open space

Open Space, conception et mise en scène de Mathilda May

 

p183751_2Sur la grande scène transformée en « open space »  six personnages partagent, pendant une journée, le huis-clos de ces  “bureaux ouverts”.
Sans cloison, sans véritable intimité! Ce sont les bruits qui dominent et qui ponctuent le spectacle, amplifiés et distordus, grâce à une sonorisation virtuose. Couinements des sièges, cliquetis des touches d’ordinateur, grondement de la machine à café, sonneries incessantes des téléphones, cataractes des toilettes, jusqu’au tapotement des doigts sur un bureau métallique, ou au bruit d’un avion qui rugit quand on ouvre la fenêtre, composent ici une symphonie burlesque et rythment les borborygmes des comédiens qui retrouvent ici le plaisir du grommelot.

“ Le spectacle est né des sons  » explique Mathilda May qui a composé aussi toutes les musiques du spectacle. La  comédienne que l’on connaît bien, est aussi autrice-compositrice, romancière et danseuse de formation, ce que l’on sait moins. Elle conjugue ici tous ses talents pour réaliser une comédie “burale” où elle a demandé aux interprètes, recrutés sur auditions, de savoir danser, chanter, mimer…
Chacun a composé son personnage: il y a La Femme agaçante, (Stéphanie Barreau), dont les talons  aiguilles martèlent insupportablement le sol ;  la Déjantée qui boit en cachette (Dédéine Volk Léonovitch); la Complexée ( surprenante Agathe Cémin), amoureuse transie du jeune employé dynamique Jean Loup-Denis Elion tout en grâce et souplesse). Il y a aussi le Jovial débonnaire, et enfin celui qu’on a mis au placard, devenu invisible pour ses collègues, mais pas pour les spectateurs qui ne perdent pas une miette du jeu d’Emmanuel Jeantet (alias Manu Kroupit) qu’on a pu voir  chez  Philippe Genty. Gilles Gaillot, quant à lui, interprète tous les personnages venant de l’extérieur, dont le patron,  petit chef véreux.

Le spectacle est  toujours en mouvement, avec une chorégraphie des corps au travail voués à une dérisoire répétitivité. Les gestes insignifiants, caricaturés, prennent  une ampleur grotesque, et  ouvrent ainsi des espaces plus intimes, et des parenthèses au sein du quotidien, où les protagonistes donnent libre cours à leurs fantasmes. Il y a aussi quelques échappées poétiques et  des instants ludiques. Parfois le groupe se fige : arrêt sur image  avec un gros plan sur l’un des employés...
Mathilda May ne signe pas ici une œuvre réaliste ni polémique sur le monde du travail ou sur la sociologie des bureaux dits “paysagers”. D’autres s’y sont déjà attaqués comme Alexandre des Isnards et  Thomas  Zuder avec Open space m’a tuer (Livre de poche). “On ne sait pas ce qu’ils font comme métier, dit-elle, ni quel est l’objet de leur productions (…) C’est leur intimité qui m’intéresse, confrontée aux obligations du boulot, à la hiérarchie, à la routine.” Elle nous livre ici des instants de comédie humaine, avec  de petites et grandes tragédies personnelles (il y a quand même mort d’homme dans ce spectacle!)
Tenir la scène une heure et demi à ce rythme, c’est prendre le risque de s’essouffler, et à certains moments, le spectacle patine, quand, par exemple, surgit la femme du patron, et c’est dommage. Mais une situation a à peine le temps de s’éterniser,  qu’un mini-événement surgit, et c’est reparti pour le rire, avec une nouvelle trouvaille. Et après tout,  pourquoi bouder son plaisir devant le plaisir manifeste qui circule sur le plateau ?

 Mireille Davidovici

 Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Roosvelt ; T. 01 44 98 21 jusqu’au 19 octobre.

 

 


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