxystique sur scène montre les ravages de l’alexandrin, arme létale et les pouvoirs des mots plus mortels que l’épée… »
  Il y a aussi un excellent article de Michel Ellenberger consacré aux 36 situations dramatiques selon Georges Polti (1868-1946), auteur trop peu connu ou méconnu. Dans  Les 36 situations dramatiques, il analyse les éléments dynamiques mis à l’œuvre dans toutes les situations théâtrales possibles. Implorer par exemple, concerne le Persécuteur, le Suppliant et la Puissance indécise. Le Sauveur a à voir avec L’Infortuné, le Menaçant et le Sauveur. La rivalité des proches considère le Proche préféré, le Proche rejeté et l’Objet. Les crimes d’amour touchent autant l’Épris que l’Aimé. Le remords fragilise non seulement le Coupable et la Victime mais l’Interrogateur.
Autant de situations, autant de sentiments et de réactions, autant de victimes et de bourreaux, de maîtres et d’esclaves : le calcul des probabilités est infernal mais il témoigne de  l’infinie vitalité de la vie qui pétille et bruit en chacun, selon sa position. Cette problématique savante est adoptée au cinéma et enseignée au cinéma ; on ne peut rester indifférent à cette folle entreprise de l’inventaire et du répertoire humains. Ce numéro 3 du Tartuffe se lit avec un réel enthousiasme, un esprit de découverte. Donc à suivre…

Véronique Hotte

Le Tartuffe n°3  Éditions L’Harmattan, 12 euros.

 Carnets d’artiste  1956-2010 de Philippe Avron

 Image-3 Depuis longtemps, les hommes de théâtre ont consigné leurs observations, et souvent au jour le jour, sur la pratique de leur métier, et il y eut des livres formidables comme ceux de Louis Jouvet que les apprentis acteurs ne cessent de relire. Et celui de Philippe Avron, à la fois comédien mais aussi auteur est de la même veine. Ce sont des carnets, écrits un peu partout au hasard des possibilités dans un café souvent   « quand disait-il les idées sont fraîches , qu’elles ont envie de galoper, » et cela depuis 1956 jusqu’à sa mort en 2010 peu après avoir joué son Montaigne, Shakespeare et moi, mis en scène par Alain Timar au Festival d’Avignon. C’est un document  d’une exceptionnelle richesse écrit par un homme passionné et généreux et qui n’arrêta jamais de travailler avec les plus grands metteurs en scène.
D’abord longtemps avec Vilar au festival d’Avignon et au T.N.P. . puis avec  Jacques LecoqPeter Brook, Jorge Lavelli, Roger Planchon et Beno Besson , notamment dans  Le cercle de craie caucasien de Brecht et Dom Juan. Il fit aussi merveille au cabaret avec son vieux complice Claude Evrard. Puis il entama une carrière plus solo avec ses propres textes, comme entre autres Ma Cour d’honneur, Je suis un saumon, Le Fantôme de Shakespeare que ces soit en France , au  Canada, voire aux Etats Unis.
On le vit aussi au cinéma dans les films de René Clair,  Michel Deville, Gilles Grangier. C’est de cette formidable aventure humaine et artistique à la fois dont il parle dans  ces Carnets. Il est aussi intelligent dans ses réflexions que modeste, aussi pétillant d’humour que de gravité parfois philosophique. Boulimique, il possède une culture exceptionnelle, grand lecteur, et curieux de tout, il ne cesse d’admirer les êtres, les peuples, les textes et les œuvres d’art. Son Ophélia d’abord et toujours, et Shakespeare, les Dogons, Molière,  la philosophie de Kant…  .
Côté métier, il n’est pas du genre à céder:  » Pas de vie sans combat. Autrement on regarde tomber ses cheveux ». Mais Philippe Avron reste lucide et pense à sa disparition prochaine et programmée: « A 53 ans, je me sens vieux quand j’ai peur, mais à part ça je pète le feu. Quand j’ai peur angoisse, je me sens vieux figé. Quand j’ai peur maladie, je me sens vieux perdu ». Mais avec un bel humour, il note plus loin: « C’est dommage que la vie finisse mal. On s’en va sur une mauvaise impression ». Et il mourra  au combat, à 81 ans, peu de temps après ce Montaigne, Shakespeare et moi  qu’il crée en Avignon, au Théâtre des Halles dans la mise en scène d’Alain Timar, sans doute conscient de vivre ses derniers jours: « Maintenant je dois me ménager pour mourir en pleine forme ».
C’est de ce parcours d’homme de théâtre que parle ce livre vraiment étonnant et qui se lit d’un seul trait.

Ph. du V.

Editions Quatre Vents L’Avant-Scène Théâtre 20 €

Montaigne, Shakespeare et moi de et Par Philippe Avron, image et réalisation de Jean-Michel Carasso.

  C’est l’enregistrement réalisé  par Jean-Gabriel Carasso des essais de ce dernier spectacle  au Théâtre de la Vie à Bruxelles.  Il est là seul en scène, avec son beau visage buriné, vibrant de passion tenant à la main un livre tout rafistolé d’Extraits de Montaigne qui avait appartenu à son père, lycéen à Calais pendant la Grande Guerre. Philippe Avron évoque ses souvenirs de vacances quand son grand-père qui, comme son père , s’appelait aussi Philippe et qui arbitrait le jeu du meilleur mort que lui et ses frères et sœur jouaient sur la plage de Sangatte. Comme un pressentiment?
Puis le comédien, droit dans ses bottes, simple et majestueux  commence par  lire Montaigne puis Shakespeare. « Tant qu’il y aura de l’encre et du papier de par le monde, j’écrirai ».
Diction et gestuelle  des plus  remarquables, présence fabuleuse, ce  dernier essai avant les quelques représentations d’Avignon,  est évidemment plus que précieux…  Ce testament  émouvant et bien filmé, qui est une initiative de l’association Les amis de Philippe Avron, nous restitue en une petite heure, à la fois l’homme et le comédien: c’est aussi  une grande leçon d’interprétation théâtrale. Le texte définitif du spexctacle est édité aux Editions Lansman.

Ph. du V.

Editions L’Oiseau rare.

Frictions n° 23

Au sommaire du dernier numéro de la revue dirigée par Jean-Pierre Han, plusieurs articles  tout fait intéressants comme entre autres, cet entretien par lui-même avec Olivier Py,  sur son parcours d’homme de théâtre en proie aux interrogations métaphysiques qui revendique à la fois son homosexualité e sa profonde foi catholique. Le nouveau directeur du festival d’Avignon, qui reste aussi et avant tout auteur et acteur, souligne que sa programmation correspond  à sa façon de penser le monde au travers des auteurs et des compagnies qui les jouent.
Il y a aussi  un court témoignage de notre ami René Gaudy qui fut proche d’Arthur Adamov auquel il a consacré une thèse. Il relate ici la fin tragique en décembre 90 de cet auteur que l’on ne joue plus guère et qui, pourtant, fut un des dramaturges importants de l’après-guerre en France.
Jean-Pierre Han  signale dans un beau portrait l’apparition, disparition, réapparition de cet auteur metteur en scène hors-normes, aussi inclassable que bourré de talent qu’est Eric da Silva dont la trajectoire est d’une certaine façon d’une logique remarquable, même si elle est à éclipses. L’homme  qui a fait de grandes choses comme avec sa troupe L’Emballage Théâtre  comme Tombeau pour cinq cent mille soldats de Pierre Guyotat ou Troïlus et Cressida adapté de Shakespeare, est sans doute brouillé à jamais avec les institutions, et c’est tant mieux. Même si le comité d’experts de la DRAC Ile de France lui a manifesté son soutien  et l’a aidé financièrement.
Mais quand on pense aux réflexions idiotes d’un inspecteur de la Direction des spectacles sur son parcours  atypique, il y a des raisons d’être quelque peu amer… Pourtant Eric Da Silva, et pour l’écriture et pour la mise en scène, a une place importante dans le théâtre contemporain. Ce que souligne à juste titre Jean-Pierre Han.

Ph. du V.

Frictions n°15. 14 €

Lettre de l’Académie des Beaux-Arts n° 76: L’art de la rue

Signalons aussi plusieurs articles à la fois bien documentés  sur les arts de la rue , notamment sur  sur ce mouvement d’expression urbain aux Etats-Unis dans les années 70 par Lydia Harambourg et un autre sur le parcours maintenant bien connu de l’excellent artiste qu’est Ernest Pignon-Ernest qui a réussi  à faire de la rue un lieu d’exposition grâce à ses photos sur papier collées un peu partout sur les murs de  grandes villes.
ce numéro comprend aussi un article sur l’installation de l’artiste JR,   composée de trois parties réparties sur le dôme du Panthéon, sous la coupole et sur le sol, à l’occasion de la rénovation  du bâtiment par les monuments historiques.  Avec plus de  4.000 portraits photographiques,  les bâches de prtection deviennent le support  d’une création artistique, ce qui n’est pas anodin.
Signalons aussi un dossier sur La Tour Paris 13 qui avait été appelée à disparaître fin 2013 et qui! a servi un temps  d’exposition collective de street art, comme on dit en français, avec plus de 4.500 m2 au sol comme au plafond  sur 9 des étages et qui sont devenus le support d’artistes provenant de de seize pays.
Cette Lettre de l’Académie des Beaux-Arts n° 76 s’empare, ce qui est plutôt inhabituel pour une revue des plus officielles,  d’un mouvement artistique qui, depuis quelque cinquante ans, a donc  déjà maintenant une histoire et, curieusement, par le bais de plusieurs galeries, un marché…

Ph. du V.

Academie-des-beaux-arts.fr/lettre/minisite_lettre 76/index.html

 


Archive pour 21 août, 2014

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Anna Halprin Danser sa vie

AnnaHalprinCe DVD-ROM a été réalisé par Peter Hulton qui, à l’occasion de la sortie du livre d’Anna Halprin, la grande chorégraphe et théoricienne de la danse américaine née en 1920,  Mouvements de la vie,  a filmé un atelier de deux jours qu’elle a réalisé en janvier 2010 à Paris et que publient aujourd’hui les éditions Contredanse. Avec des questions pour elle, fondamentales, à sxavoir le sens de la danse.  » J’ai un point de vue sur la danse, avait-elle précisé, En cinq minutes, elle a résumé comment elle concevait la danse: une science, une philosophie et un art ».
Ce DVD interactif comprend un certain nombre de mots-clés qui comprennent l’enregistrement de  l’atelier donné à Paris, les étapes de sa vie et ses feuilles de route. mieux vaut déjà connaître l’itinéraire  d’Anna Halprin qui abandonna la modern dance telle que la concevait Martha Graham ou Doris Humphrey ou Charles Weidman pour se mettre en contact avec des forces primitives et plus vitales pour elle.
Notamment, en privilégiant, ce qui parait souvent la norme aujourd’hui dans les arts du spectacle, la disparition du cadre de scène. Mais aussi en demandant à ses danseurs une implication autre que celle peut avoir  d’habitude un danseur sur un plateau, notamment en créant un processus de création en plein air  donc tout à fait proche de la nature et des besoins les plus primitifs de l’homme.

Editions  Contredanse 375 minutes, v.o. en anglais, sous-titrée en français. 32 €

Le Tartuffe 

  Après Coups de théâtre, une jolie revue théâtrale des Éditions L’Harmattan trop tôt disparue, le numéro 3 – Printemps 2014 – de la revue Le Tartuffe paraît sous l’égide du rédacteur en chef Gérard Allouche, homme passionné de textes et de théâtre.
  Construire et déconstruire l’art dramatique, s’amuser du jeu et des jeux, faire voler en éclats les pièces et leurs perspectives : sans cette vie organique qui le métamorphose, selon le critique, le théâtre resterait sans voix, un paradoxe ! Par ailleurs, le retour vers les classiques est éternel : « Nourri du passé, en quête d’avenir : un classique », Jean Grapin ne se lasse pas d’évoquer ce concept-trésor sur lequel le spectateur, l’acteur et le metteur en scène reviennent sans cesse.
Jade Lanza s’attache quant à elle, à la volupté du sacrifice dans l’œuvre de Musset à travers laquelle aimer est une aventure héroïque, un chemin de croix douloureux, quand on doute non seulement de l’autre mais de soi aussi. Musset, Sand…
Jean Gillibert a eu carte blanche pour rappeler que l’éthique précède tout simplement l’esthétique. L’amuseur des mots imagine que « le damneur ou l’errance féconde des réincarnations ». Pour l’analyste érudit, l’acteur est un exil perpétuel qui rappelle incessamment une présence par l’intermédiaire de sa parole prophétique.
Gérard Allouche s’arrête, lui,  sur le fameux Mondory, l’acteur fétiche de Corneille qui mourut sur le plateau d’un AVC : « son engagement paroxystique sur scène montre les ravages de l’alexandrin, arme létale et les pouvoirs des mots plus mortels que l’épée… »
  Il y a aussi un excellent article de Michel Ellenberger consacré aux 36 situations dramatiques selon Georges Polti (1868-1946), auteur trop peu connu ou méconnu. Dans  Les 36 situations dramatiques, il analyse les éléments dynamiques mis à l’œuvre dans toutes les situations théâtrales possibles. Implorer par exemple, concerne le Persécuteur, le Suppliant et la Puissance indécise. Le Sauveur a à voir avec L’Infortuné, le Menaçant et le Sauveur. La rivalité des proches considère le Proche préféré, le Proche rejeté et l’Objet. Les crimes d’amour touchent autant l’Épris que l’Aimé. Le remords fragilise non seulement le Coupable et la Victime mais l’Interrogateur.
Autant de situations, autant de sentiments et de réactions, autant de victimes et de bourreaux, de maîtres et d’esclaves : le calcul des probabilités est infernal mais il témoigne de  l’infinie vitalité de la vie qui pétille et bruit en chacun, selon sa position. Cette problématique savante est adoptée au cinéma et enseignée au cinéma ; on ne peut rester indifférent à cette folle entreprise de l’inventaire et du répertoire humains. Ce numéro 3 du Tartuffe se lit avec un réel enthousiasme, un esprit de découverte. Donc à suivre…

Véronique Hotte

Le Tartuffe n°3  Éditions L’Harmattan, 12 euros.

 Carnets d’artiste  1956-2010 de Philippe Avron

 Image-3 Depuis longtemps, les hommes de théâtre ont consigné leurs observations, et souvent au jour le jour, sur la pratique de leur métier, et il y eut des livres formidables comme ceux de Louis Jouvet que les apprentis acteurs ne cessent de relire. Et celui de Philippe Avron, à la fois comédien mais aussi auteur est de la même veine. Ce sont des carnets, écrits un peu partout au hasard des possibilités dans un café souvent   « quand disait-il les idées sont fraîches , qu’elles ont envie de galoper, » et cela depuis 1956 jusqu’à sa mort en 2010 peu après avoir joué son Montaigne, Shakespeare et moi, mis en scène par Alain Timar au Festival d’Avignon. C’est un document  d’une exceptionnelle richesse écrit par un homme passionné et généreux et qui n’arrêta jamais de travailler avec les plus grands metteurs en scène.
D’abord longtemps avec Vilar au festival d’Avignon et au T.N.P. . puis avec  Jacques LecoqPeter Brook, Jorge Lavelli, Roger Planchon et Beno Besson , notamment dans  Le cercle de craie caucasien de Brecht et Dom Juan. Il fit aussi merveille au cabaret avec son vieux complice Claude Evrard. Puis il entama une carrière plus solo avec ses propres textes, comme entre autres Ma Cour d’honneur, Je suis un saumon, Le Fantôme de Shakespeare que ces soit en France , au  Canada, voire aux Etats Unis.
On le vit aussi au cinéma dans les films de René Clair,  Michel Deville, Gilles Grangier. C’est de cette formidable aventure humaine et artistique à la fois dont il parle dans  ces Carnets. Il est aussi intelligent dans ses réflexions que modeste, aussi pétillant d’humour que de gravité parfois philosophique. Boulimique, il possède une culture exceptionnelle, grand lecteur, et curieux de tout, il ne cesse d’admirer les êtres, les peuples, les textes et les œuvres d’art. Son Ophélia d’abord et toujours, et Shakespeare, les Dogons, Molière,  la philosophie de Kant…  .
Côté métier, il n’est pas du genre à céder:  » Pas de vie sans combat. Autrement on regarde tomber ses cheveux ». Mais Philippe Avron reste lucide et pense à sa disparition prochaine et programmée: « A 53 ans, je me sens vieux quand j’ai peur, mais à part ça je pète le feu. Quand j’ai peur angoisse, je me sens vieux figé. Quand j’ai peur maladie, je me sens vieux perdu ». Mais avec un bel humour, il note plus loin: « C’est dommage que la vie finisse mal. On s’en va sur une mauvaise impression ». Et il mourra  au combat, à 81 ans, peu de temps après ce Montaigne, Shakespeare et moi  qu’il crée en Avignon, au Théâtre des Halles dans la mise en scène d’Alain Timar, sans doute conscient de vivre ses derniers jours: « Maintenant je dois me ménager pour mourir en pleine forme ».
C’est de ce parcours d’homme de théâtre que parle ce livre vraiment étonnant et qui se lit d’un seul trait.

Ph. du V.

Editions Quatre Vents L’Avant-Scène Théâtre 20 €

Montaigne, Shakespeare et moi de et Par Philippe Avron, image et réalisation de Jean-Michel Carasso.

  C’est l’enregistrement réalisé  par Jean-Gabriel Carasso des essais de ce dernier spectacle  au Théâtre de la Vie à Bruxelles.  Il est là seul en scène, avec son beau visage buriné, vibrant de passion tenant à la main un livre tout rafistolé d’Extraits de Montaigne qui avait appartenu à son père, lycéen à Calais pendant la Grande Guerre. Philippe Avron évoque ses souvenirs de vacances quand son grand-père qui, comme son père , s’appelait aussi Philippe et qui arbitrait le jeu du meilleur mort que lui et ses frères et sœur jouaient sur la plage de Sangatte. Comme un pressentiment?
Puis le comédien, droit dans ses bottes, simple et majestueux  commence par  lire Montaigne puis Shakespeare. « Tant qu’il y aura de l’encre et du papier de par le monde, j’écrirai ».
Diction et gestuelle  des plus  remarquables, présence fabuleuse, ce  dernier essai avant les quelques représentations d’Avignon,  est évidemment plus que précieux…  Ce testament  émouvant et bien filmé, qui est une initiative de l’association Les amis de Philippe Avron, nous restitue en une petite heure, à la fois l’homme et le comédien: c’est aussi  une grande leçon d’interprétation théâtrale. Le texte définitif du spexctacle est édité aux Editions Lansman.

Ph. du V.

Editions L’Oiseau rare.

Frictions n° 23

Au sommaire du dernier numéro de la revue dirigée par Jean-Pierre Han, plusieurs articles  tout fait intéressants comme entre autres, cet entretien par lui-même avec Olivier Py,  sur son parcours d’homme de théâtre en proie aux interrogations métaphysiques qui revendique à la fois son homosexualité e sa profonde foi catholique. Le nouveau directeur du festival d’Avignon, qui reste aussi et avant tout auteur et acteur, souligne que sa programmation correspond  à sa façon de penser le monde au travers des auteurs et des compagnies qui les jouent.
Il y a aussi  un court témoignage de notre ami René Gaudy qui fut proche d’Arthur Adamov auquel il a consacré une thèse. Il relate ici la fin tragique en décembre 90 de cet auteur que l’on ne joue plus guère et qui, pourtant, fut un des dramaturges importants de l’après-guerre en France.
Jean-Pierre Han  signale dans un beau portrait l’apparition, disparition, réapparition de cet auteur metteur en scène hors-normes, aussi inclassable que bourré de talent qu’est Eric da Silva dont la trajectoire est d’une certaine façon d’une logique remarquable, même si elle est à éclipses. L’homme  qui a fait de grandes choses comme avec sa troupe L’Emballage Théâtre  comme Tombeau pour cinq cent mille soldats de Pierre Guyotat ou Troïlus et Cressida adapté de Shakespeare, est sans doute brouillé à jamais avec les institutions, et c’est tant mieux. Même si le comité d’experts de la DRAC Ile de France lui a manifesté son soutien  et l’a aidé financièrement.
Mais quand on pense aux réflexions idiotes d’un inspecteur de la Direction des spectacles sur son parcours  atypique, il y a des raisons d’être quelque peu amer… Pourtant Eric Da Silva, et pour l’écriture et pour la mise en scène, a une place importante dans le théâtre contemporain. Ce que souligne à juste titre Jean-Pierre Han.

Ph. du V.

Frictions n°15. 14 €

Lettre de l’Académie des Beaux-Arts n° 76: L’art de la rue

Signalons aussi plusieurs articles à la fois bien documentés  sur les arts de la rue , notamment sur  sur ce mouvement d’expression urbain aux Etats-Unis dans les années 70 par Lydia Harambourg et un autre sur le parcours maintenant bien connu de l’excellent artiste qu’est Ernest Pignon-Ernest qui a réussi  à faire de la rue un lieu d’exposition grâce à ses photos sur papier collées un peu partout sur les murs de  grandes villes.
ce numéro comprend aussi un article sur l’installation de l’artiste JR,   composée de trois parties réparties sur le dôme du Panthéon, sous la coupole et sur le sol, à l’occasion de la rénovation  du bâtiment par les monuments historiques.  Avec plus de  4.000 portraits photographiques,  les bâches de prtection deviennent le support  d’une création artistique, ce qui n’est pas anodin.
Signalons aussi un dossier sur La Tour Paris 13 qui avait été appelée à disparaître fin 2013 et qui! a servi un temps  d’exposition collective de street art, comme on dit en français, avec plus de 4.500 m2 au sol comme au plafond  sur 9 des étages et qui sont devenus le support d’artistes provenant de de seize pays.
Cette Lettre de l’Académie des Beaux-Arts n° 76 s’empare, ce qui est plutôt inhabituel pour une revue des plus officielles,  d’un mouvement artistique qui, depuis quelque cinquante ans, a donc  déjà maintenant une histoire et, curieusement, par le bais de plusieurs galeries, un marché…

Ph. du V.

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