Adieu Michel Crespin

Adieu Michel Crespin

crespin-3Il allait avoir 74 ans et est parti  le 8 septembre pendant son sommeil à Château-Chalon chez lui dans le Jura. Visionnaire,  comme l’a dit Jean-Marie Songy,  qui lui succéda en 94, il  est surtout connu pour avoir créé Eclat, le Festival d’Aurillac en 86… Pour le meilleur, avec de grandes troupes comme Le Royal de Luxe, et  avec de nombreux spectacles,  comme cette étonnante Célébration de  la guillotine conçue par le Théâtre de l’Unité d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine qui,  auront été, comme lui, à l’origine du théâtre dit de rue en France..
  Michel Crespin  est aussi connu pour avoir créé la FAI-AR, Formation avancée itinérante aux arts de la rue en 2005. Nous l’avions connu en 72, quand il fonda le Théâtre Acide, avec ses complices: avec notamment son frère, et Charles Nugue, ainsi que Jean-Marie Binoche, et quand il  fit partie de cette opération devenue mythique que fut Aix-en-Provence, ville ouverte aux saltimbanques  imaginée par Jean Digne en 73.
Cet homme infatigable, dans un autre vie professeur de physique, en avait gardé la rigueur dans son travail: il fut  tout à la fois d’abord acteur, auteur et metteur en scène, pour sa compagnie Les Charmeurs réunis, de numéros comme Monsieur Roger et Madame Lucie. Mais il créa aussi nombre de spectacles  comme entre autres , Cirque aérien, Les Nuits magiques du cinéma, Trapèzes  à  Marne-la-Vallée ; Tambours 89 au Parc de la Villette ; Le Grand Mécano pour le centenaire de la Tour Eiffel ; Concerto pour anges motorisés à Villeurbanne … et,  avec Gérard Burattini,  La lettre au Père Noël à Aubagne,.
Il organisera en 1980 dans le Jura,  La Falaise des Fous, un festival hors-normes d’artistes de rue puis en 81, avec Fabien Jannelle (alors directeur du Centre d’Action Culturelle de Marne-la-Vallée) il crée  Lieux publics , un centre pour les arts de la rue  à la Ferme du Buisson qu’il emmènera ensuite  à Marseille en 1989.
Il  avait  aussi enseigné à partir de 1993  en  Scénographie à l’Ecole nationale supérieure d’architecture à Clermont-Ferrand, puis à Nantes.
Il laisse inachevé un  Grand livre de la rue, qu’il avait  commencé à écrire, il y a quelque dix ans. Voilà, incomplet et grossièrement résumé,  le parcours  exemplaire d’un  homme qui aura beaucoup contribué à faire naître l’idée d’un théâtre différent,  et surtout d’une relation différente entre créateurs et public….
Notre amie Edith Rappoport qui l’a bien connu et  qui a pu aller à son enterrement, vous en parle plus bas
Adieu Michel,  et merci.

Philippe du Vignal

Nous l’avions découvert en 1973,  à Aix, ville ouverte aux saltimbanques, rencontre fondatrice de ce qu’on n’appelait pas encore les Arts de la rue, sur le cours Mirabeau, dans La famille Eustache Amour qu’il interprétait avec Bernard Maître et Jean-Marie Binoche. C’est Jean Digne qui, le premier,  avait  permis de jouer dehors  au Théâtre de l’Unité, à Blaguebolle, et  à bien d’autres artistes, peintres, sculpteurs et comédiens. Philippe du Vignal y a tenu  dans une caravane, si, si c’est vrai!, le rôle d’écrivain public puis l’année suivante d’écouteur public.
Michel Crespin lui avait rompu avec sa carrière d’enseignant, après avoir subi une formation d’enfant de troupe que  d’avoir perdu très jeune son père à la guerre lui donnait droit … Il joua avec sa compagnie Les Charmeurs Réunis, dont faisait partie Puce (Annick Hémon) dans Monsieur Roger et Madame Lucie, avec des tours de force impressionnants.  Il participa aussi à l’École de Badauds lancée par Jean Digne à Manosque,  où l’on vit Bartabas faire ses premiers pas.

Mais Michel a plus d’une corde à son arc, c’est un inventeur, un fédérateur et il parvient à obtenir une reconnaissance des pouvoirs publics en fondant en 1981, Lieux Publics dans une petite caravane, avec l’aide de Fabien Jannelle, directeur de la Ferme du Buisson où Il  lance des événements comme Écho d’Écorce et Saut Haut, Les Nuits Magiques du Cinéma, Le Cirque Aérien. Et il   arrive à rassembler des troupes prometteuses qui commencent à obtenir des subventions.
Lieux Publics déménage à Marseille et Hors les murs, une deuxième structure reconnue par l’État se forme à Paris. Michel Crespin qui poursuit son combat pour la reconnaissance des arts de la rue, fonde en 1986 le festival d’Aurillac,  avec une dizaine de compagnies dont le Théâtre de l’Unité avec sa 2 CV Théâtre et son Théâtre pour chiens. Les années suivantes, des compagnies de passage, embryon du festival off (qui comptait cette année 2014 près de 800 compagnies), se mobilisent pour profiter du public du festival.
Il quittera Aurillac neuf ans plus tard,  en laissant la direction à l’habile Jean-Marie Songy, à l’époque responsable du  Off. Pour autant, Michel poursuit de folles entreprises, en réalisant des spectacles comme Théâtre à la volée, et en s’impliquant dans des formations. Il  fonde à Marseille la Formation Itinérante des Arts de la rue, que Dominique Trichet,  son vieux complice, dirigea jusqu’en 2013.
  Nous avons pu lui dire un dernier adieu dans sa maison de Château Chalon. Très nombreux, atterrés et silencieux, en larmes,  embrassant ses vieux compagnons que nous avions perdu de vue.  On nous distribuait des tournesols, et nous avons pu le voir, paisible et  élégant avec sa belle cravate de la Légion d’honneur  sans arriver à croire qu’il n’allait plus se réveiller.
  Les tambours de Gilles Rhode et de Transe Express, et une fanfare de cuivres l’ont accompagné dans le dédale des rues jusqu’au cimetière. Avec des arrêts,  pour écouter les prises de parole de ses proches et des officiels, dénués de toute emphase, empreints d’une véritable affection et d’une reconnaissance pour son œuvre. Jacques Livchine nous a emporté dans une envolée poétique bienfaisante,  où il évoqua  les enfants et petits-enfants de Michel, les femmes qu’il a aimées, et son frère Claude qui l’a accompagné dans ses premières aventures.
Enfin, la musique du Combat de Tancrède et de Clorinde de Monteverdi qu’il avait monté sur les flancs de la colline de Villeneuve-lez-Avignon en 1975, l’ont salué.
Adieu, cher Michel, pour nous, tu restes toujours vivant.

Edith Rappoport

 


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