Liliom/Bellorini

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Liliom, ou La Vie et la Mort d’un vaurien, légende de banlieue en sept tableaux de Ferenc Molnàr, traduction de Kritina Ràdy, Alexis Moati, et Stratis Vouyoucas, mise en scène de Jean Bellorini

  Qu’on se le dise : quand Liliom est à l’affiche, il faut y aller. Seule rescapée, pour le moment, de la quarantaine de pièces que Molnar a écrites avec succès, Liliom atteint la grandeur d’un classique, toujours bon à voir et à revoir. Plus que centenaire (1909), elle n’a pas pris une ride : l’amour, la misère, l’exclusion, la fierté mal placée qui empêche de dire ses sentiments et ses émotions, cela ne date pas d’hier, et c’est au cœur des angoisses contemporaines. Que reste-t-il à une jeunesse sans perspective ?
  Sur fond de fête foraine, on  voit le séduisant Liliom prendre la défense d’une petite bonne virée de son manège par la veuve Muscat, jalouse, forcément jalouse. Lui-même en sera chassé par Muscat, mais sera pris avec la petite Julie dans l’engrenage du couple sans argent, parasite, et Liliom bientôt père se mettra à rêver d’Amérique…
  De là à se fabriquer un avenir par le crime, avec la complicité d’un Méphisto dit « Le Dandy »… Mais on le sait, Liliom ne vaut pas grand chose, pas plus habile délinquant qu’il n’est capable d’un vrai travail. Pris par la police, il se tue : mort d’un vaurien. Après seize ans de purgatoire, il aura droit à une journée de rédemption sur la terre. Et là, on va découvrir les possibilités infinies de l’amour.
  Jean Bellorini a choisi un Liliom (Julien Bouanich), plus fragile que rouleur de mécaniques. Ce Liliom là semble faire le mauvais garçon pour se construire une carapace, pour se protéger, éternel adolescent doutant de sa propre existence, bouleversé par sa paternité future,  et incapable de dire son amour à  Julie (Clara Mayer), qui, à côté,  petite dure, vibrante d’émotion, est le pilier de l’affaire, incarnant rien moins que l’amour absolu, muet et inébranlable. La comédienne fait fugitivement passer ce que la pièce évoque  sans doute : Marguerite rachetant Faust, Solveig récupérant cet autre mauvais garçon qu’est Peer Gynt. Même si Ferenc Molnar laisse largement planer le doute sur ce point...
  Les autres personnages sont traités avec tendresse et humour, comme la veuve Muscat un peu en retrait, et  l’amie  de Julie, Marie,  en gentille grande gueule conformiste; cela va jusqu’à la bouffonnerie pour la paire de gendarmes qui harcèlent le petit délinquant sur la terre comme au ciel, ou pour la photographe qui héberge le malheureux petit couple, jouée par un homme  (pour le côté:  bonhomme ronchonnant?)
   Le spectacle a été créé une première fois en plein air. Il en reste une authentique piste d’autos tamponneuses, qui joue bien au début : c’est un objet qui a une vie, une histoire,  qui écarte le temps, en avant du moment de l’écriture et en arrière, déjà nostalgique sur cette scène résolument contemporaine. Pour la suite,  cela  fonctionne moins bien, il y a, au lointain,  une grande roue (roue du temps, roue du destin…) symbolisée mais que l’on ne voit pas bien  et tassées sur les côtés, la cabane de l’orchestre et la caravane-refuge de la tante de Liliom. Reste la métaphore : une rencontre, ça cogne, en musique, et le plaisir est violent. Les flons-flons de la foire étourdissent, emmenant avec eux des émotions cachées.
Voilà comment on fait du beau théâtre populaire : le public (jeune) rit, proteste, savoure, applaudit. C’est ce qu’on appelle le spectacle vivant.

 

Christine Friedel

 

Théâtre Gérard Philipe  Saint-Denis, jusqu’au 12 octobre, T: 01 48 13 70 00


Archive pour septembre, 2014

Festival des Francophonies de Limoges 2014: du côté des auteurs

 Les Francophonies en Limousin 2014 / 1 : du côté des auteurs

 

siteon0-b68a9Les Francophonies 2014 présentent un programme bigarré, des spectacles prestigieux comme de petites formes venus des quatre coins de la francophonie, sans oublier la présence toujours importante des écritures, par des lectures choisies par la Maison des auteurs et son comité de lecture.

La présente chronique tentera, sur trois des onze jours que dure le festival, de rendre compte de la diversité des propositions offertes aux spectateurs, très nombreux.

 La Distribution des prix

Julien Mabiala Bissila

Julien Mabiala Bissila

« Limoges, au Congo, c’est un mythe », raconte Julien Mabiala Bissila à la réception du Prix RFI Théâtre 2014, pour sa pièce Chemin de fer. Ce tout nouveau prix, destiné aux écrivains de la zone Afrique/Caraïbe/Océan indien/ Proche et Moyen Orient, témoigne de l’intérêt que cette radio porte aux auteurs de théâtre; il a vu le jour grâce à un partenariat avec le théâtre de l’Aquarium et la Maison des auteurs de Limoges. « On ne voulait pas mourir avant d’arriver ici », plaisante encore l’écrivain congolais, avant de lire un texte tambour battant, devant un auditoire captivé par la fluidité de ses mots et ses variations de registre. On a pu apprécier son style l’an dernier avec Crabe rouge (voir theatredublog/ Les francophonies ont trente ans, oct 2013) et on pourra entendre et voir Transes, ou carnet de voyages au théâtre de l’Union, cette année.

Pedro Kadivar

Pedro Kadivar

Cette récompense s’ajoute au prix de la dramaturgie francophone, offert chaque année (voir theatredublog Les francophonies ont trente ans, oct. 2013) par la SACD. Il est attribué à Pays de Pedro Kadivar. Pour ce Germano-Iranien, qui a appris le français « par hasard » à seize ans, cette langue aurait pu en être une autre, comme pour bon nombre de ses compatriotes chassés par le régime iranien. Malgré son amour pour la littérature française, en particulier pour Rimbaud qu’il cite, il n’est pas tendre avec la notion de francophonie. Dans un pamphlet aimable mais non moins percutant, il explique que cantonnée aux ex-colonies françaises, au Québec, la Suisse, la Belgique, elle exclut les autres francophones. Ainsi, parce qu’il n’appartient à aucune de ces catégories, il s’est vu refuser une aide qu’il sollicitait auprès de l’Ambassade de France à Berlin. Par cette diatribe, qu’il compte publier en même temps que sa pièce, il invite l’auditoire à réfléchir à cette question.

 

L’imparfait du présent

On se presse dans la petite salle du Théâtre Expression 7, au point que certains spectateurs n’entreront pas. La découverte des auteurs passe souvent par la lecture en public de leurs œuvres, tel est la vocation de ce cycle de lectures, confié cette année à Armel Roussel qui dirige les étudiants de l’INSAS (Institut National Supérieur des Arts du Spectacle) de Bruxelles. “Notre travail est d’abord de trouver le mouvement de l’écriture, de la langue…” déclare le metteur en scène belge. Mission accomplie car ces lectures ont su saisir la personnalité de chacun des textes. De plus, à l’issue de chacune, l’auteur nous donne quelques clefs pour entrer dans son monde.

Les écritures dramatiques d’aujourd’hui interrogent le monde autant qu’elles s’interrogent elles-mêmes sur comment rendre compte de la nature complexe de notre actualité.

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 Les jours gris est un OVNI inscrit dans une quête où, faisant disparaître fable, psychologie, personnages, Christian Lapointe (Québec) traque le théâtre-même, côté scène comme côté salle : «d’où ça parle », et « à qui ça parle», dans l’absolue solitude des sujets parlant s’adressant à d’autres sujets. Son texte, rythmé, ressassant, allitéré, il le veut «non-chanson». Mais les jeunes acteurs ont su saisir et transmettre le rythme et l’essence et l’humour de cette « non-histoire ».

Paul Pourveur se demande, lui aussi «comment transposer la complexité du monde dans une structure narrative classique ». S’aidant depuis quelques années de la théorie du chaos et de la physique quantique, il a entrepris, dans Des mondes meilleurs, de mettre en panne l’action, à savoir une campagne électorale, en faisant glisser ses personnages d’une scène à l’autre, ou intervenir simultanément et dans des univers parallèles. Il les fait disparaître ou réapparaître selon les besoins. Analysant la langue de bois et la vacuité des discours politiques, il précipite les protagonistes dans le « grand trou noir du vide narratif» qu’il éprouve lui-même en tant qu’écrivain : Shakespeare is dead, get over it (Shakespeare est mort, passons outre) n’est-il pas le titre de sa dernière création mise en scène par Philippe Sireuil au Théâtre National de Belgique ? Crise du sens, crise du couple…Que faire ?  « Préservons nos pavés… ils sont la promesse d’un nouveau monde », intervient depuis le public passionaria aux seins nus, comme la République de Delacroix. Même si les ficelles du texte se révèlent un peu grosses, parfois, et s’il frise la dramatique TV en voulant la stigmatiser, il faut saluer l’humour belge, les bonnes blagues et le culot de Paul Pourveur.

 Marc-Antoine Cyr

Marc-Antoine Cyr

Les Paratonnerres, Marc-Antoine Cyr l’a écrit après une résidence à Beyrouth. Il y met en scène un écrivain débarquant, trempé de pluie, dans une auberge en contrebas de la corniche. Quelle place pour cet étranger dans ce cercle familial? Et s’il était le fils disparu d’Anka, la tenancière? A travers ses personnages traités dans une langue imagée et poétique, l’écrivain québécois aborde par l’intime ce pays entre deux guerres qu’il ne savait au départ comment approcher. Il entretient une ambiance de mystère, car rien ne dit si le tonnerre, les éclairs, les coupures d’électricité qui interrompent les dialogues sont dus aux bombes ou à l’orage, ou si le jeune homme est le fils d’Anka. Marc-Antoine Cyr introduit, au risque d’être parfois un peu lourd, du romanesque et du sentimental, à l’instar de nombre de ses compatriotes.

Avec Pas grand chose plutôt que rien, le Suisse Joël Maillard expérimente un théâtre participatif : les comédiens nous décrivent le projet. La lecture de celui-ci par les jeunes comédiens restera donc le squelette d’un dispositif interactif, mettant en branle des votations électroniques. Le public devra répondre par oui ou par non à des questions concernant la société de consommation, la décroissance, l’envahissement de l’espace public par la publicité privée… C’est ludique, gentiment corrosif. Assez casse-gueule aussi. On attend de voir ce que cela donnera sur scène, le 28 avril-3 mai 2015, Théâtre Arsenic, Lausanne, 7 -17 mai, Théâtre du Grütli, Genève. On peut retrouver Joël Maillard sur son site : snaut.

 Rencontre au bar des auteurs du théâtre de l’Union

Jérôme Richer

Jérôme Richer

Tout ira bien : Jérôme Richer annonce une écriture de plateau mais on sent dans sa lecture un investissement personnel, tant dans le propos que par son style et son interprétation. « Nous avons tous une histoire avec les Roms, je veux dire, nous avons tous une petite anecdote personnelle à raconter où les Roms jouent un rôle important…», ainsi s’adresse-t-il au public, directement, l’impliquant tout au long de sa «tentative pour interroger notre rapport à cette communauté». Non sans humour, il s’en prend aux idées reçues, surtout en Suisse : «Les Roms ça fait mentir les cartes postales », « Jamais vous ne verrez un vrai Suisse mendier en public » ; il démontre comment mendier est un rude métier : «exciter la pitié des gens, quel boulot de merde ! » Il ne se prive pas de digressions sur son expérience familiale et de devinettes racistes telles que: « 

Qui va à pied la piscine et revient en vélo ?» ou « Quelle différence entre les Roms et les chauves souris ? Aucune, ils dorment le jour et ils volent la nuit ».
Bien sûr tout cela procède d’un deuxième degré manié avec précaution, afin d’éviter toute dérive raciste, comme pouvait le faire Coluche. Il s’en prend aux racines de l’ostracisme chez lui et chez les autres, en toute sincérité. C’est drôle et efficace. Et nous n’avons entendu que deux tiers de la pièce. Si vous êtes à Genève en février ne pas manquez la création, le17 février 2015 Théâtre du Grütli, Genève

 

A suivre…

 

Mireille Davidovici

 

Les Francophonies en Limousin

Jusqu’au 4 octobre

Cabaret

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Cabaret New Burlesque et ses invités

Le festival d’Ile-de-France s’encanaille et vient d’accueillir au Cirque d’Hiver, la troupe du Cabaret New Burlesque, rendue célèbre par Tournée ( 2010)  de Mathieu Amalric. Trois soirs exceptionnels pour retrouver ou rencontrer Dirty Martini,  Mimi Le Meaux, Kitten on the Keys ou Rocky Roulette mais cette fois-ci avec des invités!
Tous rejoints par le groupe Poni Hoax, The Legendary Tigerman ou Arthur H, pour la partie musicale. Au rayon des belles en plumes, on croisera l’inoxydable Arielle Dombasle ou l’Almodovarienne Rossy De Palma. Le spectacle, à la  première, manquait encore un peu de mise au point, mais qu’importe,  l’animatrice du soir, qu’elle se trompe d’artiste à annoncer, ou qu’elle écorche le nom de la grande Arielle,  se sort de ces mauvais pas avec beaucoup d’humour et d’esprit.
On retrouve ici les numéros qui ont fait la gloire de cette troupe: les fameux « bijoux de tétons » qu’elles parviennent à faire tourner d’un geste sûr, la bulle où entre une strip-teaseuse, la toile d’araignée … Mais ce strip-tease ne sombre jamais dans un vulgaire cabaret de seconde zone.
Avec des gestes très maîtrisés, ces dames donnent en effet à voir un vrai spectacle, où l’objectif est l’amusement et le comique, loin de toute lubricité ou de désir cultivé. Elles sont, en général, plutôt bien en chair et l’assument, ce qui est, là encore, une belle leçon: c’est un vrai spectacle avec lumières, maquillages et costumes impeccables  mais elles  insinuent l’idée que le strip-tease peut être aussi un jeu pratiqué par tout le monde à la maison !
Un homme, Rocky Roulette, fait partie de la troupe avec un numéro de cheval à ressorts, du haut duquel il fait un strip-tease. Mais avec trois strings l’un sur l’autre qu’il enlève successivement, il ne parvient pas à être dans la même tonalité que ses compagnes et ne trouve pas ici vraiment sa place. Elles sont plutôt girondes, alors qu’il tend, lui,
 vers un corps parfait, mais il ne rend pas si finement les choses et apparaît un peu trop souvent !

Dans l’enchaînement des numéros, c’est un grand fourre-tout: l’animatrice meuble, comme elle peut, les changements de plateau et va même jusqu’à évoquer la grève à Air France… Les stars annoncées sont là, tout à fait décontractées et les artistes de la partie musicale assurent. Pour ce qui est des deux reines, Rossy De Palma, en ange noir, est tout à fait dans son élément, et reprend Piensa en mi, de façon vocalement maladroite mais touchante; Arielle Dombasle, elle,  reste, comme toujours,  un peu la caricature d’elle-même, avec un port très droit et  un  chant semi-lyrique,  notamment avec  Rhum and Coca-Cola
Cela reste tout de même un beau spectacle, bien réalisé et plein de sourires dans le cadre magique du Cirque d’Hiver, avec une débauche de lumières que les éléphants et les trapézistes ne doivent pas voir si souvent. C’est grâce au festival d’Ile de France, qu’a pu naître une si grosse production. Le public réjoui y aura passé un bon moment et  vu les stars du film de Mathieu Amalric.
Que demande le peuple?

Julien Barsan

Festival d’Ile de France du 26 au 28 septembre – Cirque d’Hiver.
Vient de paraître chez P.O.L.  A l’Oeil-nu d’Alice Rémond,  un livre sur l’univers des cabarets de strip-tease et de sex-show, avec plusieurs témoignages d’effeuilleuses, dont on vous en reparlera prochainement dans notre rubrique Livres.

 

The old Testament

The Old Testament, mise en scène de The Loose Collective

 

g_MACCreteil14LooseTestament01bL’Ancien Testament recèle des histoires diverses qui font partie de la grande histoire. Celle des origines d’abord, telle qu’elle est racontée au début de la Genèse : origine de l’univers, de notre terre et de la vie qu’elle abrite et origine de l’homme, avant tout. Un homme et une femme sont créés à l’image de Dieu… un vrai couronnement. Mais… les voilà donc responsables d’une création qu’ils devront alors gérer.
L’Ancien Testament est aussi le récit des premiers pas de l’humanité sur la planète, et de sa prise de distance tragique avec son Créateur. L’homme, épris d’une liberté coupable et amère, l’a mis à distance.
Mais Dieu, père aimant, revient inlassablement à la rencontre de l’humanité souffrante pour lui offrir un nouveau départ et la remettre sur les rails. Ainsi, se lit l’histoire de la Bible et le sens de la venue du Christ vers lequel pointe tout l’Ancien Testament qui la prépare patiemment.
  La « formularité » de cet écrit capte étrangement l’attention : une écriture dans l’écriture, instituant, répétant et perpétuant, de texte en texte, et de période en période, les mots et les associations de mots : « Tout était bon, tout était bon, tout était très bon, tout était très bon, tout était très bon, donc tout était corrompu… », ou   »Car ils ont pris des choses dévouées par interdit, ils les ont dérobées, les ont dissimulées, et les ont cachées parmi leurs bagages » (Josué 07 ; 11)
  Créativité, inventivité, utopie, ambition  mais aussi frustration, tel est le propos vertigineux et amusant  du  The Loose Collective, un groupe viennois d’envergure internationale, composé de chorégraphes, musiciens et comédiens – tous, interprètes polyvalents éblouissants et performeurs exemplaires.
 Le mélange des arts est leur spécialité, de la culture pop – électro, reggae, post-punk-, à la danse et au théâtre musical…  Avec les compositeurs Guenther Berger et Stephan Sperlich, ils sont sept sur la scène, dont deux femmes, Marta Navaridas et Anna Maria Nowak, Alex Deutinger, Alexander Gottfarb, Thomas Kasebacher. Vêtus de façon kitch, avec une élégance désuète et moqueuse, robes et pantalons fluides rose saumon, et coiffés de perruques pop des années 70, ils jouent sur le mode comique mais dansent avec une grande rigueur. 
   Tout ce que la terre peut receler d’animaux, de coléoptères, d’insectes ou de chenilles, ces artistes fougueux et silencieux, quand ils ne chantent pas en chœur ou  en solo, en épousent collectivement les formes malicieuses, et se métamorphosent,  sous les yeux ébahis des spectateurs.
   Ils miment l’homme avec sa charrue, labourant les champs, et la tête baissée, à l’heure de l’Angélus. Imperturbables, ils marchent et parcourent la terre, les mains dans le dos, ou sur leurs fesses douloureuses : détails de figures allégoriques ancestrales – paysans ou nomades – s’imposent alors sur le plateau. Et, quand les musiciens saisissent avec impétuosité leurs guitares électriques, l’ensemble fait un spectacle tout à fait convaincant.     

 Véronique Hotte

Maison des Arts de Créteil-La Briqueterie,
le 26 septembre.                                                                                                         

 

 

Tartuffe de Molière

 Tartuffe  de Molière, mise en scène de Galin Stoev

Tartuffe, dont le première version date de 1664, fut interdite à cause du scandale qu’elle provoqua, et reprise cinq  ans plus tard, un peu moins virulente, (on dirait aujourd’hui auto-censurée!), après encore une nouvelle interdiction. C’est une sorte d’emblème du théâtre français, avec des personnages et une construction dramaturgique incomparables; pas de hasard, c’est aussi la pièce la plus jouée de la Maison de Molière, et régulièrement montée, avec plus de 3.000 représentations! Mais c’est la première fois que la  réalisation est confiée à un metteur en scène étranger à la troupe de Molière.
C’est aussi une des pièces les plus représentées en France, et un Tartuffe peut souvent en cacher un autre; c’est le deuxième de la saison,  après celui pas très réussi de Luc Bondy (voir Le Théâtre du Blog),  et avant celui de Benoît Lambert en novembre au Centre dramatique national de Dijon…
tartuffeLa réalisation de Galin Stoev est un curieux mélange de savoirs-faire indéniables, et d’erreurs stratégiques sur la pièce. Il y a un « beau » (donc pas très intéressant!) décor d’Alban Ho Van, qui ressemble à un appartement moderne des années soixante, avec des dégagements par derrière, ornés de très grands miroirs rectangulaires aux cadres dorés qui, bizarrement,  ne servent à rien.
Sur les murs, un revêtement en velours synthétique rouge foncé, décoloré par le soleil, un peu poussiéreux, et par terre, entassés des abat-jours à côté de lampes allumées (???), et des rideaux de tulle blanc dont ne voit pas bien l’utilité. Et dans la deuxième partie, une grande table pour un buffet avec bouteilles de vin, cloches métalliques  pour plats chauds, et corbeilles de fruits, où trois jeunes valets viennent picorer en douce quand ils passent. (une affaire de lutte des classes?)
Avec cette scénographie très prégnante, Galin Stoev veut sans doute symboliser une sorte de décadence de cette famille bourgeoise où Tartuffe pourra entrer sans difficultés et essayer de la ravager sans scrupules? Côté jardin, il y a une porte trop étroite…  où il arrive que se coince une des ces robes longues très bien réalisées, très amples, d’un style indéterminé, comme les autres costumes, dans un curieux cocktail 17ème/18ème/début vingtième siècle, conçus par Bjanka Adzic Ursulov.
Orgon (Didier Sandre) – veste, cravate, et pantalon blanc impeccables très début vingtième – semble échappé tout droit du paquebot  du Partage de midi. Mais Elmire (Elsa Lepoivre) comme Dorine (Cécile Brune) portent des robes très amples, presque identiques, mais on ne saura jamais pourquoi (encore la lutte des classes?). Ce qui brouille tout,  quand on ne connaît pas la pièce.
Quant à Tartuffe, en habit noir de clergy-man à faire peur, il est très inquiétant,  dès qu’il entre en scène et son valet Laurent ne l’est  pas moins: tout cela  frise le non-sens! On se demande en effet comment Orgon d’abord a pu être séduit par ce personnage, ( on sent par moments Didier Sandre pas très à l’aise dans cette mise en scène) et  on a du mal à concevoir comment Elmire ensuite pourrait être un tant soit peu intéressée par cet homme qui a envie d’elle, et que l’on  sent capable tout de suite des pires turpitudes.
Quant à Cléante, le beau-frère d’Orgon (Serge Baldassarian), il a une espèce de costume clownesque avec jabots de dentelle exagérés… Il n’y a donc aucune unité,  et comprenne qui pourra! Valin Stoev aurait été bien inspiré de lire Roland Barthes, qui écrivit des pages magistrales sur ce qu’il nomme, avec raison, les maladies du costume de théâtre.
On est ici un peu dans une peinture de réceptions aristocratiques, avec des valets et des dames aux belles robes virevoltantes, mais sûrement pas dans  le mode bourgeois de Tartuffe.
Et tant pis pour ceux qui ne connaissent pas la pièce! Visiblement, Galin Stoev s’est fait plaisir en s’offrant une lecture personnelle de Tartuffe mais, devant ce genre de chef-d’œuvre absolu de la comédie, mieux aurait valu rester humble, au lieu de faire joujou avec  le texte…

Cela dit, et heureusement, on entend très bien le texte de Molière, qui frappe une fois de plus, et trois siècles après sa création, par la fabuleuse modernité du dialogue. Et il y a quand même quelques bonnes  scènes comme celle de dépit amoureux entre Marianne (Anna Cervinka, nouvelle jeune pensionnaire, remarquable de présence et d’efficacité),et Damis (Christophe Montenez), scène remarquablement arbitrée par Dorine (Cécile Brune).
Chaque rôle est bien tenu, surtout Tartuffe (Michel Vuillermoz), mais aussi Orgon, Elmire, Dorine, Marianne, Damis,Valère( Nâzim Boudjenah), Cléante ( Serge Bagdassarian).
Mais, c’est dans une mise en scène sèche,  dénuée de rythme, sans véritable unité de jeu, et, ce qui est plus grave, sans ombre de comique, comme si Galin Stoev n’avait pas compris que la pièce était vraiment une comédie, même si c’est évident. Et non sinistre, comme il voudrait nous le faire croire, comme à la fin, quand Orgon, dans son délire, voit trois grosses têtes de Tartuffe qui le narguent.
Dans toute comédie, des situations basculent: Tarfuffe, enfin surpris par un Orgon furieux, quand il essaye de  séduire Elmire, entend bien se venger en voulant s’offrir sans scrupules la maison d’Orgon, faute de n’avoir pas réussi à  épouser sa fille, ni à séduire sa femme. Mais  même la célèbre scène où Orgon est caché sous la table pour écouter les déclarations d’amour à Elmire de Tartuffe qui commence à se déshabiller, n’est pas vraiment bien traitée et donc peu crédible.
Dans un magistral renversement de situations, Orgon récupère de justesse sa maison et Tartuffe est arrêté. Mais la pièce patine, et le dénouement est ici un peu brouillon; bref, on a vu de meilleures fins de Tartuffe. L’ensemble de ce travail reste sec comme un coup de trique. Dommage, on pouvait faire dix fois mieux avec ces acteurs exemplaires.

Alors, y aller ou pas? Oui, pour certaines scènes et le texte, mais sûrement pas pour cette mise en scène décevante; en tout cas,  mieux vaut éviter d’y emmener de jeunes gens qui n’ont jamais vu cette pièce formidable dont il ne verront ici qu’une  pâle copie. Quant à ceux qui la connaissent, ils n’y trouveront pas vraiment leur compte…

Philippe du Vignal

Comédie-Française, salle Richelieu, place Colette, Paris. T : 0825-10-16-80 (numéro surtaxé), en alternance, jusqu’au 17 février.

Le Vide. Essai de cirque

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Le Vide.  Essai de cirque

  Seul, face à nous et à des cordes blanches suspendues au zénith du Monfort, qu’on remarque d’ailleurs pour la première fois. De longues  cordes s’enroulent malignement au sol, lourdes et froides. Il ne parle pas sauf par l’entremise de  quelques mots tracés sur des planches ou ardoises de fortune qui, à l’entrée, indiquent au  public   comment est né le spectacle,  et  lui donnent à la sortie, sur l’envers, le générique.
  Il est donc seul, pas tout à fait cependant : un  altiste fait  de temps en temps vibrer les cordes de  son instrument, et s’affaire autour d’anciens magnétophones à bande. Il est muet, mais dit tout par l’expérience intense, extrême et étrange qu’il fait partager au public: le vide, le risque : ce n’est pas la condition du circassien et  du cordéliste, mais ce face à quoi la vie nous place tous. De même pour le travail, les précautions prises ou non, l’énergie, l’obstination, l’intelligence, nécessaires pour s’y confronter. Grimper sur une corde lisse qui monte à 15 mètres de haut, et qui peut casser. Comment faire pour arriver au sommet ? Et une fois au sommet, comment  s’envoler,  ou recommencer ?
  Fragan Gehlker a lu Le mythe de Sisyphe de Camus (1942),  et l’a revisité avec la corde qui est son art; il nous livre ici une réflexion incorporée— avec suspense et  drôlerie—, à la hauteur de l’écriture engagée, dans tous les sens du terme,  de l’écrivain et cela excite plus l’esprit que tous les verbiages, commentaires et ratiocinations ambiantes, et remet en jeu les concepts camusiens : l’absurde, la liberté, la lutte vers les sommets, la naissance de la conscience, le vide qui n’a pas de fin,  pas plus que le spectacle… On ne réfléchit jamais si bien que dans le mouvement,  et ici nos neurones-miroirs sont  très sollicités.
  L’entrée au Monfort, comme la sortie, se fait par le côté, par un jardin de bambous enchanteurs, et  on voit le théâtre et l’architecture de sa coupole pentue dans tous ses détails. Le Monfort devient la montagne, la corde, le rocher, Fragan Sisyphe en T-shirt rouge, et, une fois le cirque ainsi mis a nu, le monde. Simple, mais puissant.
Derrière l’artiste au travail,  il y a une histoire : un père cordéliste qui lui a transmis tout jeune sa passion, un stage aux Arts Sauts,  un projet qui grandit depuis 2009, alors que Fragan  est encore élève au Centre national des arts du cirque, et l’équipe du théâtre qui a  assuré le montage de ce spectacle en apparence tout simple, en dix-neuf jours.
  Nous sortons du Vide, ragaillardis, physiquement, intellectuellement, humainement. Pour s’y affronter à notre tour, en toute conscience.

 

Béatrice Picon-Vallin

 Monfort Théâtre jusqu’au 11 octobre 106 Rue Brancion, 75015 Paris

01 56 08 33 88


Les Egarés du chaco

Les Égarés du Chaco, d’après Lagune H3 d’Adolfo Costa du Rels, adaptation d’Arlette Namiand, mise en scène de Jean-Paul Wenzel

  egares-cover5Cinq soldats dans le désert du Chaco. Le capitaine a perdu sa boussole, et les soldats  tout repère moral. Manku, l’idiot de la bande, ne perd pas son espoir en l’homme, via sa foi en Dieu. Et le vaillant lieutenant va faire avancer la bande, vaille que vaille, à coups d’illusions. Où l’on voit les vertus d’un mensonge…
Tous souffrent de la soif, jusqu’à l’obsession et à l’insupportable, et la lagune promise recule sans fin. La nuit, les yeux phosphorescents des fauves ou des démons cachés dans rares buissons les terrifient, et l’ombre d’une femme volante, presque invisible, les hante. Le Chaco devient leur enfer sur terre, et dévore ceux qui le défient.
Allez faire du théâtre avec tout ce grand cinéma et cette littérature baroque! J
ean-Paul Wenzel et la troupe bolivienne Amassunu, invités par le Théâtre du Soleil chez leur voisin et ami, le Théâtre de l’Epée de bois, ont gagné leur pari. Cela tient à la construction du récit, même s’il n’est pas toujours équilibré, emporté par l’action, elle-même parfois emportée par son caractère répétitif.
Arlette Namiand emboîte le récit entre deux scènes d’hôpital, et d’oubli, et c’est encore l’idiot qui reste porteur de mémoire, sans perdre le fil du récit dans la grande scène épique qui domine tout, fil discrètement tricoté avec l’action, en décalant sa chronologie : on voit ainsi le lieutenant écrire ses carnets et s’adresser parfois au public, et  la femme restée nécessairement à l’arrière  (mais qui a reçu les carnets) veiller sur le côté, et se glisser parfois dans l’image.
Cela tient aux fondements même du récit : cette guerre du Chaco, meurtrière et ignorée en Europe, n’a rien d’une métaphore, c’est une figure directe, réelle, de la condition humaine tiraillée entre la peur et un indéfectible espoir, confrontée à des désirs trop grands pour elle. Plus près de nous, c’est une figure de la crise, aveuglante et sans issue, sinon la fuite en avant, destructrice des êtres, y compris dans la mémoire de leur amour. Cette aventure théâtrale elle-même balaie surtout toute tentation de scepticisme,  devant un théâtre épique que nous n’osons plus faire en Europe.
Il a fallu un long travail à l’École nationale de théâtre de Bolivie et à l‘équipe Namiand-Wenzel, avec essais et erreurs, pour que se construisent une troupe et un projet. Le temps de se laisser profondément pénétrer par un thème, de se l’incorporer et de trouver le juste style de jeu; ce que n’offrent plus les institutions françaises…  Un privilège de pauvres ?
Cela donne aux comédiens qui jouent dans leur langue, une force et une sincérité rares. Une traduction du texte en français ne bénéficierait peut-être pas l’énergie et le rythme capables de nous embarquer. Alors qu’ici, on en arrive même parfois à oublier de lire le surtitrage… Le spectacle bénéficie d’une belle scénographie: terre rouge et arbres coupés, dans la non moins belle salle en pierre du Théâtre de l’Epée de bois.
Du théâtre généreux, à l’ancienne, comme le pain qui ne sèche pas.

 

Christine Friedel

 

IMG_8267Le Chaco, plaine de 600.000 km2, entre Amazonie au nord et Pampa au sud, est une contrée aride mais… dotée de  territoires pétrolifères, et partagée entre l’Argentine, la Bolivie et le Paraguay.  Vers 1930, de sanglants conflits entre ces deux derniers pays surgissent et, en 1932, les Boliviens s’emparent des positions paraguayennes  au nord du Chaco. Le Paraguay lance l’offensive contre le fort Bocqueron qui tombe, et l’armée bolivienne se replie alors dans le sud du Chaco, où les combats durent plusieurs mois.
Une trêve  sera enfin conclue en 35 mais le conflit aura fait 100.000 morts! Le traité de Buenos-Aires (1938) concède au Paraguay les trois quarts du Chaco,  et à la Bolivie, le seul couloir d’accès au fleuve Paraguay, avec le port Puerto Casado.

Les Égarés du Chaco,  que met en scène avec esprit Jean-Paul  Wenzel,  a trait à  cette guerre, du côté bolivien, après la perte du Fort Boqueron.  Des soldats d’un bataillon bolivien en désordre,  avec à leur tête, un capitaine et un colonel, fiers de leur autorité: ces  guérilleros sont  perdus dans la pampa, démoralisés par la nuit, la végétation envahissante, la chaleur, la soif, et l’absence d’orientation. À côté de la jolie femme aimée du colonel (Mariana Bénénice Bredow Vargas), lectrice du journal personnel de cet amant aventureux, s’impose aussi sur le plateau, une sorte de démon féminin, la Tangatanga (Susy Arduz), qui court et se faufile prestement dans la nuit, entre les lianes et les hommes, telle une louve habile, figure fantomatique à peine réelle.
Sur le sol de terre  rouge, dansent avec rage, ces maquisards, jeunes engagés virils et durs. Au pas militaire ou en ordre dispersé, ces camarades bruyants d’infortune et d’obéissance imposée, sont vindicatifs et rusés, pleins de soupçons et de méfiance mutuelle, fidèles à leurs croyances mais  capables encore de générosité fraternelle. Joués par Javier Amblo, Andrés Escobar, Ariel Munoz, Antonio Peredo et Marcelo Sosa,  tous émouvants,  espèrent encore, ou bien désespèrent de leur abandon, et, malgré déceptions et pertes de courage,retombent toujours sur leurs pieds, désireux de vivre.  Le spectacle est un morceau vivant d’humanité  frémissante.

 

Véronique Hotte
 

Théâtre de l’Épée de bois, jusqu’au 19 octobre. T : 01 48 08 39 74. Théâtre Saint-Gervais à Genève, du 28 octobre au 1er novembre et à l’ENSATT à Lyon, les 4 et 5 novembre. T: 04 78 15 05 05

End/igné

End/igné de Mustapha Benfodil, adaptation et mise en scène de Kheireddine Lardjam

SONY DSCA la morgue de Balbala, il y a fort à faire: 53 morts depuis deux mois, dont un bébé retrouvé dans une poubelle, un migrant sub-Saharien, un fou errant dépouillé de ses organes par des trafiquants… Et, plus récemment, deux cadavres décapités à la scie!
Moussa, « nécrologue en chef « , veille sur ce petit monde en déréliction, discute avec eux, dans la chaleur (la clim’ est en panne) et donc entre deux coupures d’électricité. « Compter les morts, il n’y a rien d’autre à faire » à Balbala, plaisante-t-il. A deux pas des champs pétroliers où il n’a pas accès, ce technicien supérieur en forage, au chômage comme tant d’autres en Algérie, n’a trouvé que ce travail à la morgue.
« Qu’est-ce que je ne donnerai pas pour un aveu de vous ? » dit-il à ses macchabées : muni d’un magnétophone portatif, il tente la chronique de cette société d’outre-tombe à l’image de celle des vivants. Charge à son ami Aziz de mettre en forme ces témoignages, pour écrire leur livre : L‘Autopsie de Balbala. Aziz blogueur sulfureux, redouté de la société corrompue, pourfendeur de barbus, accablé de procès, n’écrira jamais ce livre,  et  choisira une autre voie pour revendiquer haut et fort sa liberté :  » J’ai allumé mon corps pour le regarder vivre ! » D’où le titre de la pièce.
Azeddine Bénamara, avec un jeu très nuancé, incarne les deux personnages : l’un qui répare les morts, l’autre qui lutte pour les vivants. Deux styles d’écriture très contrastés portent ce double monologue qui commence dans le registre de l’humour acerbe et qui fait sourire l’auditoire, pour  finir par une fulgurance poétique d’une étonnante virtuosité. L’émotion nous gagne.
Mustapha Benfodil alimente ses romans et son théâtre de ses expériences de reporter intrépide qui n’hésite pas à s’embarquer sur les bateaux de migrants en Méditerranée, ou à couvrir la guerre d’Irak.C’est parce qu’il avait enquêté sur des hommes  qui se sont immolés par le feu, phénomène répandu en Algérie (« Pour que ces morts ne soient pas morts pour rien », dit-il), que le metteur en scène Keireddine Lardjam, lui a commandé cette pièce.   Sa compagnie  est à cheval entre la France et l’Algérie, ce qui lui a permis d’en assurer la production
Le spectacle a été créé au Caire, où il a pris une résonance telle, que des phrases du texte ont été taguées sur les murs par les manifestants: « Je ne suis plus dans le champ folklorique, je suis dans le champ politique, je vous laisse à vos antiquités ».
Puis il a été en tournée en Algérie, à Marseille, à Avignon. Au Théâtre de l’Aquarium, le spectacle s’inscrit dans une manifestation sur la dramaturgie algérienne, où l’on peut assister à des performances, des lectures, un concert, et découvrir des artistes qui, dans leur pays, n’ont jamais cessé de se battre. Ils y ont fait la nique à la peur et à la censure, même aux heures les plus noires, et, porteurs d’espoir, n’ont pas oublié les vertus combattantes de l’art.
Pour lutter contre le pessimisme,  il faut aller de toute urgence les entendre.

Mireille Davidovici

Théâtre de l’Aquarium jusqu’au 28 septembre à la Cartoucherie de Vincennes. T. 01 43 74 99 61.
Et le 9 octobre à 20h30 au Théâtre Jean Vilar de Montpellier. Du 12 au 14 novembre à 20h30 au Festival International de Théâtre Action à Grenoble; le 2 décembre à 20h30 au Scènes du Jura, Scène Nationale et Mi-Scène à Poligny (39). Du 8  au 10 décembre à 20h00 à la Comédie de Saint-Étienne. Le 29 janvier 2015 à 20h30  au C2, Centre Culturel de Torcy (91).

Cet enfant

Cet  Enfant, texte et mise en scène  de Joël Pommerat

Cette pièce, éditée en 2005, a été  créée, il y a huit ans déjà, est reprise,  pour notre plus grand bonheur. L’univers dramatique, le monde poétique et  singulier entre irréel, étrangeté parfois, entre onirisme et spectaculaire,  et pourtant si vrai de Joël Pommerat est d’une grande qualité.
Tout est ici maîtrisé de façon remarquable. Certains spectateurs, le soir de la première,  ont trouvé que cette perfection tendait à atténuer l’émotion.  Peut-être…. Mais comment ne pas être ébloui par les dialogues, la mise en scène et la scénographie, certes bien identifiable de l’esthétique de Joël Pommerat, surtout pour ses créations jusqu’en 2010.
Le dispositif scénique est semblable à une boîte noire, avec un plateau pratiquement nu, une ou deux chaises parfois… éclairée  toujours magnifiquement par Eric Soyer. La pièce est soutenue par  l’écriture sonore de François et Grégoire Leymarie et la création musicale d’Antonin Leymarie, et évidemment par les comédiens de la troupe, fidèles depuis la fondation en 1990 de la compagnie Louis-Brouillard.
En dix courtes scènes,  la pièce parle de  « la relation parents-enfants, avec des personnages durs et fragiles, terriblement humains. Sans jugement moral, ils interrogent la norme sociale d’un impossible modèle idéal de bonheur familial ».
Succession de tableaux, rythmée par des noirs, par la bande son,  ou l’apparition sur le mur du fond de scène, au travers d’une « toile-écran » blanche, des trois  musiciens aux silhouettes légèrement déformées, corps et instruments flous, filiformes et pastels, proches de certaines toiles de Francis Bacon. Conception poétique et dramatique, forte et surprenante, qui renforce avec sensibilité la profonde tension dramatique à travers les l’histoire des différents personnages, tout au long de cette complexe et douloureuse question  qui parcourt la pièce: qu’est-ce qu’être parents aujourd’hui ?
Loin d’un  théâtre intimiste ou social, Joël Pommerat  convie le spectateur à l’écoute et à la vision d’un spectacle avant tout ! Plein de bruits et de fureur, et de douceur aussi, toujours en mouvement, depuis sa création en 2006. Véritable cri tragique et poétique, qui ne peut laisser notre conscience et  notre sensibilité indifférentes. Allez-y vite, encore plus si vous ne connaissez pas, (c’est une bonne occasion de  le découvrir),  l’univers de cet artiste et de sa brillante et fidèle compagnie Louis-Brouillard.

Elisabeth Naud

Théâtre des Bouffes du Nord  jusqu’au  27 septembre.

Scènes conjugales

Scènes conjugales, montage de François Pick

  176_2Voilà au moins quelque chose qui ne change pas : le couple est toujours le couple, de la séduction à la lassitude, “du mariage au divorce“, comme aurait dit Feydeau (absent de ce montage). En revanche  on y croisera, dans le désordre, et dans l’espace étroit de ce qu’on appelle une scène de ménage: Shakespeare, Molière, Tennessee Williams, Laurent Condamin, Bergman, Ibsen, Courteline et finalement Dario Fo, pour dynamiter tout ça.
  Ce qui se produit : finalement, la résistance à la domination masculine ne prend pas tout à fait les mêmes formes au cours des siècles, la révolte des femmes contre la soumission qu’attend d’elles leur père, puis son substitut: leur mari, change de sens. La femme forte de son bon droit,  fait rire, jaune, aux dépens du mari qui l’a bien cherché (Dandin, par exemple). Quant à  la femme autonome, elle  ne fait pas rire, et ici,  la Nora de Maison de poupée d’Ibsen  renverse vraiment la marmite.
  Dans ces Scènes de ménages, pas de rouleau à pâtisserie brandi, ou autres images convenues de la trouille masculine face à une puissance féminine qui sortirait de ses rails. Pas de place pour la gesticulation dans ce théâtre en appartement ou dans les bars et autres petits lieux où se joue le spectacle. Tout est ici, et  avec légèreté, dans les métamorphoses du couple de comédiens (Sabine Lenoël et François Pick), qui dessinent en deux temps/trois mouvements, un étudiant prétentieux pratiquant une drague intellectuelle, une Angélique balançant à son Dandin le caractère illégitime, quoique pas illégal, de son consentement au mariage, etc…
  Ne pas se fier au ton trop sérieux de cet article : ces Scènes conjugales griffent et cognent, avec drôlerie et –quand même- beaucoup de tendresse.

 

Christine Friedel

Spectacle en appartement. T: 06 60 63 76 81- franpick2@free.fr

http://francois.pick.nawak.com/

 

 

 

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