Two cigarettes in the dark Pina Bausch

Two Cigarettes in the Dark, chorégraphie de Pina Bausch par le Tanztheater Wuppertal

photoLe Tanztheater de Wuppertal découvre la scène inclinée de l’Opéra Garnier pour la troisième fois  en quarante ans d’existence.  En 1991, la troupe de Pina Bausch y avait présenté Iphigénie en Tauride et, en 1993, Orphée et Eurydice. Depuis, Le Sacre du Printemps en 1997,  et Orphée et Eurydice en 2005 sont aussi entrés au répertoire.
Two Cigarettes in the Dark (1985) est présenté pour la première fois en France. Pourtant cette pièce de deux heures quinze, en deux parties, nous donne parfois la sensation d’être connue, tant certaines images semblent avoir été déclinées différemment par la suite dans d’autres créations de Pina Bausch et… par d’autres chorégraphes!
Le sol blanc de la vaste scène est entouré de trois hauts murs tout aussi blancs, laissant apercevoir à travers de grandes fenêtres, à cour, un désert avec un palmier, à jardin, deux aquariums remplis de poissons rouges et, au fond, une serre tropicale. La pureté de la scénographie de Peter Pabst contraste avec les ors et rouges baroques de l’Opéra Garnier.
Comme dans les autres spectacles de Pina Bausch, la musique impressionne par sa beauté, tant et si bien qu’elle devient indissociable des images produites. Il faut souligner ici l’importance du travail de Mathias Burket qui, à partir de 1979, réalisa toutes les recherches et montages musicaux pour Pina Bausch. Ici Monteverdi ponctue par intermittence les mouvements des danseurs et  King Arthur d’Henry Purcell, malgré sa solennité, emporte presque joyeusement danseurs et danseuses, même si elle est vite interrompue.
C’est une des caractéristiques des morceaux musicaux de cette pièce qui ne se terminent pas, à l’exception de La Valse de Maurice Ravel qui mobilise quatre couples assis par terre en position de danse, pour une farandole traversant le plateau, avec, à la fin, l’enlacement de chacun des couples… C’est une des images fortes de cette création.

Des situations absurdes surviennent, soulignées par quelques rires du public. La lenteur de certaines scènes nous repose, nous qui vivons dans un monde de vitesse; cette lenteur nous donne le temps d’apprécier chaque geste, chaque mouvement dans sa plénitude.  Et ces Two cigarettes in the dark  montre, comme souvent chez la chorégraphe, une incommunicabilité entre femmes et hommes, .
Les onze danseurs-acteurs sont sincères et touchants, y compris dans leur solitude qui s’accompagne parfois de gestes surréalistes. Raimund Hoghe  dans Pina Bausch histoires de théâtre dansé publié aux éditions de L’Arche, cite notamment son Journal de répétition, repris en partie dans la brochure de l’Opéra de Paris : «Jan fait le phoque avec les pieds liés», «François vole», «Kuomi court à travers les pièces», «Bene se tient debout, Domi cherche ses yeux», «La course d’œufs d’Helena», «clouer des pantoufles de feutres», «Faire le poirier contre le mur», «De la fumée dans les yeux, vouloir pleurer», «La valse»… « Maintenant, le déroulement de la deuxième partie est lui aussi fixé. Cependant il y a toujours des changements, des coupures, des déplacements. Certaines images deviennent plus simples et en même temps plus chargées de sens; tout en gardant leur secret, elles gagnent en clarté. »…

Voilà ce que Pina notait le 10 mars 1985. Et ce spectacle est aussi un voyage dans le temps. Certains des danseurs ne sont plus là mais les anciens,  comme Dominique Mercy et Mechthild Grossmann sont eux,  sur scène;  Helena Pikon  et Bénédicte Billiet, dans la salle, supervisent la reprise de l’œuvre. Tous les danseurs ont gardé le même esprit et  la même énergie pour transmettre l’âme de la chorégraphe… Et une partie du public pourrait les suivre jusqu’au bout du monde.
Certains spectateurs, le soir de la première, sans doute attendaient plus des parties dansées! Pina Bausch leur aurait sans doute répondu: «Ce que je fais : je regarde. Je n’ai jamais fait que regarder les gens. Je n’ai fait que voir ou essayer de voir les rapports humains afin d’en parler. Voilà ce qui m’intéresse. Je ne connais d’ailleurs rien de plus important.»

Allez donc découvrir son regard qui perdure dans les yeux et les gestes des danseurs du Tanztheater de Wuppertal.

Jean Couturier

Opéra Garnier jusqu’au 7 septembre.


Archive pour 2 septembre, 2014

Two cigarettes in the dark Pina Bausch

Two Cigarettes in the Dark, chorégraphie de Pina Bausch par le Tanztheater Wuppertal

photoLe Tanztheater de Wuppertal découvre la scène inclinée de l’Opéra Garnier pour la troisième fois  en quarante ans d’existence.  En 1991, la troupe de Pina Bausch y avait présenté Iphigénie en Tauride et, en 1993, Orphée et Eurydice. Depuis, Le Sacre du Printemps en 1997,  et Orphée et Eurydice en 2005 sont aussi entrés au répertoire.
Two Cigarettes in the Dark (1985) est présenté pour la première fois en France. Pourtant cette pièce de deux heures quinze, en deux parties, nous donne parfois la sensation d’être connue, tant certaines images semblent avoir été déclinées différemment par la suite dans d’autres créations de Pina Bausch et… par d’autres chorégraphes!
Le sol blanc de la vaste scène est entouré de trois hauts murs tout aussi blancs, laissant apercevoir à travers de grandes fenêtres, à cour, un désert avec un palmier, à jardin, deux aquariums remplis de poissons rouges et, au fond, une serre tropicale. La pureté de la scénographie de Peter Pabst contraste avec les ors et rouges baroques de l’Opéra Garnier.
Comme dans les autres spectacles de Pina Bausch, la musique impressionne par sa beauté, tant et si bien qu’elle devient indissociable des images produites. Il faut souligner ici l’importance du travail de Mathias Burket qui, à partir de 1979, réalisa toutes les recherches et montages musicaux pour Pina Bausch. Ici Monteverdi ponctue par intermittence les mouvements des danseurs et  King Arthur d’Henry Purcell, malgré sa solennité, emporte presque joyeusement danseurs et danseuses, même si elle est vite interrompue.
C’est une des caractéristiques des morceaux musicaux de cette pièce qui ne se terminent pas, à l’exception de La Valse de Maurice Ravel qui mobilise quatre couples assis par terre en position de danse, pour une farandole traversant le plateau, avec, à la fin, l’enlacement de chacun des couples… C’est une des images fortes de cette création.

Des situations absurdes surviennent, soulignées par quelques rires du public. La lenteur de certaines scènes nous repose, nous qui vivons dans un monde de vitesse; cette lenteur nous donne le temps d’apprécier chaque geste, chaque mouvement dans sa plénitude.  Et ces Two cigarettes in the dark  montre, comme souvent chez la chorégraphe, une incommunicabilité entre femmes et hommes, .
Les onze danseurs-acteurs sont sincères et touchants, y compris dans leur solitude qui s’accompagne parfois de gestes surréalistes. Raimund Hoghe  dans Pina Bausch histoires de théâtre dansé publié aux éditions de L’Arche, cite notamment son Journal de répétition, repris en partie dans la brochure de l’Opéra de Paris : «Jan fait le phoque avec les pieds liés», «François vole», «Kuomi court à travers les pièces», «Bene se tient debout, Domi cherche ses yeux», «La course d’œufs d’Helena», «clouer des pantoufles de feutres», «Faire le poirier contre le mur», «De la fumée dans les yeux, vouloir pleurer», «La valse»… « Maintenant, le déroulement de la deuxième partie est lui aussi fixé. Cependant il y a toujours des changements, des coupures, des déplacements. Certaines images deviennent plus simples et en même temps plus chargées de sens; tout en gardant leur secret, elles gagnent en clarté. »…

Voilà ce que Pina notait le 10 mars 1985. Et ce spectacle est aussi un voyage dans le temps. Certains des danseurs ne sont plus là mais les anciens,  comme Dominique Mercy et Mechthild Grossmann sont eux,  sur scène;  Helena Pikon  et Bénédicte Billiet, dans la salle, supervisent la reprise de l’œuvre. Tous les danseurs ont gardé le même esprit et  la même énergie pour transmettre l’âme de la chorégraphe… Et une partie du public pourrait les suivre jusqu’au bout du monde.
Certains spectateurs, le soir de la première, sans doute attendaient plus des parties dansées! Pina Bausch leur aurait sans doute répondu: «Ce que je fais : je regarde. Je n’ai jamais fait que regarder les gens. Je n’ai fait que voir ou essayer de voir les rapports humains afin d’en parler. Voilà ce qui m’intéresse. Je ne connais d’ailleurs rien de plus important.»

Allez donc découvrir son regard qui perdure dans les yeux et les gestes des danseurs du Tanztheater de Wuppertal.

Jean Couturier

Opéra Garnier jusqu’au 7 septembre.

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