dans l’univers des bardes, Catrin Fish, Seckou Keita

Festival Interceltique de Lorient

 Dans l’univers des Bardes, Catrin Finch (Pays de Galles, harpe) et Seckou Keita (Sénégal, kora), 

 

imagesLa harpe celtique de la blonde galloise Catrin Finch et la kora (harpe africaine) du sénégalais Seckou Keita sur la scène de l’espace Marine, nous invitent, entre conte de fées d’un soir et échanges insolites avec des esprits facétieux, à un somptueux partage musical.
  Ce voyage sonore est un enchantement à la fois savant et « naturel », inventé par deux virtuoses de renommée mondiale, l’une harpiste et l’autre joueur de kora. Originaire d’un village situé sur les bords de la Casamance, qui donne son nom à l’un des titres  de l’album Clychau Dibon  Seckou Keita est un représentant inspiré de la kora, et héritier d’une famille de griots. Catrin Finch, née dans un petit village gallois, non loin des vents tempétueux de la mer d’Irlande, est une ambassadrice prestigieuse de la harpe.
Sénégal et Pays de Galles accordent une place culturelle d’importance à ces jeux de cordes pincées par des doigts  virtuoses. Les deux contrées partagent une même tradition séculaire de bardes et de transmission orale, avec un patrimoine renouvelé sans cesse,  dont l’expression est la musique, le chant et la poésie.
Seckou Keita et Catrin Finch, curieux de collaborations interculturelles bienfaisantes et heureuses, ont eu l’idée audacieuse  de marier leurs cultures musicales, alors que leurs pays sont  si lointains, et si historiquement différents…   Ils ont retranscrit et renouvelé ensemble sonorités celtiques et mandingues. Mais le spectacle  n’en est pas moins cohérent et  exigeant, et donne   une impression de fraîcheur, de clarté et de vie.
La harpiste et le joueur de kora, instinctivement à l’écoute des vents et des marées qui fondent leur paysage natal, déploient en les égrainant des vagues cristallines à n’en plus finir, des courants vibrant dans la profonde intimité des âmes.

Le public est conquis par cette création musicale sensible et si tonique.

 Véronique Hotte

 Espace Marine, Festival Interceltique de Lorient, le 6 août.

 

 


Archive pour août, 2014

Vingtième Mousson d’été à Pont-à-Mousson

Vingtième Mousson d’été à Pont-à-Mousson

 

Mousson-dété-300x270Il y a des fidélités qui ne trompent pas. La Mousson d’été -lectures, rencontres, spectacles, concerts et, depuis quelques années, université d’été européenne- fête sa vingtième édition, du 22 au 28 août. Un peu plus que majeure, et en pleine jeunesse. Des chiffres ? Inutiles : trente auteurs de plus de dix pays européens participent à l’affaire cette saison, avec autant de comédiens également metteurs en scène ou auteurs eux-mêmes (et réciproquement), traducteurs au passage, avec une sérieuse brochette d’universitaires, qui eux-mêmes ont tâté de l’écriture et de la mise en scène et payé de leur personne…Des lettres ? Que ça ! Très vite dans toutes les langues d’Europe et d’Amérique (Latine, en premier lieu), et bientôt en chinois et en japonais
La Mousson s’est construite peu à peu, et sans traîner, autour de Michel Didym et de Véronique Bellegarde. Affaire de bande, avec des comédiens comme Daniel Martin, Philippe Fretun, Catherine Matisse, Laurent Vacher, Charlie Nelson, et puis les inventeurs du baleinié, Jean-Claude Leguay, Christine Murillo et Grégoire Œstermann, et tous les nombreux autres…
Bande nombreuse et de qualité :  on pourra tous les retrouver dans l’album que notre consœur Maïa Bouteillet publie pour l’occasion aux Solitaires intempestifs. Ces comédiens-là n’avaient pas besoin de la Mousson pour leur carrière, qui trottait déjà fort bien. Ils en ont eu –et en ont toujours- besoin pour leur vitalité, pour leur nourriture, en travaillant comme des forçats,  en riant comme des baleines, pour transmettre cette électricité au public, qui a grandi peu à peu, et aux institutions, qui se sont peu à peu agglomérées, fédérées et amarrées à la Mousson.
L’objet de cette dynamique ? Les écritures contemporaines pour le théâtre. Noëlle Renaude, Philippe Minyanna, qui volaient de leur propres ailes, ne sont pas non plus venus en quête d’une reconnaissance qu’ils avaient déjà. Ils sont venu pour vivre, avec d’autres, autrement, les rencontres, le bouillonnement du chaudron. Rémi de Vos, Armando Llamas, Philippe Malone, Roland Fichet… On peut mélanger les années et les époques, mais on ne peut  nommer tout le monde. L’important, c’est cette audace et cette joie collective du « faire » et de l’intelligence.
Donc, pour cette vingtième édition : reprise de l’Examen (voir le festival RING, du printemps dernier), exercice théâtral pour dix auteurs et dix comédiens devant dix jurys de spectateurs, Ploutsch, la radio d’Hervé Blutsch.  Mais aussi un coup de projecteur sur l’Italie, avec Michele Santeramo (La Revanche), Stefano Massini (jecroisenuneseuldieu), et aussi sur la Roumanie, la Moldavie, le Québec, la Grèce, la Suède Jonas Hassem Khemiri), la France, bref, partout où ça bouge.
On pourra bien sûr entendre quelques unes de ces pièces sur France Culture (La Tigresse, de la roumaine Gianina Carbunariu).
Voilà : c’est-là qu’on peut finir la nuit en buvant des coups avec des auteurs écorchés et ravis, des comédiens épuisés et hilares, des universitaires frémissants.
Et ça recommence le lendemain dès 10h : lectures, débats, rencontre, spectacles, dans l’excitation de la création sur le vif. En guettant au passage les moussons d’hiver (jeune public), en partenariat, entre autres, avec la Comédie-Française, sans oublier un beau bouillonnement en juillet, à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon.
Encore une chose : le thème de cette année est Même pas peur. On vous l’avait dit.

 

Christine Friedel

 

Du 22 au 28 août, abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson. Réservation : 33 (0) 3 83 80 19 32

Barzaz

Barzaz au festival interceltique de Lorient

BarzazUn des événements musicaux de l’année en Bretagne, c’est la reformation du groupe breton Barzaz, avec Yann-Fanch Kemener  (chant),  Jean-Michel Veillon (flûtes) Gilles Le Bigot (guitares), Alain Genty (basse) et David  Hopkins  (percussions).  Barzaz  fondé en 1989, avec un premier album  Ec’honder, suivi d’un second en 1992  An den Kozh dall, disparaît  en 1995 pour presque vingt années mais renaît de ses cendres en 2012 pour le bonheur de son public .
Gilles Le Bigot définit leur formation comme « un vieux groupe de jeunes » ou plutôt « un jeune groupe de vieux », des interprètes qui n’auraient guère changé, excepté leur visage un peu buriné par le passage irréversible du temps.
Barzaz, l’œuvre poétique,  en breton, évoque le répertoire, fondé sur des chants de la tradition orale de Basse-Bretagne, sur des poèmes et des textes plus récents. Les compositions, textes contemporains ou gwerzioù, évoquent eux l’histoire bretonne : « Notre Histoire est secrète et controversée : ceux qu’elle dérange en haut lieu l’interprètent comme bon leur semble,  afin de mieux disposer de notre Temps. »
Barzaz crée alors sa féerie sur la scène, avec la voix singulière – beauté et tradition de la musique bretonne – de Yann-Fanch Kemener qu’entourent ses vieux amis musiciens, leurs trames instrumentales, avec un mélange de sons traditionnels et de musiques étranges. Le public  goûte des airs familiers et renouvelés – des objets scandés dus à la passion poétique du collectage de Yann-Fanch Kemener.
Les airs se succèdent avec un bel engouement : traditionnels, gavotte du Pays Pourlet, danse fisel, danse plinn, danse an dro… , issus des deux albums  Ec’honder et An den Kozh dall,  et quelques inédits.
Kemener chante en breton dans les aigus et traduit en français dans les graves. Qu’il s’agisse de la hausse du prix du tabac ,ou bien de la place de chacun à l’église selon son importance économique et sociale, l’existence du paysan breton  était  dure. Le Vieillard aveugle imagine l’onirisme amer d’un cheval blanc, symbolique de l’énergie bretonne, portant un vieillard et son fils, en quête d’une terre pour s’y fixer.
Or, se lève le spectre menaçant de la construction chaotique et forcenée des routes (et …des aéroports aujourd’hui). L’angoisse naît de l’effacement de lieux paisibles et les malédictions pleuvent : « Eloignons-nous de tous ces chemins maudits et de ceux qui les ont faits.» Et la chute finale est un morceau de sagesse à méditer pour nos temps actuels :
« Ils ne voulaient pas me croire. Ils le font, maintenant que la chose est arrivée. Paradoxalement, plus les histoires sont sordides et tragiques, et plus la poésie et les mélodies sont belles : l’antithèse n’échappe pas au commentaire du chanteur.
Gwerz Maivonig fait état d’un infanticide caché, et la jeune femme coupable rétorque aux accusations de deux jeunes écoliers : « Je n’ai rien fait du tout J’ai seulement déchiré mon ruban de velours Et ma croix d’argent j’ai perdu. »
Quant au Pardon de Lok-Malo (Parrez Lok-Malo), si émouvante soit la chanson, elle rappelle au souvenir douloureux de chacun, le viol d’une jeune fille, lors du Pardon de la paroisse de Lok-Malo dans le Pays Pourleth. Le maire, le prêtre et le bedeau, (les notables!), ont abusé d’une innocente en lui proposant café et petits gâteaux, denrées rares en ces temps de misère.
La Neige sur l’Archipel est un poème inscrit dans un paysage marin singulier : « Sont-ils descendus pendant la nuit Les cygnes blancs de la minuit, Dorment-ils sur la mer, engourdis, Leur tête pliée sous les plumes ? Non, pas les cygnes, c’est la neige qui est descendue, ailée, sur l’archipel. Dans les abers, seuls, les rochers, Rêvent doucement sous leurs plumes. »
L’onirisme se déploie dans des paysages naturels immaculés, terre et mer vierges. Plus légère, malgré l’évocation des campagnes de guerres dans des  contrées inconnues, est la danse Plinn des Aventures du citoyen Jean Conan. Soldat de l’An II et soldat bleu en Bretagne, il est pêcheur à Terre-Neuve. Naufragé sur une banquise, il est recueilli par une peuplade étrange, des Indiens. Une chanson forte d’amour infini clôt la prestation de grande qualité de Barzaz.
Ce concert est un moment de poésie envoûtante, à la fois festive et mélancolique.

Véronique Hotte

Le 4 août, Grand Théâtre, Festival Interceltique de Lorient

via stalingrad

Festival d’Avignon off:

Via Stalingrad, conception,  mise en scène et textes de Christophe Piret

C’est un spectacle encore en chantier qui sera créé à Volgograd, ancienne Stalingrad, au printemps 2015 et qui sera  repris ensuite à Aulnoye Aymeries où le Théâtre de Chambre est installé depuis quelques années dans un ancien site d’entretien des locomotives.
Le spectacle qui devrait durer une heure trente, mettra en scène trois histoires qui se croisent,  en russe et en français. On y découvre des bouts de vie, des rencontres, des déchirures dans un espace immaculé, avec de grandes  projections. Christophe Piret qui interprète pour la première fois un rôle musical au sein de cette  troupe de six acteurs chanteurs russes affirme : « Regarder et entendre ce qui se dit en dehors de l’Europe, me paraît indispensable à l’oxygénation de la pensée ! ».
Sur l’écran blanc, apparaissent la neige et les sapins, une danseuse sur l’image et sur scène esquisse des pas sur pointes. On entend Christophe Piret raconter son histoire : « Mes parents habitaient à la frontière belge. Il fallait beaucoup de temps pour parler la langue de mon père.(…) Il y a une dizaine d’années, Elena m’a proposé de ne pas m’arrêter à cette frontière. Nous sommes allés jusqu’à Saratov. »
Il présente les quatre acteurs et les deux musiciens qui vont brosser l’esquisse du spectacle, dans un fracas musical difficile à entendre. C’est, pour l’instant,  l’ébauche d’un spectacle de deux compagnies qui se consacrent dans leurs pays respectifs, à un travail sur les publics non concernés par le théâtre institutionnel. Nous avions pu goûter l’an dernier Camping complet et Blue Pillow à la Corrouze, superbe et généreux parcours dans une ancienne résidence militaire en cours de réaménagement qui surplombe Rennes.

Edith Rappoport

contact@theatredechambre.com

Dengekan « Voix kurde en Breizh »

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Dengekan, Voix kurde en Breizh  (Kurdistan) au Festival Interceltique de Lorient

 

  C’est un spectacle à la fois, populaire et précieux, issu d’un croisement musical breton et kurde,  imaginé par le poète et chanteur kurde Wirya Ahmad et le musicien breton Gaby Kerdoncuff.   Cette création a été coproduite avec l’Institut du monde arabe, le Gouvernement régional Kurde et le Festival Interceltique de Lorient.
Fondateur du Zirubam music Band, Wirya Ahmad est un maître pédagogue reconnu au Kurdistan Irakien. Exilé en Hollande pendant huit ans, il s’est produit au Koweit, en Syrie, en France, Allemagne, Suisse, Belgique… Quant à Gaby Kerdoncuff,  à la trompette et à la bombarde, côté traditionnel et jazz, il parcourt la planète en s’attachant plutôt aux musiques populaires d’Orient. Les deux artistes se sont rencontrés lors d’une tournée au Kurdistan en 2006, peu après la chute de Saddam Hussein.
Rendez-vous heureux entre des traditions venues de ces pays éloignés, il a révélé de belles complicités  entre les musiques et danses  kurdes, et celles de Bretagne. Et cela a donné l’occasion d’un mariage inédit   entre la poésie bretonne de la « Gwerz » et celle des « sonioù » – poésie qui a conservé des caractéristiques  micro-tonales  naturelles, proches des musiques orientales des « lawk » et des « hayran » kurdes.
Ce spectacle, au Grand Théâtre de Lorient, est d’une intensité rare,  avec une réunion magique  de deux espaces musicaux : à cour, quatre artistes kurdes en costume traditionnel et, à jardin, quatre artistes bretons.
C’est le maître kurde Wirya Ahmad, à l’oud et au chant, qui dirige les deux orchestres réunis. Derrière le maître et au-dessus de lui, se tiennent Azad Xeilani au chimchal, aux barabans et aux zurnas et  Sherwan Saedi au saz. L’impression musicale d’ensemble pourrait être celle que donne un taraf festif des Balkans avec cordes et percussions. Les mélodies font merveille entre  chants kurdes et chants de kan-ha-diskan.
Mais le mystère s’accomplit pleinement entre la voix d’Ala Riani, princesse kurde de grande dignité, à la parure colorée et lumineuse des Mille et Une Nuits. Elle chante en soulevant les mains avec grâce, comme elle porterait son cœur, à la manière esthétisante et émouvante de la mythique Charulata de Satyajit Ray.
De son côté, le chanteur Eric Menneteau lui répond avec tact et art, et habité par le rythme, Gaby Kerdoncuff à la trompette quart de ton et à la bombarde, anime son groupe avec, à la fois, un bel élan et beaucoup de rigueur, en compagnie de Jean Le Floch à l’accordéon chromatique micro-tonal et Yves-Marie Berthou au dahul, au derbuka et au def.
Un spectacle poignant et lumineux,  qui sait en même temps être léger pour un public vite conquis.

 

Véronique Hotte

 

Festival Interceltique de Lorient, Grand Théâtre, le 4 août.

 

 

Bernard Lavilliers

Bernard Lavilliers le 2 août au Festival Interceltique de Lorient.

 
 Lavilliers On ne présente plus Bernard Lavilliers,  rebelle au grand cœur qui s’en va, bon an mal an, de par le vaste monde, à travers les pays les plus pauvres, là où les discriminations ethniques et sociales font le plus de mal et d’injustices.    Ce baroudeur têtu et obstiné est en quête de la vérité des lieux et des peuples  comme entre autres le Brésil, New-York, la Jamaïque, le Sénégal, le Congo…
Bernard Lavilliers en est aujourd’hui à son vingtième album Baron Samedi (2013), que le globe-trotter a concocté à partir d’un reportage tourné en Haïti en 2010, qui relate la situation des artistes  juste  après le tremblement de terre.
Il leur aura fallu trois mois de silence avant qu’ils ne reprennent leur bâton de pèlerin, l’équivalent d’un temps muet qui règne sur Port-au-Prince à travers le Baron Samedi, personnage mythique et mortifère qui relève du panthéon vaudou et particulièrement présent dans les légendes et représentations haïtiennes,  coiffé d’un haut-de-forme et regard fumé. Silhouette inédite est d’ailleurs assumée par les musiciens de Lavilliers, qui, en haut-de-forme et en queue-de-pie, chapeau et chaussures rouges de diablotin pour le maître de cérémonie, jusqu’au large fil rouge du col de veste.
Le Baron Samedi est celui qui empêche de reposer en paix, c’est un maître du cimetière, un dragon qui a ravagé le pays et engendré 300.000 morts, un squelette de phosphore noir et blanc, dévastateur d’Haïti sur la faille, un Baron Samedi dont la chanson décrit sur la scène en fureur les cavalcades des tambours ravageurs.

  Après la catastrophe, dans la misère et la solitude, l’art ne peut grand-chose, si ce n’est qu’il est encore la liberté et la vie, une existence de lutte, d’opposition et de résistance, une posture qui sied de tout temps à Lavilliers. Il faut « Vivre encore en dépit de tout  » , chante-il, avec mélancolie et  de sagesse : « Ce qu’il faut de sang pour donner la vie, ce qu’il faut de temps pour toucher l’oubli… »
Le concert commence avec Scorpion de l’immense poète et opposant turc Nazim Hikmet qui fit l’épreuve de quinze ans d’emprisonnement, rejeté par son pays, exilé : « Tu es la plus drôle des créatures, mon frère, tu n’es pas sain, mon frère… et s’il y  a tant de misère sur terre, mon frère, c’est grâce à toi, mon frère… » À cela s’ajoute la réinterprétation d’une des plus grandes chansons du patrimoine réunionnais, Rest’ la Maloya, pour cette figure emblématique d’une musique rock, pop et world, entre accents colorés de chaleur et percussions toniques et claquantes,  au milieu des reprises des fameuses épopées collectives, La Salsa, San Salvador, Noir et blanc, Stand the Ghetto, Y a pas qu’à New-York …  comme Idées Noires, une chanson d’amour chantée jadis avec Nicoletta. Notons aussi l’originalité de la pipe celtique de Kevin Camus  qui accompagne Lavilliers, quand il interprète On the road again avec une sagesse suave et tranquille .
Sept musiciens, aussi  excellents que  facétieux accompagnent le chanteur: guitares, basse, batterie, claviers, percussions, cuivres, violoncelle, contrebasse. Lavilliers répond toujours aux signes imaginaires de sa propre mythologie fantastique, un dur au grand cœur qui joue de ses bras de boxeur au quart de tour quand l’injustice devient trop grande sur cette planète arrogante et cassée en deux : les nantis d’un côté, qui appauvrissent l’air et la terre, et les déshérités, de l’autre, forcément les plus nombreux. Qu’à cela ne tienne : Vivre encore…
Le rocker poète prête aux mots la saveur qui leur sied ; comme le bon vin, il sait vieillir  avec  une certaine prestance, avec aussi cette dignité de l’homme qui lui est si chère.

 Véronique Hotte

Festival Interceltique de Lorient du 1er au 10 août,  et le 9 août à la Citadelle de l’île d’Yeu.

 

 

Le festival d’Avignon 2014: suite et fin

 

Le festival d’Avignon 2014: suite et fin….

Voilà, Olivier Py et son équipe, dont cela a été un rude baptême du feu  à la direction du In, Greg Germain et la sienne pour le Off,  peuvent enfin souffler… L’édition 2014 aurait pu plus mal se passer… On ne dira pas: malgré les intermittents pour ne mécontenter personne, mais les faits sont têtus, disait Lénine, et ce sont bien finalement eux qui ont réussi à maîtriser la situation, ce qui n’était pas évident. Bien vue en effet, l’annulation/coup de semonce presque au dernier moment, de la première  du Prince de Hombourg, puis la proclamation digne et sobre, le soir de la nouvelle première, de quelque cinquante acteurs et techniciens, remarquablement mise en scène  sur le grand plateau de  la Cour  d’Honneur, bien vu le discours en voix off de Victor Hugo avant les représentations à la FabricA, d’Orlando ou l’impatience, avec, là aussi toute l’équipe  silencieuse, écoutant avec le public la parole de ce poète visionnaire; bien vus enfin  les multiples messages, tout aussi dignes et responsables des acteurs du off…
Les intermittents auront su avec unité et une certaine solidarité,  montrer qu’ils ne se laissaient pas faire par un gouvernement qui, après avoir soufflé le chaud quand il était dans l’opposition, souffle maintenant le froid, et qui, sans état d’âme quand il est aux affaires chante le vieux refrain des gouvernements de droite: jouez d’abord, les enjeux économiques sont trop importants et on examinera votre situation ensuite…

Le petit tour de passe-passe de Manuel Vals était un peu gros. Et il n’a quand même pas osé venir en Avignon! Quant à Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, elle a été accueillie… plutôt fraîchement par une équipe d’intermittents qui lui ont  fait savoir , haut et fort, qu’ils n’accepteraient pas la remise en cause et le durcissement des conditions de la nouvelle convention-chômage, quand elle était en visite au centre du Festival off. Elle est allée aux rencontres Théâtre et Jeunesse du In, mais de là, à assister à un spectacle…
Le bilan? Quelques chiffres, cela ira plus vite: l’édition 2014 du festival aura connu, avec un budget de près de 12 millions pour  57 spectacles, dix des 289 représentations prévues)  annulées pour grève à l’appel de la C.G.T. Spectacle, le 4 et surtout les 12 et 24 juillet, et deux autres, à cause des orages et de la pluie.  Le In annonce  donc quelque  300.000 euros de déficit, avec une fréquentation légèrement inférieure de 5% cette année soit 90 %, ce qui aurait pu être pire.
Mais, dit  Olivier Py, placé de ce fait, dans une position des plus difficiles et qui ne s’en tire pas si mal du tout: « Ne pas jouer n’était pas la bonne solution ». Ce qu’ont aussi sans doute  pensé  les intermittents dans leur majorité qui ont tenu, et réussi à faire leur travail mais aussi à bien entendre leur voix, et c’est l’essentiel…
Non sans quelques dommages collatéraux, mais on ne va pas pleurer! Des spectateurs venus de loin,  ont été  déçus et  la billetterie a connu un déficit de réservation de 6% dans le In, ce qui n’est jamais facile pour un nouveau directeur de festival, surtout quand il a programmé 57 spectacles, (sans doute beaucoup trop! et ce qui ne facilite pas la lisibilité d’une ligne  artistique).

Greg_Germain-800x531Quant au Off, il a aussi accusé le coup et il y a eu une vente de cartes de réduction un peu moindre. Cela tendrait à prouver que le In et le Off, s’ils n’ont pas vraiment le même public, doivent faire face aux mêmes situations de crise.  Cela dit, le Off, c’est plutôt récent, apparaît comme de plus en plus structuré, et  possède une bien meilleure image de marque qu’autrefois. Avec souvent un excellent taux de fréquentation, dès qu’il s’agit des salles bien équipées comme celle de la Chapelle du Verbe Incarné, de bons spectacles vraiment professionnels, ce qui n’est pas toujours le cas, déjà rodés et qui ont parfois déjà aussi fait leurs preuves dans leur région d’origine.
   Du côté théâtre, danse, performance, cirque, etc…, l’équipe du Théâtre du Blog vous aura rendu compte de ce cru 2014, en quelque soixante articles: « Cela  fait  dix  ans que je vais à Avignon, dit Julien Barsan, et pour moi, c’est, chaque fois, un grand plaisir, un peu éprouvant certes, mais stimulant, je me sent un peu comme un chercheur d’or à la recherche des pépites cachées  parmi un millier de spectacles. Cette année, on sentait un festival sous observation : la programmation d’Olivier Py, et sa gestion du conflit des intermittents, comment le Off allait-il réagir? En fait,  cette édition du In ressemble aux précédentes et on retrouve un certain nombre d’artistes déjà programmés, les mêmes lieux ou presque … Mais,  plus de grands noms du théâtre international comme Wajdi Mouawad, Jan Lauwers, Angelica Liddell, (sauf Thomas Ostermeier) qui rendaient le festival excitant.  Par ailleurs, Avignon est d’évidence une grosse machine, qu’on ne fait pas  bouger comme ça.  Du côté du off, des lieux bien remplis (Manufacture, Théâtre du Chêne noir, Conditions des Soies, Théâtre du Balcon, etc… ) maintenant  devenus le In du Off mais aussi et toujours, des salles presque vides et des spectacles sans aucun intérêt. Mais c’est la dure loi du métier. »
  Pour Jean Couturier, « le panel de spectacles offert dans le In est incomparable et l’enthousiasme du public intact,  quand il s’agit, par exemple, de l’exceptionnel Mahabarata imaginé par le japonais Satoshi Miyagi; à noter aussi l’intérêt porté à de petits spectacles comme ceux de la série Le Vif du Sujet. Le Off, lui, reste comme toujours un espace où le meilleur peut cotoier le pire, et où  certains « metteurs en scène » demandent à chacun de leurs « comédiens » d’investir d’abord 700 euros dans une prétendue création! Ce qui tient du scandale mais comment remédier à cela! Avignon constitue une sorte de marathon de spectacles et de rencontres, dont on ressort épuisé mais heureux ».
  Quant à Véronique Hotte,  pour elle:   On peut retenir Le Prince de Hombourg de Kleist, qu’a mis en scène Barberio Corsetti dans la Cour d’Honneur a été une louable entreprise,  avec de beaux interprètes, même si le traitement systématique à la façon du théâtre de marionnettes du même Kleist était un peu trop appuyé. Le Falstafe de Novarina mis en scène par Lazare Herson-Macarel a été une heureuse découverte : un théâtre facétieux et ludique. Et Le Sorelle Macaluso par Emma Dante aura été  tout aussi inventif et ludique,  malgré les  thèmes abordés. Mais les créations ou reprises du directeur nous ont semblé moins convaincantes, peut-être à cause du non-renouvellement de la scénographie. Avec une impression de déjà vu, malgré de très beaux comédiens. Et aussi Hypérion, monté avec une audace et un questionnement intéressants malheureusement  démoli par  tous mes confrères « .
Et, vous du Vignal, avec plus de quarante Avignon au compteur, soit au total une bonne année dans une ville que l’on connaît par cœur mais qu’on ne cesse de rédécouvrir? « Nous dirions: un festival honnête mais comme un peu frileux, et  sans  grandes surprises, sauf le remarquable Mahabarata  japonais, comme si Olivier Py  avait continué avec prudence à creuser le sillon de ses prédécesseurs, sans vouloir trop bousculer (pour le moment?) les choses.
Mais nous serons plus sévères que notre collègue et amie Véronique Hotte , à propos de  ce sinistre  Hypérion  mis en scène par Marie-José Malis… ( voir les articles) qui  ne  nous semble pas être du tout , comme elle dit,  une « audace » ni un « questionnement », tout juste une erreur de programmation qui aura donné à cette édition un côté branchouille  dont il n’avait pas besoin.

7111479-olivier-py-a-avignon-une-programmation-qui-decoiffeQuant à Orlando ou l’Impatience, texte et mise en scène d’Olivier Py, c’est un spectacle réussi dans sa forme, avec effectivement, de bons comédiens, mais très parisien, comme sorti de l’Odéon et dont on espérait mieux, et avec des thèmes déjà dix fois abordés par le nouveau directeur du Festival.
  En fait, tout s’est aussi  passé, comme si la plupart des questions que l’on peut se poser à propos du festival d’Avignon qui va allègrement vers ses soixante-dix étés, avait été poussée sous le tapis… Malgré des efforts, le prix des places reste en effet peu abordable pour beaucoup, et atteint souvent plus de vingt-cinq euros, voire  parfois trente neuf!  La couleur des cheveux des spectateurs n’a donc pas changé! Et il faut absolument que les jeunes gens aient vraiment un meilleur accès aux spectacles. C’est une question de vie ou de mort pour le Festival.
Autre question récurrente: pourquoi plus de cinquante créations ou reprises, ce qui à l’évidence, sur le plan artistique, ne se justifie pas? Olivier Py ne pourra pas, de toute façon, faire l’économie de ce véritable problème, puisqu’il devra, l’an prochain  tenir compte du déficit entraîné par les pertes, et avec (pas besoin d’avoir fait H.E.C. pour le prévoir), une probable diminution, crise oblige, des achats de places. Mais à quelque chose malheur est bon, et ce recentrage artistique ne sera pas un luxe.

   Il y a aussi  le cadeau légué par Hortense Archambault et Vincent Baudriller qui constitue une sorte de bombe à retardement dans le paysage  du festival. C’est la salle de la FabricA, projet qui remonte à plus de dix ans, donc élaboré dans un tout autre contexte socio-économique et qui a été ouverte l’an passé. Certes, cet espace de travail, avec studios pour le séjour de comédiens et techniciens et convertible en salle de représentation, a belle allure, était nécessaire et est des plus fonctionnels mais…  il faudrait l’inscrire vraiment dans un quartier de HLM et petits pavillons,à l’extérieur  des remparts et pas bien riche, où vivent beaucoup d’émigrés, et dont la plupart des habitants savent même à peine à  qui peut bien servir cette FabricA. En quoi un spectacle comme Orlando a- t-il quelque chose à voir avec ce quartier?
Le lieu en question tient en effet d’un espace de colonisation, doté de belles pelouses et protégé par de hautes grilles, dont les habitants sont pratiquement exclus. Là aussi, Olivier Py et son équipe devront faire preuve d’imagination pour trouver  de solides alternatives. C’est aussi l’image même du Festival qui en dépend.  Quant à  la nouvelle Maire d’Avignon, elle  ne semble guère s’être exprimée là-dessus…
Ce Festival  maintenant  célèbre dans le monde entier, et qui était au départ, une semaine d’Art et de culture, voulue par la mairie et Jean Vilar, est devenue sans  doute une des plus grosses entreprises de spectacles en France, avec quelques centaines de collaborateurs,  soutenue par l’Etat et par de nombreux mécénats privés et partenaires.
Quant au Off, après quelques remous, il a acquis depuis quelques années une position de plus en plus importante, tout à fait officielle, avec  le pus souvent petites salles  mais des  plus correctes, et possède des services remarquablement efficaces. Et bon nombre de ses spectacles, aux structures plus légères sans doute, pourraient très bien être programmés dans le In. Mais pourrait-t-il y avoir un Off sans le In? Sans doute pas… Et un In sans le Off ne serait pas du tout à fait le même. C’est toute l’ambiguïté de la situation!
Mais, cela dit,  le Festival (In et off confondus) semble rester-pas seulement mais en majorité-une succursale estivale de la création comme de la fréquentation parisiennes. Même si les lignes ont un peu bougé..  A près de soixante-dix ans, il semble en tout cas avoir quelque mal à trouver une nouvelle identité et, osons le mot s’il veut encore dire quelque chose, à devenir plus « populaire ».
Quant aux politiques de tout bord, ils font semblant de  découvrir maintenant que cette machine à spectacles que devient la ville pendant presque un mois, est essentielle à l’économie d’Avignon et de sa région et que, du coup, rien ne peut se faire sans les artistes, techniciens, etc… du Festival… qui, ont ainsi acquis, à leurs yeux, une sorte de respectabilité! Enfin mieux vaut tard que jamais!

  En fait, cette année, tout se passe comme si la grave « crise des intermittents » comme on dit, avait été aussi le révélateur d’une situation artistique et économique assez fragile, à la fois inédite dans l’histoire d’un festival qui a le monopole en France d’un ensemble de lieux historiques exceptionnels dont le passé architectural des plus anciens donne la main au spectaculaire le plus contemporain: la Cour d’Honneur bien sûr, mais aussi le cloître des Célestins et celui des Carmes, la Chapelle des Pénitents blancs, le Tinel de la Chartreuse, et plus récemment, la carrière Boulbon… Espaces quasi magiques, où  les spectacles qu’ils accueillent, ont tout de suite dix points de plus.
  En tout cas, Avignon, malgré tous ses défauts, malgré la chaleur souvent accablante, malgré une masse de spectacles qu’on ne peut tous voir,  malgré une course permanente, malgré la foule un peu partout, reste un formidable espace de liberté et de découvertes,  et une drogue aussi stimulante qu’incontournable qui fait du bien à l’esprit et dont voit mal comment on pourrait se passer… Même si Jean Vilar, lui-même, avait lucidement pensé que ce festival ne pouvait  être éternel.
Bonnes vacances à vous, le Théâtre du Blog ne ferme pas son rideau en août, et de toute façon, nous nous retrouvons pour de nouvelles aventures théâtrales au Festival d’Aurillac dont nous vous parlerons cette semaine.

Philippe du Vignal

Pour consulter les articles du Théâtre du Blog sur le Festival d’Avignon, et sur l’actualité théâtrale de juillet et les autres festivals dont celui de Turin, il vous suffit d’inscrire le nom du spectacle choisi, suivi de la mention Théâtre du Blog , dans le cartouche Google et normalement l’article recherché s’affiche immédiatement.


La Belle rouge à Saint Amant Roche Savine

La Belle rouge à Saint-Amant Roche Savine

C’est la onzième édition de ce festival tonique organisé du 25 au 27 juillet par la compagnie Jolie Môme installée à Saint-Denis (92)dans ce charmant village d’Auvergne de 500 habitants dont la mairie communiste a réussi à conserver un collège, une poste et des commerces grâce à une lutte acharnée.
Michel Roger et ses camarades de Jolie Môme mobilisent leur public plusieurs semaines avant le festival, sur la base de forfaits à 60 € pour huit spectacles  de qualité, des films documentaires, des débats, et des spectacles pour le jeune public.
Il  faut six cent spectateurs pour que le festival ait lieu et ils n’ont pas fait défaut, malgré un temps maussade. Autour de Jolie Môme qui n’aime pas le mot bénévole, une soixantaine de brigadistes consacrent une semaine de leurs vacances, voire davantage, pour monter les trois chapiteaux, faire la cuisine, servir de délicieux repas dans la cour du collège, et faire la vaisselle, mais ils sont nourris et logés,  et ont  la possibilité d’assister gratuitement  aux spectacles.

La Belle Rouge débute cette année par une intervention de la Caravane syrienne, venue avec Mohamad al Roumi et Najwa Sahloun, alerter le public sur l’extrême gravité de la situation dans cette région où la résistance se poursuit, malgré les massacres. Une pluie diluvienne (rapidement dissipée) a baptisé cette intervention, suivie de l’ouverture de la Belle Rouge par  les discours du député et du maire, Messieurs Chassaigne, père et fils.
Ils évoquent le pillage de l’uranium au Niger,  et précisent que deux  ampoules sur trois sont éclairées en France par l’énergie atomique! Pour eux, il faut continuer à lutter contre le colonialisme d’aujourd’hui avec les députés du Front de gauche.
Michel Roger intervient sur la question de la grève qui a pesé sur le lancement de la Belle Rouge : « Pour avoir nos salaires, il a fallu piller le monde. La culture, c’est la conscience de nos contradictions. Il faut se battre contre l’agrément du 22 mars, obtenir un avenant à cette convention. Pour un euro investi dans la culture, dix retombent sur la ville. On massacre en Palestine avec l’appui de notre gouvernement qui fait monter la peste brune »…Le lendemain, nous étions cinq cent à aller manifester contre les massacres à Gaza dans la ville d’Ambert, plutôt déserte !


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Rallumer les feux, Jaurès ou la nécessité du combat de Jérôme Pélissier, mise en scène  de Milena Vlach

 Troublant parallèle avec notre époque, cette évocation de Jaurès, de ses combats pour sauver notamment Dreyfus, et de son amitié naissante avec Charles Péguy qui a édité le premier livre de Jaurès,  avant de vomir le socialisme à la fin de la guerre : « Aucun homme n’est l’instrument de Dieu, ni l’instrument d’un autre homme »…Les socialistes travaillent avec acharnement, mais déjà l’État financier surgit dans l’État démocratique ! Un ironique vendeur de journaux à la criée annonce les nouvelles : « Les cannibales à l’exposition universelle de 1900 », nous avançons avec lui dans l’histoire de l’avènement de la guerre. « Il nous faut lutter par tous les moyens, la pauvreté exile l’homme de lui-même ».
Jean Jaurès dit dans son Journal en 1908 : « La laïcité, c’est assurer à chacun sa liberté en respectant la liberté des autres ». Et déjà Charles Péguy de proclamer « Je me méfie des représentants du peuple ! »
On assiste à la plaidoirie de Jaurès à la Chambre des Députés, pour les immigrés, mais peine perdue, ses collègues restent sourds. Il continue à se battre contre la violence,  et,  le 31 juillet 1914, Jaurès est  assassiné! La guerre mondiale va pouvoir  commencer.

Interprété par six comédiens très investis,  ce premier spectacle, qui souffre de quelques tunnels, donne à réfléchir sur les retournements de veste de notre époque.
http://www.aigledesable.com

  Le spectacle sera repris au Théâtre de l’Épée de Bois, Cartoucherie de Vincennes , du 6 au 30 novembre,  les jeudis et vendredis à 20 h 30, samedis à 16 h et 20 h 30, dimanches à 16 h. T: 01 48 08 33 74
Naz de Ricardo Monserrat  mise en scène Christophe Moyer

  Images d’insurrection projetées sur des chemises suspendues à des cintres, une jeune homme chauve et torse nu, (Henri Botte) est écroulé devant la télévision. Il se tortille, fait des pompes sur deux tables dans un équilibre périlleux. « La vie, c’est mieux en photo, ici, on cogne sur ceux d’en face, blancs ou bronzés ! » Il saute à la corde : « Tant que tu ne fais pas partie d’une histoire, tu n’es rien (…) Si ta sœur, elle a été violée, le temps passe, tu peux rien dire (…) Nous voulons un passé qui nous ressemble ! ».
Il évoque les grèves de 1947-48 dans le Nord-Pas-de-Calais, avec une répression impitoyable! Nombre d’immigrés y ont perdront la vie et beaucoup d’autres furent licenciés sans aucune indemnité et sans jamais pouvoir retrouver de travail.
Leurs petits-enfants ont été tenus dans l’ignorance de ces événements et ne trouvent pas non plus de place dans notre société. Ce solo acrobatique, plein d’énergie agressive, ouvre des horizons sur un passé caché sous la honteuse chape de silence de l’État .
Naz créé par la compagnie lilloise Sens Ascensionnels en 2010, et a été joué cent-soixante fois en France. C’est un spectacle qui a permis beaucoup de débats avec des lycéens qui découvrent ce passé étouffé par le silence….

Hans im Glück (Jean Lachance ) de Bertolt Brecht par Ton und Kirschen

  Jean Lachance, première pièce du jeune Brecht (qui a vingt ans en 1919,)  est inspirée d’un conte de Grimm, et son auteur l’avait longtemps oubliée, rangée dans un tiroir ,avant de noter dans son journal « Jean Lachance, raté, œuf à moitié pourri ! ». Pas pour tout le monde : en 2007, François Orsoni avec  le Neneka Théâtre d’Ajaccio en avait fait une mise en scène subtile.
Ton und Kirschen qui souhaitait depuis longtemps monter un conte de Grimm, a réalisé le plus beau spectacle de cette Belle Rouge, autour d’une petite caravane démontable, d’un mât étoilé de guirlandes lumineuses. Jean Lachance vit avec sa femme dans sa ferme mais il peine à la tâche, et sa femme le quitte pour des étrangers de passage.
Il accepte alors tous les trocs qu’on lui propose avec une bonne humeur déconcertante: sa ferme contre deux charrettes, ses charrettes contre le carrousel d’un manège, son carrousel contre une oie, et son oie contre la préservation de sa vie.

Autour de David Johnston et Margarethe Biereye, les cinq comédiens manipulent un poétique dispositif forain avec  beaucoup d’aisance, sur les flancs herbus d’une colline surplombant le village. Ce Hans im Glück est une sorte d’ancêtre rural de Schweyck dans la deuxième guerre mondiale. On se régale pendant une heure et demi de l’humour jamais désespéré de ce Jean Lachance dépouillé comme Job, de tout ce qu’il possédait.
Margarethe Biereye dirige avec David Johnston le Wandertheater, théâtre itinérant basé depuis quelque vingt ans près de l’ancien Berlin-Est. Elle a longtemps fait partie du Footsbarn Travelling Theatre, désormais basé à Hérisson.

http://www.tonundkirschen.com

 Edith Rappoport

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